Cinema

J-4 La dernière Venise de Toute La Culture

J-4 La dernière Venise de Toute La Culture

05 septembre 2013 | PAR Celeste Bronzetti

4.9.2013. Le dernier jour de Toute La Culture au Lido de Venise a été rythmé par trois films de la sélection officielle Venezia 70. Dans une journée ensoleillée et bien chaude on s’émue, on réfléchit et on s’apprête à rentrer avec un bagage riche d’un cinéma qui ne nous ravit pas toujours mais qui ne nous laisse jamais indifférents.

tomTom à la ferme de Xavier Dolan
Le film du jeune canadien Dolan fatigue à décoller. Tiré d’une pièce de théâtre de Michel Marc Bouchard, ses seuls moments qui nous persuadent sont ceux où l’on ressent la voix de la dramaturgie, la puissance de la scène vivante de cet héritage. Mais le résultat n’est pas ce qu’on attend d’une adaptation pour le grand écran. Angoissant du début à la fin, le film se déroule entièrement dans cette ferme à mi chemin entre la campagne et la ville. Pendant la conférence de presse, Dolan raconte aux journalistes que c’est dans un décor pareil qu’il a grandi, autour d’une ferme où les échos de la ville parviennent confus et lointains. Les personnages de Tom à la ferme restent des énigmes, on n’en saisit pas la personnalité et on fatigue à ressentir des impressions nettes à leur égard. C’est l’histoire d’une absence et la trame ne veut probablement pas la combler, sauf que le film ne gagne jamais la force nécessaire pour faire ressentir le poids réel de ce vide, pour que cette absence se matérialise réellement. Après la mort de son petit ami, Tom se rend à la ferme où la famille du défunt habite pour les funérailles. Quand la mère l’accueillit, Tom ignore que cette maison se transformera en un piège qui l’engloutira dans un enfer de folies. Il n’y a que Francis, qui est au courant de la relation amoureuse entre Tom et son frère défunt. Il n’y a que lui qui se fait garant du secret de cette liaison homosexuelle et qui chargera d’une gravité disproportionnée l’interdiction de l’avouer à la mère. Pour garder cet univers qui est évidemment construit sur des mensonges, Francis gère la vie de Tom à travers une violence inouïe et une persécution obsédante à son égard. Tom, interprété par le jeune Dolan en personne, ne semble pas s’en rendre compte, au contraire, il se laisse par instants séduire par le gouffre de folie dans lequel Francis vit. La mère, probablement le personnage le  plus inquiétant, se fait porteuse d’un pathos théâtral qui rajoute du poids à l’atmosphère déjà très lourde. De ce fait, c’est celui dont les contours se découpent plus nettement : elle accepte délibérément de vivre dans la dimension artificielle que son fils a créé pour elle. Ses commentaires et ses réactions sont toujours mal placés, ses sentiments exhibés, faux. Elle est peut-être la vraie responsable de l’atmosphère de cauchemar qui règne dans cette ferme maudite. Mais toutes ses sensations, une fois qu’on sort de la salle, semblent s’effilocher. Aucune d’elle n’a percé notre sensibilité : le film reste vague et flou et son seul point de force est la représentation d’une ambiguïté essentielle qui l’emporte.

ana arabiaAna Arabia nous fait rêver encore
Ana Arabia est un nom élégant et discret, si mélodieux qu’on aurait envie de le chuchoter. Il décrit parfaitement le gout du nouveau film de Amos Gitai : délicat et modeste. Encore un fois, le metteur en scène israélien confie à une femme le rôle principal, comme si la grâce et la beauté pouvaient plus clairement traduire le sens de ses créations. Elle est une jeune journaliste à la recherche de témoignages dans un village palestinien de frontière entre les territoires occupés par les arabes et la terre habitée par les juifs. Alors que dehors la guerre religieuse se déchaîne depuis toujours, dans ce petit village autonome et isolé, la coexistence pacifique n’est pas une utopie, elle s’est véritablement matérialisée. La jeune journaliste scrute et étudie ces gens qui racontent leurs histoires, la plupart  sans même attendre ses questions. Chaque habitant a une expérience à partager, des anecdotes de sagesse à illustrer. Ce sont des gens qui ont un lien profond avec la terre, peu importe le Dieu qui l’a créée. Ce qu’on leur a appris et qu’ils essayent de  transmettre à leurs fils c’est qu’il faut toujours soigner la terre, la respecter, comme si c’était à travers elle que la vie leur a été donnée. Amos Gitai voulait « créer un film où le contenu et la forme se coalisent » sans qu’aucun des deux l’emporte sur l’autre. Après la présentation de son film à Venise il explique aux journalistes la raison de tourner le film sur un seul plan-séquence : « on voulait traduire dans le langage du film notre propos conceptuel : placer les deux cultures sur un même plan, sous un seul regard qui annule les différences ». Ses yeux son lumineux et sa façon de parler apaisante pendant qu’il dit cela. On aurait presque envie de l’écouter encore. Grace à son expérience, Gitai connait très bien tous les risques de ce choix mais il accepte le défi qui lui impose son idée. La narration risque de devenir, par instants, monotone et la caméra, fixée et presque immobile, impose une maitrise parfaite de la scène de la part des acteurs. La protagoniste en particulier s’en sort avec une élégance stupéfiante. Et nous, on se perd avec elle à admirer les gestes simples et l’humilité poétique de ces gens dont Amos Gitai nous montre l’essence. Le film respecte le propos de son créateur de ne crier jamais une idée abstraite de paix, mais de la suggérer presque silencieusement, de la montrer discrètement à travers les mains sales de terre des habitants du village, sur leurs visages brulées où coulent parfois des larmes de nostalgie. Ana Arabia nous laisse une impression sensible de cette idée de paix possible, à travers la spontanéité d’une narration faite de petits gestes vrais.

