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Je n’ai rien oublié: Du grand Depardieu dans une histoire de famille et de mémoire

Je n’ai rien oublié: Du grand Depardieu dans une histoire de famille et de mémoire

20 janvier 2011 | PAR Gilles Herail

Le nouveau film de Bruno Chiche est porté par la grâce enfantine de Gérard Depardieu atteint par la maladie Alzheimer. La critique de ce drame familial abouti entre suspens et sérénité.

Synopsis officiel: « Depuis des années, Conrad Lang vit aux crochets de la riche famille Senn. D’abord camarade d’enfance de Thomas, puis gardien de leur maison de vacances à Biarritz, ils l’utilisent comme bon leur semble et lui s’en satisfait. Mais lorsque son état de santé se dégrade, lorsqu’il se met à raconter à Simone, jeune épouse de l’héritier Senn, des souvenirs d’enfance qui ne collent pas tout à fait à l’histoire officielle de la famille, Elvira, la matriarche, se montre étrangement menacée. (…)

Réalisateur de Barnie et ses petites contrariétés et Hell, Bruno Chiche a cette fois ci choisi de s’inspirer du roman Small World de Martin Suter. En utilisant judicieusement les pertes de mémoire de son personnage principal comme un prétexte scénaristique et non comme un sujet, Chiche s’éloigne d’une description compassionnelle d’une maladie taboue pour lorgner vers le thriller familial chabrolien. Alzheimer fait à la fois perdre la notion du temps et la mémoire proche, mais aussi remonter des vieux souvenirs enfouis.

C’est donc en perdant la tête que Conrad va faire ressurgir un passé familial longtemps tu. Construit comme un thriller, Je n’ai rien oublié se déroule dans un décor monacal, une grande bâtisse sombre et vide habitée par une famille de grands bourgeois cyniques. Françoise Fabian y incarne la matriarche, ancienne beauté froide menant son monde et sa famille à la baguette. Ce cadre volontairement austère et un brin artificiel sert le scénario mais se révèle trop lent et trop figé. Cet aspect du film, entre jeux de pouvoir à l’intérieur de cette famille et la reconstruction d’un secret en forme de puzzle est un peu attendue même si le réalisateur maintient assez de suspens pour tenir en haleine son spectateur. Je n’ai rien oublié tire en fait son charme des histoires parallèles. L’amitié retrouvée entre Tomi et Coni (Depardieu et Niels Arestrup). La tendresse qui s’installe entre Conrad et Simone, qui tente d’échapper à l’emprise de cette famille tentaculaire.

Depardieu tient le film sur ses larges épaules. Evitant l’écueil du rôle à césar, du grotesque outré et du pathos, il crée une pureté incroyable pour son personnage. Affranchi du temps, Conrad perd la notion de sa propre présence, retrouve une certaine liberté. Ses émotions sont brutes, immédiates et ses souvenirs passés s’immiscent dans la conscience du présent. Aérien, Depardieu flotte dans un univers à mi chemin entre l’adulte et l’enfant. Sa performance est passionnante, en toute simplicité. La mise en scène de Bruno Chiche est beaucoup plus inspirée lorsqu’il filme Depardieu. Il retrouve une identité visuelle, une poésie voire un certain romantisme dans les très belles scènes diffuses avec Nathalie Baye. Je n’ai rien oublié est affaibli par les lourdeurs de son aspect « thriller familial » et sa famille bourgeoise un peu caricaturale. Ce film très personnel est pourtant à conseiller grâce à l’ensemble des moments suspendus où les 150 kilos de notre Gérard national s’amollissent en revivant des bribes de son enfance. Un film imparfait mais souvent beau.

Gilles Hérail

Je n’ai rien oublié, une comédie dramatique franco-allemande de Bruno Chiche avec Gérard Depardieu et Niels Arestrup, sortie le 30 mars 2011, 1h30.



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