Cinema

La magie de l’illusionniste opère

17 juin 2010 | PAR Margot Boutges

L’illusionniste est né de la rencontre des univers de Sylvain Chomet et de Jacques Tati. On apercevait un extrait de Jour de fête dans le dernier film de Chomet. La fille du mime Hulot ne s’y est pas trompé en offrant  un scénario oublié de Tati au réalisateur des triplettes de Belleville pour qu’il adapte et ressuscite l’univers de son père. Plus qu’une réussite, un coup de maitre. Une appropriation exemplaire doublée d’un hommage sensible. Et le chant du cygne mélancolique d’une époque révolue.

Le film nous conte l’histoire de Tatischeff,  magicien prestidigitateur vieillissant dans le Paris de l’aube des années 1960.  Il incarne une figure anachronique, passée de mode dans un monde du spectacle ou les jeunes représentants d’un nouveau style musical, le rock n’roll mettent les foules en transe. Ne trouvant plus son public, il cherche à travers l’Europe ses derniers retranchements, débusquant des salles de plus en plus petites et vides pour accueillir ses tours de chapeaux et de lapins. Dans le pub d’une petite île écossaise, il rencontre la jeune Alice qui, séduite par l’univers de l’illusionniste et entrevoyant en lui la liberté, abandonne sa triste existence pour le suivre jusqu’à Édimbourg. Mais on est loin du pays des Merveilles : Les deux êtres cohabitent dans un petit hôtel miteux, où se croisent  clowns, ventriloques et acrobates en attente de la mort ou de la reconversion. Mais Tatischeff et sa jeune protégée prennent discrètement soin l’un de l’autre. Le magicien entretient l’illusion en faisant apparaitre les vêtements dont rêve la jeune fille et faisant tout pour mériter le surnom de « Passe-passe » il multiplie les petites attentions paternelles qui s’ajoutant les unes aux autres, ruinent ses maigres économies.  Leur relation est faite de gestes discrets et d’une présence indicible, de peu de dialogue en raison de la barrière de la langue. La vie suit son cours pendant quelques temps mais le monde évolue. L’enfance se fane et l’âge adulte se profile déjà chez Alice. Nulle magie ne peut arrêter ça…

L’illusionniste est le sauvetage post-portem d’un scénario de Tati, enterré depuis belle lurette. Dans ce projet demeuré à l’état d’esquisse, Tati cherchait à revenir sur ses années dans le music-hall comme Chaplin avec Les feux de la rampe. Cinquante ans après, quoi de mieux que l’animation pour conserver l’aspect intemporel et figer dans le temps les rêves de Tati ? On retrouve le regard tendre et humoristique du maitre dans les petites scènes quotidiennes où muet et bruitage retrouvent toute leur force d’expression. Chomet empoigne la matière brute et la transforme en hommage, en film sur Tati. Ce film est une évocation directe de la figure de l’homme à la pipe, à travers la silhouette et le patronyme de l’illusionniste. Les déboires du magicien résonnent avec la destinée du cinéaste. Si le réalisateur de Mon oncle est aujourd’hui une figure institutionnalisée, il n’en est pas moins mort dans la misère, criblé de dettes après le naufrage de Playtime. Le film est tapissé de clins d’œil en bataille (ici un tuyau d’arrosage, là un chapelet de saucisses) mais qui ne viennent jamais éclipser la vision de Chomet.

Celle-ci passe par l’image et le dessin. Chomet n’a nul besoin de convoquer la 3D pour ouvrir en grand les portes des ciels animés ! Loin d’un traitement aseptisé recherchant la perfection, Chomet multiplie les crayonnés anguleux, sublimant chaque vision architecturale. Moins gouailleur et plus élégant que Les triplettes de Belleville, L’illusionniste est tapissé d’une ambiance feutrée et lacunaire. On aperçoit le dessin préparatoire des décors dans lesquels le magicien finit par se fondre,  s’étant inlassablement rompu aux mêmes tours.

On admire la gradation très subtile qui s’effectue dans l’émotion. La fin nous laisse aux prises d’une mélancolie, d’un chagrin dont on avait pas prédit l’ampleur. Les personnages qui habitent le récit, presque inaudibles sont si finement esquissés qu’on pensait  facilement les laisser filer. La vérité explose et on prend la mesure de toutes les petites conquêtes qui ont jalonné le film. Et on retiendra le regard émerveillé d’Alice et la bonté de la figure paternelle de l’illusionniste excusant toutes ses naïvetés. Et on se souviendra longtemps de ces derniers tressaillements d’une époque révolue, belle comme un jour de fête.

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Margot Boutges

2 thoughts on “La magie de l’illusionniste opère”

Commentaire(s)

  • amelie

    Un bijou ce film, si vous ne l’avez pas encore vu, il joue encore en ce mois d’août hivernal, go!

    août 15, 2010 at 19 h 08 min
  • Magicien professionnel en close-up, vous propose ses spectacles de magie pour toutes vos soirées en France et Europe. Que de la vraie manipulation à quelques centimètres de vos yeux! Réserver un véritable magicien pour divertir vos invités et amis d’un soir. Cours de magie à domicile pour enfants et adultes, en Ile-de-France uniquement.Tours et conseils dévoilés, historique, photos et affiches rares et plus de 80 vidéos de tours à voir. Demander: Yannick Magic…

    septembre 13, 2010 at 18 h 23 min

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