LintrepidoAmelio-Albanese : un photographie de beauté et espoir
L’intrepido de Gianni Amelio touche parce qu’il rend la pure simplicité géniale. Après Zoran, le cinéma italien à Venise se caractérise encore une fois pour sa tension réaliste et pour la volonté de créer un récit qui concerne des vérités humaines proches à notre temps. Et il le fait avec un sens de la beauté pur et spontané. Si Zoran, il mio nipote scemo nous raconte une histoire à la fois légère et passionnante, L’intrepido nous plonge dans l’Histoire, avec un grand « H » de l’Italie de nos jours, en particulier au beau milieu du monde du travail aujourd’hui. Malgré la portée sociale et politique de cette question, ce film l’aborde avec une délicatesse émouvante et jamais banale. Antonio Pane, interprété par l’immense Antonio Albanese, est un travailleur infatigable, prêt à changer de travail tous les jours et à s’y disposer avec un dévouement chaque fois admirable. Il fait le remplaçant de tous les employés qui s’absentent pour une journée de leur poste : la métaphore de la précarité effrénée du travail est extrêmement bien réussie et très aigue. Toujours en uniforme, celle qu’elle porte n’est jamais la sienne. Antonio est un personnage chaplinien ou, comme le précise Amelio, charlotien : les citations tout au long du film sont innombrables et subtilement suggérées. Il est humble, moins triste que  Charlot mais autant énergique et confiant que lui. Comme Charlot, Antonio est un être rare dans un monde qui souvent le méprise et voudrait le corrompre. Mais lui, il marche toujours tête haute, seul et prêt à la rencontre. Milan, une ville grise et frénétique, et pourtant très belle, lui appartient, comme du reste toutes les choses qui l’entourent, parce qu’il s’y investit constamment, âme et corps. Il a un fils, Ivo, qui l’aime sincèrement, l’admire et s’occupe de lui. De temps en temps il lui achète des chaussettes, parce que son père est toujours occupé et il n’a pas le temps pour le faire: on a souvent l’impression que les rôles père fils s’inversent.

Mais ça n’étonne personne : dans le film Ivo et Lucia représentent la jeune génération italienne vieilli avant l’âge.  Intelligents et cultivés ces jeunes sont fragiles et découragés par un monde du travail qui les rejette et par une société qui écrase tout rêve et tout espoir dans le futur. Le sujet, c’est vrai, n’est pas nouveau, mais au lieu de le traiter avec l’habituel cynisme à l’italienne, cette forme de laxisme décadent et paresseux, Amelio et Albanese le font avec une légèreté et une tendresse émouvantes. Le nouveau couple du cinéma italien semble parler une seule et même langue quand ils expliquent leur projet et le « work in progress » constant qui a caractérisé le tournage : leur cinéma a peut-être la force pour dépasser le tristesse et les peurs de Ivo, Lucia et tous les autres. L’intrepido nous suggère sans tambour ni trompette des repartir des choses concrètes : pour dépasser les crises de panique, si symptomatiques d’une génération paumée, il faut s’approcher à notre réalité, la toucher, la manipuler comme des fervents artisans. La dignité se cache là-dedans : un film tout simplement intelligent.

Ultimo giorno di Toute La Culture al Festival di Venezia. Come al solito, la scelta è difficile, ma oggi vi proporremo di entrare per l’ultima volta con noi nel vivo della selezione ufficiale, quella dei film che concorrono all’ambìto Leone d’oro. Tom à la ferme non ci convince: cupo e troppo nervoso dall’inizio alla fine. Tensione e ambiguità diventano luoghi unici di un’espressività estraniante che fa talvolta l’occhiolino al pathos teatrale: la psicologia dei personaggi rimane un enigma, come molti dei punti chiave della trama. Ana Arabia, ultimo Gitai, ci rasserena. Ci fa passeggiare con una giovane giornalista in cerca di storie da raccontare in un villaggio palestinese in cui arabi e ebrei convivono, si amano, condividono. L’idea di pace del regista israeliano si concretizza sotto i nostri occhi e ci colpisce per la sua semplicità: discretamente, ci fa sognare che sia possibile. Ma il film del giorno è senza dubbio L’intrepido di Gianni Amelio, un’incursione nell’Italia del lavoro, territorio scomodo ai nostri giorni, dove le giovani generazioni non riescono a entrare e chi c’è già spesso non sa come aiutarle. Ma Antonio Pane fa eccezione: interpretato da un favoloso Albanese, questo personaggio è una metafora vivente della precarietà del lavoro e, al tempo stesso, propone l’unica soluzione per non soccomberle. Antonio è pronto a cambiare lavoro ogni giorno e ogni giorno è un’occasione per imparare cose nuove, per conoscere le persone, parlare, ascoltare. Questo Charlot dei giorni nostri, è un capolavoro del cinema italiano perché si oppone al facile e ormai prevedibile pessimismo che lo caratterizza: la sua devozione non è mai patetica né banale, ma sempre ironica e intelligente. Leggero e fiducioso, L’intrepido ci dà una lezione su cosa significa dignità. 

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Celeste Bronzetti

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