Cinema
[Interview] La programmation du Festival du film international de La Rochelle, par la directrice artistique Prune Engler

[Interview] La programmation du Festival du film international de La Rochelle, par la directrice artistique Prune Engler

27 juin 2014 | PAR Yaël Hirsch

Ouvrant ce 27 juin avec la projection du film de Céline Sciamma Bande de filles et proposant jusqu’au 6 juillet 250 films à voir, la 42ème édition du Festival du film international de la Rochelle propose d' »approcher le lointain ».  Des hommages seront rendus à l’actrice allemande Hannah Schygulla, aux réalisateurs Bruno Dumont, Pipo Delbono, Jean-Jacques Adrien et Midi Z. Buster Keaton et Bernadette Lafont. Le 5 juillet une nuit blanche de cinéma se terminera sur un petit déjeuner offert sur le port. Rencontre avec Prune Engler, la directrice artistique de ce bel événement, entre hier et aujourd’hui.

festival du film de la rochelleTLC : On a l’impression que la programmation du Festival du film de La Rochelle oscille entre ici et ailleurs, le passé et le futur ? Encore plus pour cette 42ème édition que pour les précédentes ?
Prune Engler : Ce n’est pas spécifique à cette année, cela fait partie de l’ADN du festival depuis qu’il existe. Il y a toujours eu du cinéma muet, des grands classiques et une ouverture sur des jeunes réalisateurs d’aujourd’hui. Bien sûr les films changent d’une année sur l’autre et les réalisateurs d’aujourd’hui prennent de plus en plus en compte la mondialisation, les frontières mouvantes. Comme ils se font le reflet de la société actuelle, peut-être que l’aspect « ici et ailleurs » grandit un peu plus chaque année.

Y a-t-il un lien thématique ou une vision du monde commune entre les films « classiques » (Howard Wawks), les hommages plus contemporains (Dumont, Delbono) et la sélection « ici et ailleurs »?
Au contraire! Nous essayons de programmer des cinéastes les plus divers possibles pour offrir aux spectateurs une variété de films dans lesquels il peuvent trouver leur compte. Tout le monde n’aime pas le cinéma américain des années 1930 ou le cinéma soviétique muet. Ce qui est important, c’est de pouvoir leur donner le choix.

Justement, quand vous programmez un cycle comme « Le siècle d’or du cinéma muet soviétique« , est-ce plus difficile d’attirer du public? Comment accompagnez-vous ces programmations de films de patrimoine?
Le public est au rendez-vous parce qu’un chef d’oeuvre comme un film d’Eisenstein est aussi accessible qu’un film d’Edward Hawks ou de la filmographie de Bernadette Laffont. Mais bien évidemment nous accompagnons ces films. Par exemple pour le cycle soviétique, nous avons un partenariat avec la cinémathèque de Toulouse qui fête cette année ses 50 ans, qui nous a prêté la plus grandes partie des films du cycle, que sa directrice viendra présenter.

Pouvez-vous nous parler un peu de deux cinéastes programmés et peut-être un peu moins connus, comme Jean–Jacques Andrien ou Midi Z?
Si vous ne les connaissez pas, c’est presque normal. Une des vocations du festival est de mettre en lumière des réalisateurs qui n’ont pas toujours la possibilité de sortir dans les salles de cinéma françaises. Le réalisateur belge Jean–Jacques Andrien vit dans le nord de son pays et filme les difficultés du monde agricole. Son prochain film, Le Grand paysage d’Alexis Droeven sort cet été en France, et a une résonance universelle. Il s’agit d’hommes et de femmes qui luttent pour préserver un emploi précaire. Quant à Midi Z, c’est le seul réalisateur Birman vivant aujourd’hui à Taiwan; il a moins de 30 ans et on montre ses courts-métrages pour la première fois en France.

Parmi les premières mondiales, il y a aussi le nouveau film d’Alain Cavalier, Le Paradis
C’est un film et un cinéaste que nous aimons beaucoup. Et nous allons projeter deux autres de ses films, Mise à sac, qui date de 1967 et reste toujours d’actualité et Huit récits express (2006).

La musique semble jouer un rôle de plus en plus important dans le Festival…
Oui, c’est vrai. Les films muets sont accompagnés par le pianiste Jacques Cambra. On organise avec la Sacem une masterclass du compositeur Bruno Fontaine et Orval Carlos Sibelius fera une création en direct autour d’un film de Haroun Tazieff, Le rendez-vous du diable (1956).

Parmi les hommages, il y a l’actrice allemande Hannah Schygulla. Cette 42ème édition est-elle très « européenne »
C’est vrai que nous avons programmé pas mal de film européens. Le public est très demandeur de films allemands et italiens et donc nous avons mis en avant Hannah Schygulla qui est bien sûr liée à l’Allemagne et à Fassbinder mais qui a aussi fait une carrière internationale. Et Pippo Delbono, plus connu comme comédien de théâtre et dont nous projetons les 5 films qu’il a réalisés…

Valeria Bruni-Tedeschi l’an dernier, Agnès Varda, Hannah Schygulla, Bernadette Laffont et ouverture Céline Sciamma cette année… La Rochelle fait honneur aux femmes. Est-ce volontairement que vous programmez plus de comédiennes et de réalisatrices que la plupart des festivals de cinéma?
C’est voulu. Même si nous n’avons pas la vocation du Festival international des films de femmes de Creteil,  et qu’il y a plus d’hommes, cars ils tournent plus de films, nous sommes attentifs à mettre en avant le travail cinématographique  de comédiennes et réalisatrices.

Visuel : affiche du festival

Infos pratiques

Le road show du Comptoir du bain : un bar à savon pas loin de chez vous
Kim Jong Un aussi nerveux que Joe Dalton
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture