Cinema
La Mosquitera, un Festen en douce, une vraie curiosité

La Mosquitera, un Festen en douce, une vraie curiosité

02 octobre 2011 | PAR Olivia Leboyer

Avec La Mosquitera, Agusti Vila a remporté l’Antigone d’or au 32e Cinemed de Montpellier et le Grand Prix au Karlovy Vary. Ce film espagnol, dérangeant, trouble et plein d’humour vaut le détour. Sortie le 19 octobre.

Un film sur le microcosme familial et ses innombrables névroses ? Il en existe tant et tant que l’on serait tenté de passer son chemin. Mais La Mosquitera est un film original, insolite sans être artificiel. Évidemment, le titre peut faire peur : la moustiquaire espagnole évoquant nos petits mouchoirs français… La première scène nous rassure : le ton est délibérément espiègle, déroutant, un peu fou ! Dans une famille barcelonaise aisée, un père, une père, un fils ado, et combien de chiens exactement ? Eux-mêmes ne le savent plus, envahis par de joyeux compagnons poilus et sages, six, sept ou bien plus encore ?

Tout le film se construit sur de subtils échos, les choses étant légèrement de travers, en excès ou en insuffisance. Où faut-il s’asseoir, faut-il fermer ou ouvrir la fenêtre ? S’aime-t-on encore un peu ou plus du tout ? La principale qualité de La Mosquitera est son humour, très noir et très coloré aussi ! On suit ainsi l’étrange décomposition d’une famille, avec des points de basculement dans l’innommable (viol, inceste, abus de pouvoir), mais toujours en douceur. En effet, les personnages sont à la fois très vigilants et à peine conscients des limites qu’ils dépassent. On se croirait parfois chez Moravia. Les scènes hallucinantes où une mère chic et propre sur elle torture savamment sa très jolie petite fille, tout en assurant l’aimer, sont particulièrement réussies. A plusieurs reprises, les personnages sont traversés par un éclair de lucidité et avouent ce qu’ils ont fait et qui est grave : puis, les choses dites, ils retombent dans leur quotidien glissant, où le crime n’est jamais très loin ni très clair.
Sorte d’anti-Festen, ce film de famille est terrifiant de calme maîtrisé, de drôlerie inconcevable et, par instants, vraiment touchant.

La Mosquitera, de Agusti Vila, Espagne, 1h35, avec Emma Suarez, Eduart Fernandez, Martina Garcia, Fermi Reixach, Géraldine Chaplin. Sortie le 19 octobre 2011.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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