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John Rabe le Juste de Nankin, un film malheureusement très lourdaud

John Rabe le Juste de Nankin, un film malheureusement très lourdaud

25 avril 2011 | PAR Olivia Leboyer

John Rabe, membre du parti nazi et directeur de l’usine Siemens à Nankin, apprend qu’il est rappelé à Berlin. Lors du bal donné pour son départ, Nankin est bombardé par des avions japonais. Contre toute attente, contre le bon sens, John Rabe décide de rester. Il sauvera 200000 Chinois. Un film (trop) plein de bons sentiments, primé en Allemagne. Sortie le 27 avril 2011.

Le film est tiré d’une histoire vraie. Encore aujourd’hui, en Chine, John Rabe est une légende. Visiblement fasciné par ce héros atypique, Florian Gallenberger livre ici une hagiographie évidemment sympathique, mais très maladroite. Toutes les scènes clés (le sauvetage de Chinois protégés par le grand drapeau nazi ; la nomination comme président de la zone de sécurité ; les adieux avec sa femme, etc) sont surlignés au maximum, à grands renforts de plans fixes interminables et de musique classique. Ulrich Tukur (qui incarne Rabe, et a obtenu l’équivalent du César en Allemagne pour ce rôle) s’en sort plutôt bien, mais son personnage est décrit sans beaucoup de nuances. Vaguement raciste dans les deux premières minutes du film (« Les Chinois sont tous pareils, mais on peut distinguer de bons et de mauvais Chinois »), John Rabe se découvre héroïque à la faveur d’une explosion japonaise sur Nankin : il est désormais prêt à risquer sa vie pour sauver celles de Chinois inconnus. Sous le regard extatique d’Anne Consigny, qui joue une directrice de pensionnat célibataire (et qui, une fois n’est pas coutume, est exaspérante), Tukur-Rabe brave tous les dangers avec une dignité et un flegme sans égal. Dès lors, nous suivons, épatés, les exploits de Rabe, qui n’a pas perçu, depuis une Chine désinformée, qu’Hitler faisait en réalité œuvre de destruction.
Les aspects diplomatiques, les tractations avec les Japonais sont bien décrits et intéressants pour un spectateur pas forcément au fait de cette page de l’Histoire. De ce point de vue, John Rabe mérite bien sûr d’être vu. Mais la partie « romanesque » du film, avec l’histoire d’amour de John Rabe et de sa femme adorée et celle du jeune Daniel Brühl (Goodbye Lénine) avec une jolie et intrépide photographe chinoise, est sirupeuse au possible.
Il est vraiment dommage de se surprendre à rire devant un film qui devrait normalement émouvoir.

John Rabe le Juste de Nankin, de Florian Gallenberger, Allemagne, avec Ulrich Tukur, Daniel Brühl, Anne Consigny, Dagmar Manzel, Zhang Jingchu. Sortie le 27 avril 2011.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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