Cinema
Jean Paul Belmondo : portrait d’un homme-monument du cinéma français

Jean Paul Belmondo : portrait d’un homme-monument du cinéma français

29 juin 2013 | PAR Juliette Hebbinckuys

 

A quoi reconnaît-on un grand comédien? Comment peut-on savoir à l’avance si cet homme, plutôt qu’un autre, marquera le beau paysage du cinéma français ? Faut- il être beau ? Drôle ? Viril ? Talentueux, c’est évident… Mais il existe de très bons comédiens qui ne feront pourtant jamais partie de notre imaginaire ou de notre souvenir cinématographique collectif. Et s’il ne fallait en citer qu’un, la réponse est évidente: Jean Paul Belmondo.

Avec plus de 80 longs métrages à son actif, on peut dire que « Bébel » n’a pas chômé. Pourtant, nombreux sont ceux qui se seraient découragés à sa place. Après deux tentatives avortées d’entrée au conservatoire national de Paris, il y accède enfin en 1952. Pourtant, son talent est loin de faire l’unanimité et ses professeurs ne croient pas véritablement en lui. Admiré par ses camarades, mais boudé par le jury, il sortira diplômé de sa formation, mais sans possibilité d’intégrer la comédie française. Il débute sans grand succès au théâtre sous la direction d’André Barsacq, et se fait remarquer au cinéma en 1958 en jouant un petit rôle dans « Sois belle et tais toi », de Marc Allégret. La même année, le réalisateur lui offre un rôle un peu plus conséquent dans « Un drôle de dimanche ». Il est alors repéré par Jean-Luc Godard, qui l’embauche pour son court-métrage « Charlotte et son Jules ». C’est le début de la Nouvelle Vague… Il tourne sous la direction de Chabrol, Sautet, Godard bien sur, Melville, Verneuil, ou encore Truffaut.

Si ces noms sont immenses, le talent de l’acteur l’est tout autant. En à peine dix ans, il réussit à se faire apprécier à la fois par la critique et le public. Travailleur acharné, il joue entre 1960 et 1970 dans pas moins de 34 longs métrages, et participe également à plusieurs films italiens comme « La Viaccia » avec Claudia Cardinale ou « La Ciociara » avec Sophia Loren. Acteur aux multiples facettes, il enchaîne aussi bien les comédies populaires que les films d’auteur. Très apprécié des plateaux de tournage, il exécute lui même la plupart de ses cascades et son charme ne laisse personne indifférent. Belmondo excelle dans l’art de séduire, homme ou femme et petits et grands. Il continue son ascension en 1970 avec « Borsalino », réalisé par Jacques Deray, triomphe du box office avec quasiment 5 millions d’entrées. En 1975, il fait sensation avec « Peur sur la ville » de Verneuil, où ses cascades risquées lui valent quelques blessures qui ajoutent encore au mythe de cet homme viril et idéal. Si la critique semble de plus en plus sceptique à son égard, le public n’a jamais été aussi emballé et chaque apparition de l’acteur se solde par un succès. « Flic ou voyou », « Le professionnel », « Le marginal » ou encore « L’as des as » battent des records de fréquentation dans la salle pour l’époque.

Mais le public commence à se lasser, et « Bébel » aussi. Après une déception avec « Le solitaire », qui n’obtient pas le résultat escompté, il se voit proposer un retour sur les planches: Robert Hossein lui propose, après 30 ans de disette théâtrale, d’interpréter « Kean » de Jean Paul Sartre au théâtre Marigny. Une fois de plus, l’acteur fait l’unanimité et la pièce joue même les prolongations. Mais son plus grand rôle, c’est probablement Lelouch qui lui offre avec son « Itinéraire d’un enfant gâté ». On y découvre un homme égoïste, rongé par les regrets, sensible, touchant, à l’exact opposé des personnages de justicier auxquels il est habitué. Après l’homme-machine, il laisse place à l’homme perdu. Et son interprétation lui vaut d’obtenir un César du meilleur acteur qu’il n’ira même pas chercher. En 1990, il continue sa lancée sur les planches avec « Cyrano de Bergerac ». La pièce attirera plus de 200000 spectateurs, et bénéficiera d’une renommée internationale avec une tournée allant jusqu’au Japon. Les années 90 sont très axées théâtre: il enchaîne les grosses productions et achète même le théâtre des Variétés en 1991 dont il devient le directeur.

Le début des années 2000 ne sourit pourtant pas à Belmondo. Après quelques échecs commerciaux notamment « Peut être » de Klapisch, ou « Amazone » de Broca, il se redirige vers la télévision après l’avoir boudé pendant quasiment 40 ans. Mais en août 2001, il est victime d’un accident vasculaire cérébral alors qu’il est en vacances en Corse. Son état est jugé comme étant très sérieux, et la France tremble à l’idée de perdre son « Bébel » national. Ce serait pourtant mal le connaître que de croire qu’il ne se battrait pas pour se remettre d’aplomb, lui, le professionnel… Après une longue rééducation, il retrouve les plateaux de tournage pour un film de Francis Huster, « Un homme et son chien ». Et c’est tout Paris qui se bat pour avoir la chance de jouer à ses cotés! Jean Dujardin, José Garcia, Pierre Mondy, Michèle Bernier, Daniel Prévost, les admirateurs sont nombreux pour assister à la résurrection de leur acteur fétiche. Si le film est loin d’être un succès commercial, la France retrouve malgré tout l’homme avec lequel son cinéma a grandi et évolué.

Outre ses nombreux mariages qui lui ont valu la réputation de Don Juan, Jean Paul Belmondo est surtout un homme de caractère. Imprévisible dans ses choix, courageux dans ses actes, séducteur avec les femmes, sale gosse avec les institutions qui le dérangent, véritable égérie et pourtant très gentil, il apparaît comme un homme entier et parfois compliqué. Mais au fond, n’est-ce pas cela, la définition de l’homme idéal? Il était impossible de ne pas lui rendre hommage alors qu’il représente à lui seul toute une génération d’hommes, et surtout toute une vie de cinéma français…

 

 

 

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