Cinema

Killer Elite, une belle occasion ratée

Killer Elite, une belle occasion ratée

13 octobre 2011 | PAR Clement Fraioli

Killer Elite rassemble des pointures du cinéma d’action, et du cinéma tout court, en la présence de Jason Statham, Clive Owen et Robert de Niro, au sein d’un projet qui aurait pu être un bon film de genre s’il s’en était donné les moyens. Sortie prévue le 26 octobre.

Pour sauver Hunter (Robert de Niro), son ancien partenaire et mentor, Danny (Jason Statham) accepte de reprendre du service et de reformer son équipe. Sa mission va ainsi l’amener à percer les secrets d’une des unités militaires les plus redoutés, le Special Air Service (SAS) britannique. Du Mexique à l’Australie, en passant par Paris, Londres, Oman et le Pays de Galles, Danny va alors découvrir un complot menaçant l’équilibre international…

Killer Elite est adapté du best-seller de Ranulph Fiennes, The Feather Men, paru en 1991, et inspiré de faits réels. L’auteur, né en 1944, a lui-même fait partie du SAS, avant de rejoindre, en 1968, l’armée du Sultan d’Omanpour se consacrer ensuite, a partir de 1969, à de nombreuses expéditions d’exploration, le Guinness des records le qualifiant de « plus grand explorateur vivant ». Dans son livre, Fiennes s’intéresse aux dessous les plus sombres de la politique extérieure britannique, révélant notamment l’existence d’une société secrète d’anciens officiers du SAS (les Feather Men), des hommes prêts à tout pour protéger leurs frères d’armes, passés ou présents. Abordant des sujets sensibles, classés secret défense, l’auteur se porte garant de l’authenticité de son récit.

Partant donc d’une base de travail plus qu’intéressante, le réalisateur Gary McKendry se prend les pieds dans le tapis, et gâche une belle occasion. Ainsi, au lieu de proposer un véritable film noir, agrémenté d’action dont Statham a le secret, et de profiter de l’arrière plan politique pour donner à son scénario une profondeur, et une portée enrichissante, McKendry se contente de l’aspect « bourrin » et passe à côté de la trame de son film.

En effet, si le livre a créé une polémique à sa sortie, de par la précision de sa documentation et les sujets abordés, le film ne risque pas un tel sort tellement il occulte, ou bâcle, cet aspect de l’histoire, les Feather Men étant abordés avec une rapidité et une maladresse frustrantes. Cette mise à l’écart aurait pu être acceptable si les scènes d’actions étaient renversantes, mais ce n’est pas le cas. Le film se contente de reprendre les nouveaux codes du film d’action, initiés pas la saga Jason Bourne, avec une réalisation ultra-rapide et nerveuse; si elles sont divertissantes, ces scènes sont loin d’êtres originales et saisissantes, et lassent rapidement à force de répétition et de longueurs (le filme dure 2h!).

Du côté du casting, on peut déplorer le fait que le rôle principal ait été confié à Jason Statham qui, il est vrai balance des coups pieds fouettés comme personne, mais peine quand il est vraiment question de jouer et de transmettre des émotions. La pseudo histoire d’amour, à laquelle personne ne croit, distillée au fur et à mesure du film ne suffit pas à donner au personnage de Danny une ampleur, et un second niveau de lecture. On regrette ainsi que Clive Owen n’est pas été choisi pour ce rôle, lui qui dispose d’un charisme et d’une palette de jeu bien plus importants que Jason Statham. De Niro, quant à lui, livre un service minimum, rendant son personnage de vétéran plutôt crédible, et parvient à éviter sa manie exaspérante, vue dans certains de ses derniers films, d’en faire des tonnes et de jouer De Niro plus qu’il ne joue le personnage.

Finalement, Killer Elite est un film d’action tout ce qu’il y a de plus banal, qui divertira probablement les fans du genre. La déception vient cependant du fait que tous les ingrédients étaient réunis pour donner un film haletant et renversant, et qu’à défaut de prise de risque (ou de talent?) le résultat n’est qu’un film de plus ou la testostérone prend le pas sur les neurones.

Yayoi Kusama, météore hallucinée
Les Révoltés de l’île du Diable nous fait sombrer
Clement Fraioli

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *