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La ballade de Buster Sruggs : Truculente anthologie du western des frères Coen

La ballade de Buster Sruggs : Truculente anthologie du western des frères Coen

23 novembre 2018 | PAR Marine Sulitzer

Ethan et Joel Coen dégainent pour Netflix un film « à sketches » autour du western, genre qu’ils n’ont pas hésiter à revisiter avec brio, ironie et humour noir. Reparti en 6 épisodes, La ballade de Buster Scruggs nous emmène à la rencontre du grand ouest américain à la sauce spaghetti.

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Auréolée du meilleur scénario à la Mostra de Venise, La ballade de Buster Scruggs devait initialement être une série en six épisodes. Les frères Cohen en ont décidé autrement en s’inspirant des films à sketches italiens des années 1960, propices à raconter plusieurs histoires autour d’un même thème dans une durée de temps limitée (ici 2h12). Les deux réalisateurs nous mettent aux premières loges de duels sanglants en chansons, nous font les complices d’un braquage raté ubuesque, nous émeuvent avec l’histoire d’un homme-tronc comédien qui n’intéresse plus personne, nous narrent les premiers émois amoureux d’une jeune pionnière naïve, nous ravissent avec les paysages immaculés qui jalonnent la quête d’un chercheur d’or et enfin nous font trembler dans un dernier convoi funèbre chargé de fantastique.

Truffé de références au film Les Monstres de Dino Rossi, métrage de 19 sketches réalisé en 1963 autour des bassesses en tous genres des italiens de l’époque, ou encore aux westerns spaghetti de Sergio Leone où les cow-boys pleins de bonnes intentions se retrouvent malgré eux du coté obscur, La ballade de Buster Scruggs est une chevauchée minée de pépites d’or pour les aficionados du genre. Les deux cinéastes ne se contentent pas de s’amuser avec les codes, à savoir des brutes sentimentales, des héros égocentriques et des duels sanglants, ils les détournent pour les réactualiser avec pour notre époque, son lot d’injustices, de noirceur, de mélancolie et d’humour noir. Manier de manière aussi subtile la tragi-comédie relève du tour de force, et quand elle est servie par un casting 5 étoiles, cela relève de l’extase.

On jubile devant Tim Blake Nelson en Buster Scruggs, avatar sanglant de Lucky Luke qui dégomme en chanson quiconque se dresse au travers de son chemin. James Franco ne manque pas de charisme en braqueur de banque trébuchant et Liam Neeson glace dans son rôle de directeur de spectacle itinérant dénué de toute moralité. Si Zoé Kazan charme dans son rôle de jeune fille naïve et romantique, c’est réellement le chanteur Tom Waits qui casse la baraque avec son personnage de vieux chercheur d’or solitaire. D’avantage connu pour ses albums, bien qu’il ait tourné avec les plus grands comme Francis Ford Coppola (Dracula), Jim Jarmush (Coffee and cigarettes), ou encore Robert Altman (Short Cuts), le musicien nous happe par son jeu juste et puissant.

Véritable déclaration d’amour aux westerns spaghetti, La ballade de Buster Scruggs nous fait rire aux larmes, c’est sûr, mais ne nous y trompons pas, ces larmes sont bercées de noirceur, de cruauté et d’ironie, à l’image de la vie.

visuel : photo offiielle (c) Netflix

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