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Jewish Connection : l’histoire d’un trafic pas très orthodoxe…

Jewish Connection : l’histoire d’un trafic pas très orthodoxe…

09 février 2011 | PAR Vincent Brunelin

Pour son premier long, le réalisateur Kevin Asch porte un regard tantôt grave, tantôt amusé, sur la collision de deux univers que tout oppose, la religion juive orthodoxe et le trafic de drogue. Illustration du choc entre tradition et monde moderne, le film bénéficie de la présence de Jesse Eisenberg dans le rôle phare. Après sa performance remarquée et remarquable dans The Social Network, il confirme avec Jewish Connection toute l’étendue de son talent. Sortie le 16 février.

Synopsis : « À la fin des années 90, un million de pilules d’ecstasy ont été acheminées d’Amsterdam à New York par des Juifs orthodoxes recrutés à leur insu. Sam Gold, 20 ans, est l’un d’entre eux. Refusant la voie stricte et balisée que sa famille lui a déjà tracée, il accepte sans hésiter quand son voisin Yosef lui propose de faire passer des « médicaments » contre rémunération. Mais Sam comprend vite la vraie nature du trafic et se laisse happer par le gain de l’argent facile, embarquer dans la spirale des nuits sans fin de Manhattan à Amsterdam et envoûter par Rachel, la petite amie de son patron… »

On craint toujours un peu le pire quand un film hérite du cachet « inspiré d’une histoire vraie ». Il n’en est rien. Jewish Connection n’en manque pas de cachet. Et si l’ensemble reste assez léger, on suit avec un intérêt non feint le parcours original de ce Sam Gold, tiraillé entre le poids des traditions incarnées par son père (Mark Ivanir, déjà remarqué dans Le Voyage du directeur des ressources humaines) et l’attrait de cette nouvelle vie beaucoup plus excitante. Le cinéaste traite avec une certaine habileté le rapport à cette religion aux pratiques très codifiées, pour ne pas dire rigoristes, et évite les pièges et poncifs inhérents au sujet en adoptant un ton humoristique mais jamais moqueur. Plus que le rejet de la croyance ou l’appât du gain, le trafic d’ecstasy est avant tout le moyen pour Sam d’échapper à une vie tracée d’avance, de prendre des décisions par lui-même, et de devenir un homme finalement.

Soutenue par la vitalité des dialogues, l’interprétation de Jesse Eisenberg en tout point remarquable – le travail sur la voix, l’accent de Brooklyn, la manière d’osciller entre fragilité et arrogance, cette diction saccadée bien particulière – le place définitivement comme l’un des talents les plus prometteurs du cinéma américain. Le reste du casting est d’ailleurs à la hauteur du jeune acteur.

Mais la réussite de Jewish Connection réside aussi dans sa mise en scène pertinente et efficace qui sert le désir d’authenticité du film. Le traitement très « seventies » et le style visuel dans son ensemble rappellent les polars urbains de Sydney Lumet au même titre que les premiers Scorcese. On pense également à James Gray à travers les teintes froides et naturalistes des extérieurs.

S’il n’atteint pas la classe de ces illustres prédécesseurs, Kevin Asch n’a cependant pas à rougir de ce premier film rudement bien fichu et somme toute très agréable à voir.

Jewish Connection (Holy Rollers), de Kevin Asch, avec Jesse Eisenberg, Justin Bartha, Ari Graynor, Mark Ivanir, USA, Comédie dramatique, 1h29. Sortie le 16 février 2011.

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