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« Kongo », documentaire félicité par le public au Festival Francophonie Métissée et Quinzaine du cinéma francophone 2019 !

« Kongo », documentaire félicité par le public au Festival Francophonie Métissée et Quinzaine du cinéma francophone 2019 !

10 octobre 2019 | PAR Chloé Coppalle

Ces quinze derniers jours s’est tenue la 28ème édition du Festival Francophonie Métissée et Quinzaine du cinéma francophone, et a réuni pour l’occasion un très grand nombre de films venant de différents pays ! Ce mardi 8 octobre, c’est le documentaire Kongo qui faisait office de séance de clôture, en attendant sa sortie officielle qui sera le 11 mars 2020. Le documentaire a précédemment fait parti de la sélection de l’ACID, au festival de Cannes. Le public a félicité les deux réalisateurs Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav pour la justesse et l’exactitude de leur propos.

Kongo : comment le film s’est-il construit ?

En 2013, Hadrien la Vapeur arrive emmène Corto Vaclav à Brazzaville pour un sujet sur les guérisons qui devait durer quelques semaines. Finalement, le projet durera six ans. Peut-être le temps qu’il fallait pour « décoloniser le regard », explique Hadrien la Vapeur. En même temps, le pari était risqué car le sujet particulièrement pointu, et peu documenté sur la scène occidentale. Hadrien la Vapeur a raison, peut-être était-ce le temps nécessaire pour réussir à capter toute la sensibilité et la complexité du sujet. Le film raconte le quotidien de Jean Médard, guérisseur installé à Brazzaville, qui travaille dans une petite église de quartier. Le cinéaste raconte que deux ans avant le tout début du projet, il avait déjà rencontré un apôtre, mais raconte que ce dernier est mort entre temps. Deux ans près, avec Corto Vaclav, ils vont alors faire le tour des églises de Brazzaville, très nombreuses, pour rencontrer un apôtre. C’est dans ces conditions que les trois hommes se rencontrent. 
Après la projection, ils racontent que pour monter les images, il fallait des autorisations, et également celle des esprits. Pour pouvoir tourner, ils sont allés sur la tombe de la mère de Médard, pour qu’elle accorde l’autorisation de tournage. En effet, les réalisateurs expliquent qu’il y a un respect des closes initiatiques, il faut respecter ce qu’on peut montrer ou non.
Enfin, le choix du titre Kongo avec un « K » et non Congo avec un « C » est dû au fait que le Congo désigne la République démocratique du Congo, depuis son indépendance en 1960, alors que le Kongo désigne le Royaume du Kongo, l’empire existant avant les périodes de colonisations. Le documentaire présentant des cultes qui ont résisté à l’époque coloniale, le choix du titre s’est porté sur : Kongo. 

Un documentaire précis, illustré par des images puissantes

La mère de Médard décède quand ce dernier a seulement deux ans. Un an plus tard, elle intervient pour lui enseigner son métier. C’est elle qui veille sur l’église, comme une sorte de cheffe. Médard appartient aux ngunza, ordre spirituel dans laquelle les esprits, les divinités, sont les ancêtres : les « Dieux sont sous terres » dit-il au début du film, témoignant d’un rapport à la mort à la fois éternelle et extrêmement présente, mais surtout un rapport au divin particulièrement concret. Les dieux, les esprits ne viennent pas de figures lointaines et divines communes à toute une société, mais partent de liens directs avec les croyants, car ils s’inscrivent dans une généalogie à la fois proche et personnelle. La géographie cultuelle se traduit elle aussi à une échelle humaine, puisque les corps des esprits sont enterrés dans le cimetière de la ville, les lieux de cultes sont ceux des parents, des grand-parents, de la famille.
Dans le documentaire, les deux réalisateurs montrent les procédures de désenvoûtement, mais aussi les difficultés de la profession, notamment quand Médard est accusé d’avoir envoyé la foudre sur une maison qui l’avait appelé pour chasser des esprits néfastes installés chez eux. La foudre ayant tué les enfants, la mère porta plainte contre son mari pour n’avoir pas su protéger son foyer, mais ce dernier se retourna lui même contre le guérisseur, qui dû comparaître devant la justice. Après la projection, Corto Vasclav expliqua la complexité de la scène : Médard comparaît devant le tribunal coutumier, qui existe en complémentarité du tribunal juridique. En effet, la conséquence de la colonisation est que malgré l’indépendance du Congo, la juridiction est restée française. Le problème, c’est que les lois locales diffèrent des lois françaises. Le cinéaste illustra son propos avec l’exemple de l’héritage : en France, l’héritage est patrimonial, c’est-à-dire qu’il passe de père en fils. Au Royaume du Kongo, les filiations étaient matrilinéaires, c’es-à-dire passaient par la mère, par la sœur du père précise même le réalisateur. Donc rien que sur la question de l’héritage, sur quelle juridiction se base-t-on ? C’est pourquoi ces tribunaux coutumiers existent : travaillant étroitement avec le tribunal juridique, ils permettent d’équilibrer les questions légales, notamment celles liées à la magie comme c’est le cas ici.

Enfin, bien que le film puisse sembler à certains passages un peu lent, le montage est ponctué par des images hypnotiques et poétiques de la nature, de gros plans de cours d’eau, de la mer, mais également de très belles images de la vie de Médard. Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav jouent sur les gros plans, sur le clair-obscur, sur le motif organique, sur le contre-jour. Le documentaire a bien mérité sa sélection au Festival de Cannes, de part ses images puissantes, sans stéréotypes, avec un respect sincère pour ce qu’il témoigne. Un grand bravo ! 

Visuel : ©Affiche du film, Kongo, par Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav, durée 1h10, sortie officielle le 11 mars 2020, sélection ACID du festival de Cannes 2019

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