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« Jane Campion par Jane Campion », réédition de la complexe monographie signée Michel Ciment

« Jane Campion par Jane Campion », réédition de la complexe monographie signée Michel Ciment

13 avril 2022 | PAR Alexis Duval

D’abord publié en 2014, l’ouvrage revu et augmenté est nourri d’analyses filmiques éclairantes et témoigne d’une grande érudition.

 

Version enrichie

“Plutôt que de l’associer à d’autres femmes cinéastes (…), il me semble plus pertinent de voir dans son cinéma une même croyance dans le pouvoir de l’image (…).” Au début de sa monographie de Jane Campion, Michel Ciment privilégie une comparaison avec, entre autres, les frères Coen ou Quentin Tarantino. Ce faisant, il balaie en quelques mots et paresseusement la spécificité du regard féminin de Jane Campion. La Néo-Zélandaise n’a pourtant pas son pareil pour dépeindre la masculinité toxique. Dommage que l’ouvrage débute avec une telle lapalissade universitaire. Tout cinéaste digne de ce nom croit dans le pouvoir de l’image…

Si l’on met de côté ce tropisme liminaire, on trouvera dans Jane Campion par Jane Campion une approche bien plus complète et complexe. Passeur de septième art bien connu des amateurs, Michel Ciment dédie ce bel album, publié en 2014 et ressorti le 18 mars dans une version enrichie, à son ami le cinéaste “Pierre Rissient, sourcier”. Figure du septième art disparue en 2018, l’homme a oeuvré à faire connaître la réalisatrice néo-zélandaise en Europe.

Anecdotes et analyses

Au fil des pages, on découvre la genèse de chaque film, de son premier court-métrage, Mishaps – Seduction and Conquest à The Power of The Dog. Sortie le 1er décembre 2021 sur Netflix, cette fiction est l’objet d’un chapitre qui complète l’édition de 2014. Chaque œuvre est présentée avec un article nourri d’anecdotes de tournage et d’analyses filmiques éclairantes. On goûtera ainsi à l’approche colorimétrique de la scène de séduction dans Portrait de femme (1996). “La palette dominante sera celle des bruns et des bleus, les lieux, chambres ou pièces de réception, baignent dans une semi-obscurité et Rome est une ville comme saisie par le froid, tandis que la pluie sera associée au personnage de Mme Merle”, écrit Michel Ciment.

Pour chaque film aussi, un entretien, publié dans la revue Positif au moment de leur sortie ou de leur présentation en festival. On y lit avec plaisir l’épanouissement de la cinéaste, ses motivations, ses doutes, dès Sweetie (1989). Et l’on savourera l’érudition mais aussi l’admiration du journaliste et écrivain. Ce qui donne lieu à des passages emplis de poésie. Dans la rencontre autour de Bright Star (2010), Campion dit ainsi : “Cela me semble un instinct tout à fait naturel pour l’artiste de vouloir créer un monde solide et de craindre sa dissolution.”

Immenses interprètes

Sam Neill, Nicole Kidman, Kate Winslet, Harvey Keitel, Meg Ryan, Mark Ruffalo, Ben Whishaw, Benedict Cumberbatch, Kirsten Dunst… On ne compte plus les immenses interprètes que Jane Campion a dirigés. L’ouvrage se termine d’ailleurs sur “Souvenirs éclatés”, texte vivifiant écrit par Holly Hunter, l’interprète principale de La Leçon de piano : “Jane établit une relation particulière avec le paysage, comme s’il s’agissait d’un personnage central. Dans ses yeux, il y a du mystère et de l’inconnu, de l’appréhension et de la sexualité, comme chez tout être humains.” Le regard du critique, celui des acteurs et celui de la cinéaste sur son travail  De quoi nourrir l’esprit et l’âme.

Jane Campion par Jane Campion, éditions des Cahiers du cinéma, 240 pages, 45 euros.

Visuel : couverture du livre

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