Cinema
Journées cinématographiques dionysiennes 2022 : une année sur les ambiguïtés et les doutes, de la politique à Dan Sallitt

Journées cinématographiques dionysiennes 2022 : une année sur les ambiguïtés et les doutes, de la politique à Dan Sallitt

05 février 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

Avec une programmation qui s’axe sur la politique au cinéma, et offre la première rétrospective européenne des films de Dan Sallitt, le Festival s’intéresse cette année à des rapports humains durs à déchiffrer, donc passionnants. Les Journées cinématographiques dionysiennes se poursuivent jusqu’au 12 février.

En cette année 2022, les Journées cinématographiques dionysiennes proposent une cinquantaine de films portant majoritairement sur un thème résumé par l’expression « Partie de campagne » : après une édition 2019 dédiée au voyage, et le thème du rêve au centre de la programmation 2020, proposée en février de cette année-là, la manifestation a choisi cette fois de questionner la politique au cinéma, alors qu’une nouvelle élection présidentielle se profile. Avec des séances à voir à Saint-Denis (au sein de l’Ecran), et aussi depuis 2020, à Saint-Ouen (l’Espace 1789), La Courneuve (l’Etoile), et à Aubervilliers (le Studio).

Ouvert avec la projection en avant-première, en simultané dans les quatre salles de cinéma, du nouveau film réalisé par Thierry de Peretti, Enquête sur un scandale d’Etat – que nous avons pu voir au début du Cinemed, Festival du Cinéma Méditerranéen à Montpellier, et qui sortira en salles le 9 février, distribué par Pyramide Distribution – le Festival offre une Carte blanche au cinéaste. Son choix : trois films de Francesco Rosi, artiste corrosif et politique. Le documentariste engagé Skip Norman a également droit à une mise à l’honneur, le samedi 5 février, lors d’une séance offerte en Carte blanche à Nicole Brenez. Autre focus, enfin, à goûter : celui sur les « Quartiers japonais en lutte » proposant deux films en dialogue, tournés respectivement en 1986 et 2017.

Parmi les films projetés touchant à la politique et à ses représentations, enfin, seront à retrouver Vers sa destinée, de John Ford, sur le jeune Abraham Lincoln, l’avant-première d’Un peuple d’Emmanuel Gras, Pater d’Alain Cavalier… ou encore la fameuse trilogie Infernal Affairs, bientôt ressortie par The Jokers et à voir en entier au cours de la nuit du samedi 5 février. Sans oublier les traditionnelles ciné-conférences, titrées cette année « Filmer le politique » (mardi 8 février), « Animer pour témoigner » (lundi 7 février)…

L’autre événement offert par les Journées cette année est la toute première rétrospective européenne consacrée au réalisateur américain Dan Sallitt. Cinéaste de « l’ambiguïté des relations » chez qui « l’autre est toujours une énigme » – comme l’écrit Adrian Martin dans le programme du Festival – il est invité à montrer ses films, qui n’ont quasiment pas connu de diffusion en France : Honeymoon (1998), All the ships are sea (2004), The unspeakable act (2012), Caterina (2019), Fourteen (2019).

Devant Fourteen, en effet, on décèle un oeil de réalisateur : le récit que Dan Sallitt conte est celui de l’amitié au long cours, pas simple, entre deux jeunes femmes, Mara et Jo. Ce qui frappe et marque en premier lieu dans la façon dont le cinéaste traite ce thème sont les jours ou années que l’on sent s’écouler entre les scènes. Ces dernières affichent souvent une longueur mesurée, suffisante pour faire émerger la vérité des personnages qui s’y activent. D’une séquence à l’autre, on sent que des jours passent, en nombre plus ou moins important : on retrouve donc tout à coup les mêmes protagonistes changés, et tout effet démonstratif est évité, car ces blancs temporels ménagent des espaces pour rêver. Le film avance, aussi, vers des issues pas forcément joyeuses, Jo sombrant peu à peu dans des attitudes négatives et Mara se construisant davantage sans toutefois tout choisir, ou en hésitant trop parfois : du fait de ces « absences », de ces jours non montrés, le terrain pour l’émotion finale est comme préparé sans effet appuyé, et de ce fait, c’est l’impression de vérité qui l’emporte enfin. Avec quelques scènes extrêmement réussies, apparaissant aiguisées comme un scalpel.

Invité ensuite à débattre avec Giulio Casadei, délégué général du Festival de Brive et responsable programmation pour le Champs-Elysées Film Festival – premier endroit en France où les films de Dan Sallitt furent montrés – le réalisateur a pu parler de cette manière qu’il avait choisi d’adopter pour peindre son récit, manière qui devait au final amener les fondements de la relation entre Mara et Jo à se dévoiler vers la toute fin du film, sans toutefois occuper la dernière scène. On notera que son scénario n’explique pas tout, laissant à penser que, malgré leur proximité, des gouffres d’incompréhension perduraient, entre ces deux protagonistes. Des gouffres qu’on a pu goûter, rendus bien sensibles qu’ils étaient par le film. Les oeuvres de Dan Sallitt sont à découvrir au cours des Journées cinématographiques Dionysiennes le samedi 5 et le dimanche 6 février.

Les Journées cinématographiques dionysiennes se poursuivent jusqu’au 12 février. Le site du cinéma L’Ecran, à Saint-Denis, avec les informations pratiques : https://bit.ly/3B5ZO9K

*

Visuel 1 : affiche des Journées cinématographiques dionysiennes édition 2022

Visuel 2 : Fourteen © Patrick Bryant

Le Trio de Baptiste Trotignon célèbre les 40 ans du Sunset !
Avec « Pli », Inbal Ben Haim invente le cirque de papier
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture