Cinema

[Interview] Mikael Buch : « Faire un film qui aime profondément les pères défaillants »

[Interview] Mikael Buch : « Faire un film qui aime profondément les pères défaillants »

12 novembre 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

L’excellent Simon et Théodore sort mercredi 15 novembre au cinéma (critique à lire en cliquant). Parfaite occasion pour discuter avec son réalisateur, Mikael Buch, signataire en 2011 de Let my people go !. Qui parvient, dans son nouveau film, à opérer un mélange très humain et très beau entre comédie burlesque, et colères et drames de l’âge (presque) adulte. Simon et Théodore, une sortie qu’on a pu découvrir en avant-première à l’Arras Film Festival 2017, qui décerne ses prix en ce jour même. Le film y a fait l’objet d’un débat, dans une salle comble et ravie, au cours duquel ont été évoqués son format d’image, le choix de son casting… Suite ici, donc. Cette rencontre entre un jeune homme instable psychologiquement, qui va être père, et un ado très en colère, jusqu’à devenir violent (Félix Moati, et Nils Othenin-Girard), est à découvrir en salles…

Mikael Buch, comment écrivez-vous vos scènes, pour atteindre à une telle justesse ?
Mikael Buch : Chaque scène est différente, dans son écriture. Je cherche à être au service du film, c’est donc le film qui dicte ses règles. Pour Let my people go !, je voulais aboutir à une comédie loufoque. Donc, côté scénario, avec Christophe Honoré, nous écrivions des scènes vite, selon la liste de nos envies. Simon et Théodore a demandé davantage de précision, de rigueur d’écriture. Avec en main quatre personnages principaux, et deux registres, je désirais obtenir une arche narrative, quelque chose de l’ordre de l’évidence, mais aussi limpide et vivant, en même temps. Let my people go !, lui, fonctionnait plus comme un collage de scènes.

Quel a été le premier thème à l’origine du scénario ? les problèmes psychologiques, ou la paternité ?
Mikael Buch : Quand je commence à écrire, je cherche d’abord à raconter des personnages. J’ai des envies de scènes. Les thèmes, je continue de les découvrir une fois le film terminé… Je sais que Simon et Théodore travaille la question de ce que c’est que d’être un homme. Car, par exemple, les deux personnages principaux féminins y exercent des métiers qu’on pense en priorité réservés aux hommes. Et ça n’a pas été un choix conscient de ma part, tout d’abord. C’était une de mes préoccupations, au tout début de l’écriture, mais ce sont les personnages qui m’ont guidé. J’ai un rapport purement émotionnel à ce que j’ai envie de raconter. Après, quand à la paternité… Ce que j’aime, dans le cinéma, c’est quand il nous aide à nous accepter, comme nous sommes. Donc j’avais tout de même un peu envie, au départ, de faire un film qui soit un antidote au père idéal, un film qui aime profondément les pères défaillants.

Afin d’obtenir ce mélange de burlesque et de drame, comment avez-vous dirigé les acteurs ?
Mikael Buch : La direction d’acteurs commence au casting, pour moi. Elle commence avec le fait de choisir un interprète plutôt qu’un autre. Là, je savais qu’il me fallait deux rôles principaux masculins avec un spectre de jeu assez large, et une très grande aisance. Des personnes capables de passer d’un registre à l’autre, pour que le registre général du film, justement, reste insaisissable. Au final, Nils Othenin-Girard et Félix Moati ne m’ont jamais questionné par rapport au registre dans lequel je voulais les voir.

Comment est venue l’idée du personnage de Rivka, qui exerce en tant que rabbin, et est jouée ici par Mélanie Bernier ?
Mikael Buch : D’une réalité qui commence à apparaître, en France. J’aime, au cinéma, proposer des hypothèses de réel. Mais sans que cela pose tout de suite beaucoup de questions : je fais en sorte que dans l’histoire, cette réalité soit acceptée d’emblée, et qu’elle ne constitue pas un enjeu pour le personnage.

Aviez-vous l’intention, au départ, de tourner une « comédie à deux » ?
Mikael Buch : Oui, j’avais très envie de réaliser un buddy movie. J’aime beaucoup ce genre, au sein duquel on trouve aussi bien les films L’Epouvantail (1973) que SuperGrave (2007). Quand l’amitié est filmée comme une histoire d’amour, des choses du quotidien prennent une ampleur lyrique. L’importance de l’amitié est l’un des enjeux du film.

Le personnage joué par Jean-Charles Clichet, collègue gentil de la mère de Théodore (Audrey Lamy), a été imaginé comment ?
Mikael Buch : Il est très important, dans l’histoire. Il est le seul personnage absolument positif, il ne fuit pas ses responsabilités, il a envie d’être là pour la femme de sa vie. Comme il a été là pour ses quatre sœurs, qui ont toutes eu des grossesses difficiles, il le dit. J’avais envie de proposer, avec lui, un rapport possible aux responsabilités, et à la paternité.

La sortie de Simon et Théodore est-elle aisée, ou un peu difficile, en ce mois de novembre 2017 ?
Mikael Buch : Non, la sortie du film n’est pas facile. Car il va être présent sur peu d’écrans, en France. C’est un peu difficile, je trouve, de convaincre les exploitants de prendre des risques, aujourd’hui. Pourtant, tous les publics auxquels nous avons montré le film y ont réagi de façon magnifique.

Propos recueillis par Geoffrey Nabavian.

Visuels : © Mona Films

#Interview : Marie s’infiltre tendrement au théâtre
[Jour 3] Arras Film Festival : le grand écart dans la compétition
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *