Cinema

Kaboom, de Gregg Araki

03 octobre 2010 | PAR Laurent Deburge

Grosse émotion à la séance de nuit du festival de Cannes, moyenne d’âge 17 ans, et c’est justement le sujet du film d’Araki : les ados de la côte Ouest. Rapide, coloré, sexy, presque expérimental tant dans le traitement visuel clinquant, que dans le scénario, « immatériel », si l’on osait faire un anglicisme, c’est-à-dire que l’histoire que raconte le film n’est pas vraiment le sujet du film, ou marginalement.

Le sujet ce sont plutôt les troubles dans l’identité sexuelle : suis-je ou non homo ? Oui, mais je fais quand même l’amour avec des filles, ou non, ou je  ne sais pas, ou en s’en fout. Alors on s’embrasse, on parle de cul, on baise un peu mais pas tant que ça finalement : on joue à se donner un genre, ou à se faire peur, dans le meilleur des cas. C’est vrai qu’ils sont beaux nos ados, qui ne le sont plus vraiment du reste : Thomas Dekker et ses yeux bleus, Roxane Mesquida, Juno Temple et leurs yeux verts… agressifs, mystérieux, toujours en train de se déshabiller ou de se rhabiller. C’est une sorte de grande leçon de glamour, un manifeste de la désirabilité en 2010 signé par un vieillard de 50 ans passés, ce cher Gregg Araki, auteur de la fameuse « Teen Apocalypse Trilogy ». D’apocalypse, il en est finalement question au terme de ce film gentiment déjanté qui tourne au jeu de rôles vidéo : une disparition mystérieuse, des hallucinations ou bien des êtres déguisés en inquiétants lapins, une secte sataniste complotant pour la destruction du monde, des comédies de reconnaissance parfaitement délirantes , n’importe quoi en fait, entre le grotesque et l’échevelé, le scénario n’est décidément pas le propos du film.
Et pourtant, Kaboom est un film brillant, dans son traitement paradoxalement à la fois prétentieux et je-m’en-foutiste, qui délivre quand même un message. Les jeunes sont paumés mais se dépêchent d’en profiter car le monde va à-vau-l’eau, le responsable de tous les malheurs du monde c’est Papa et les adultes en général (méchants ou à la ramasse, faites votre choix). La jeunesse, comme la liberté dont elle se réclame, est une denrée rare, donc chère. Mais l’âge, comme la laideur, pour paraphraser Gainsbourg, ont ceci de supérieur sur la jeunesse et beauté qu’ils durent plus longtemps. Pas très consolant tout ça. Bon, soyons honnêtes pour finir, Kaboom, c’est au final un grand éclat de rire, une grande éclate et ça fait quand même du bien. En dépit des clichés et des conformismes inévitables pour tout candidat à la Rebelle Attitude, il reste une volonté d’irrévérence qu’on ne peut que saluer.
Kaboom. Réalisé par Gregg Araki. Avec Thomas Dekker, Juno Temple, Roxane Mesquida. 01h26min. USA 2009. Comédie. Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement. Sortie le 6 octobre 2010.

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Laurent Deburge

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