Cinema

La French Touch à Hollywood : le dossier

14 avril 2009 | PAR Eric

Bertrand Tavernier vient de tourner Dans la brume électrique outre-Atlantique (cliquez ici), l’occasion de jeter un oeil sur les fortunes diverses des réalisateurs français aux États-Unis.

Même s’il ne s’agit pas de la première expérience de Bertrand Tavernier aux États-Unis (il avait dirigé Harvey Keitel dans La Mort en direct en 1980), elle ne fut pas de tout repos pour le réalisateur. Les distributeurs ont décidé de sortir le long métrage directement en DVD dans une version tronquée. Même la bande-annonce américaine vend un film plutôt basé sur l’action insistant sur les scènes où Tommy Lee Jones use de la force. La voici pour la comparer avec la française :

Matthieu Kassovitz a vu son film Babylon AD avec Vin Diesel subir un sort similaire à celui du polar de Bertrand Tavernier. Deux films ont été créés. Le réalisateur a juste évité le châtiment de la sortie immédiate en DVD sur le marché américain. Même la version européenne est « vérolée par la version américaine » selon le cinéaste. Une explication : le film est rempli d’effets spéciaux et la Fox avait l’avantage pour ces décisions. « Par exemple l’arrivée sur N.Y où ma vision n’était pas du tout celle de FOX qui voulait mettre la prêtresse partout pour ne pas se poser de question, et qui a imposé ces visuels que je n’ai pas pu refaire pour ma version » déplore le réalisateur.

Mais cela ne s’arrête pas là. Le film co-financé par la Fox (distributeur aux États-Unis) et Studio Canal (distributeur en Europe) a posé beaucoup de problèmes lors du tournage. Sur son blog, Matthieu Kassovitz déplore « les retards de Vin sur le plateau allant jusqu’aux six heures ». Grave problème…

Le réalisateur ajoute : « Alors que je produisais 3 films aux « trois » coins du monde (NDLR : Babylon AD, Les Deux Mondes et Johnny Mad Dog) le seul film que je (co-) produisais et sur lequel le réalisateur n’arrivait pas à obtenir de simples accessoires ou décors de salle de bains pour pouvoir tourner ses scènes, c’était le mien. » La faute à un producteur qui ne soutenait pas son réalisateur. A tel point que le film a dépassé son budget et a vu les experts des assurances débarquer sur le tournage. C’est à ce moment qu’il a pu « commencer à travailler ».

Il faut tout de même tempérer ses propos en précisant que faire un blockbuster avec un tel budget ( 70 millions de dollars) et vouloir garder son indépendance tient plutôt du miracle et notre réalisateur bien de chez nous devait bien le savoir.

Voici la bande annonce pour vous permettre de vous faire une idée sur le film :

Malgré le côté « extrême » de cette situation, les difficultés de relations avec les producteurs sont symptomatiques chez les réalisateurs qui se sont essayés au film américain. Pitof a aussi constaté l’interventionnisme des studios dans la conception des films lors du tournage de Catwoman. « Tout est très cadré. Le studio établit le projet et ses directions. Le réalisateur, employé, doit fabriquer » confie le metteur en scène au site Ecran Large à l’époque de la sortie.

Autre réalisateur à avoir tourné dans le pays de la bannière étoilée : Jean-Pierre Jeunet. Il y a réalisé Alien : La Réssurection mais ce n’est pas ce qui nous intéresse. Il s’agit plutôt d’un film américain malgré lui : Un Long dimanche de fiançailles. C’est avant tout d’une histoire de subventions qu’il s’agit puisque le film avait obtenu 8 millions d’euros de la part du CNC. Subvention retirée suite à la décision du tribunal administratif de Paris  parce que le film était avant tout financé par les américains. Les 5 Césars remportés par le film ont-il été rendus ?

Jean-François Richet, Florent Emilio Siri… Leurs carrières ont été variables. Le remake d’Assaut sur le central 13 par Jean-François Richet a rencontré un succès critique aussi bien que « public » en plus d’avoir été approuvé par John Carpenter, créateur du long métrage original. De la même manière, Florent Emilio Siri a mis en scène Otage avec Bruce Willis et s’est vu proposer Die Hard 4 qu’il a refusé. Malgré une expérience américaine plutôt bonne pour les deux cinéastes, ils sont revenus en France pour réaliser respectivement le dyptique sur Mesrine et L’Ennemi Intime.

Louis Leterrier a réalisé L'Incroyable Hulk (ici sur la tournage) après avoir mis en scène des films français à l'américaine (Le Transporteur 1 et 2).
Louis Leterrier a réalisé L’Incroyable Hulk (ici sur la tournage) après avoir mis en scène des films français à l’américaine (Le Transporteur 1 et 2).

Dans la catégorie des blockbusters, notre plus grand représentant est Louis Letterier. Sorti tout droit de l’usine Besson (lui aussi réalisateur de films au pays de l’oncle Sam en son temps), il est un des derniers a avoir traversé l’océan pour réaliser L’Incroyable Hulk sorti en juillet dernier. Pur produit hollywoodien avec effets spéciaux, explosions et super héros. Louis Leterrier y a pris du plaisir. Même si le succès ne fut pas retentissant, il a été choisi pour préparer un remake du Choc des titans de Desmond Davis. Au programme : dieux grecs et stars internationales. Liam Neeson, Ralph Fiennes ou bien Gemma Aterton, une des dernières James Bond girls, sont au casting de cette superproduction.

Autre motivation qui pousse nos petits français à l’étranger : faire des films d’horreur. Alexandre Aja l’a fait avec La colline a des yeux en 2006 et le duo David Moreau/Xavier Palud avec The Eye. Ils vont tous à Hollywood pour s’adonner à leur passion du frisson. Une raison : « Financée par les télés, notre industrie ne veut pas produire de films d’horreur et de toute façon le public français ira d’abord voir un film d’horreur américain », affirme David Moreau.

Pourtant, il y en a un qui réalise des films aux États-Unis tout en gardant sa patte personnelle : Michel Gondry. Avec des films comme Human Nature ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind, le frenchie s’est construit une réputation solide de créateur original et décalé. Il est arrivé par une voie différente de celle des ses collègues : le vidéo-clip et les publicités. Ces petits films sont toujours des concentrés d’inventivité où il expérimente des procédés révolutionnaires comme le bullet-time utilisé plus tard dans la trilogie Matrix et tous les ersatz qui en ont découlé.

Voici le fameux spot  Smirnoff avec le célèbre effet Bullet-time :

Pour le plaisir, un extrait du film Eternal Sunshine of the Spotless Mind représentatif de la Gondry’s touch :

Ces réalisateurs français qui s’exportent aux États-Unis font partie d’un longue tradition. Max Ophüls, Jacques Tourneur ou encore Jean Renoir avaient déjà traversé l’océan en leur époque.  Déjà, ils connurent des destins divers. Jean Renoir fut remercié par les studios américains après avoir réalisé 6 films, le grand producteur de films Darryl F Zanuck déclarera  même :  « Renoir a beaucoup de talent, mais il n’est pas des nôtres ». Jacques Tourneur, quant à lui, a dirigé plusieurs  séries B fantastiques ou d’aventures.
Et l’histoire va encore se prolonger puisque plusieurs projets prévu. Michel Gondry va réaliser l’adaptation de la série télé américaine Le Frelon Vert. Gela Babluani (réalisateur roumain mais qui vit en France depuis ses 17 ans) vient de franchir le pas en décidant de faire le remake de son premier long-métrage 13 (Tzameti) avec un casting trois étoiles : Mickey Rourke, 50 Cent, Ray Winstone et Jason Statham.
Eric Provot
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Eric

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