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Interview du réalisateur coréen Kim Seong-hun : « A Hard Day ressemble à un morceau de viande »

Interview du réalisateur coréen Kim Seong-hun : « A Hard Day ressemble à un morceau de viande »

06 janvier 2015 | PAR Hugo Saadi

A Hard Day est le second film du coréen, Kim Seong-hun, présenté à La Quinzaine des Réalisateurs, le film nous a séduit par son mélange entre humour noir et thriller. TLC est allée à sa rencontre pour en savoir plus. Pour lire notre critique du film c’est ici.

Le film démarre directement sur l’accident, était-ce un choix délibéré de votre part de mettre le spectateur tout de suite au cœur du film sans une mise en contexte ?

Oui tout à fait, mais ce ne fut pas ma première idée. Le début du film m’a beaucoup fait réfléchir. J’avais filmé une scène où Gun-Su sortait de la morgue après l’embaumement du corps de sa mère et se dirigeait ensuite vers sa voiture pour rentrer chez lui. Puis, je me suis dit que le début devait être plus intense, plus rapide et j’ai donc coupé cette scène pour placer le spectateur dans l’intrigue dès les premières minutes.

Le rythme de A Hard Day est assez intense et le mélange entre le thriller et l’humour noir est très bien réussi, comment avez-vous pensé à l’articulation de ces scènes et de quoi vous êtes-vous inspiré ?

J’aime bien mélanger ces éléments, ces genres là, c’est ce qui me plait beaucoup quand je vois des films, comme ceux des frères Coen par exemple. Dans leurs films, il y a toujours ce mélange entre le thriller et l’humour. J’ai vu beaucoup de leurs films et c’est donc devenu quelque chose de très naturel pour moi et qui existe en moi. Je pourrais comparer mon film à un morceau de viande. Vous savez il y a toujours un peu de graisse naturelle dedans et c’est ce qui permet de mieux la digérer et qui la rend visuellement plus belle. Je pense que c’est beaucoup mieux pour le spectateur d’avoir deux ou trois grandes scènes dotées d’humour pour alléger le film. Quant à mon inspiration pour les multiples scènes, je pense que le monde est dans une période de globalisation et avec le temps qui m’était donné pour écrire le scénario, je lisais beaucoup de journaux et à chaque fois je tombais sur des articles, des faits divers qui m’ont inspirés le film.

Vous venez de parler des frères Coen, avez-vous été influencé par d’autres réalisateurs étrangers ou coréens ?

En ce qui concerne la partie thriller, l’influence de Hitchcock est indéniable. Je crois avoir vu tous ses films et en ce qui concerne le style je suis beaucoup plus proche des Coen que j’adore effectivement. Comme réalisateurs coréens c’est Bong Joon-Ho que j’admire beaucoup et notamment son film Memories of Murder. Ces trois réalisateurs ont tous un style différent, mais ce que j’aime chez eux c’est leur mélange de tous les genres.

The Chaser de Hong-Jin Na, Memories of Murder de Bong Joon-Ho ou encore I Saw the Devil de Kim-Jee Woon et vous désormais. La Corée du sud est friande du polar et nous offre des chefs d’œuvre dans ce domaine, avez-vous une idée d’où cela peut bien venir ?

A vrai dire il y a quelques années il n’y avait pas beaucoup de thrillers en Corée, mais comme vous disiez il y a eu Bong Joon Ho et Na Hong Jin qui sont passés par là. Je dirais que c’étaient des précurseurs qui ont réussi dans leurs films. Du coup, les investisseurs ont ramené beaucoup de capitaux pour les films suivants et surfer sur ce genre qui marche bien. Les gens ont pris beaucoup de plaisir à en voir et à faire. Mais en même temps il n’y pas que cela en Corée, il y a plein d’autres choses sauf qu’elles ne sont pas présentées à l’étranger donc le public étranger ne les connait pas. La société coréenne ne ressemble pas à un thriller, c’est plutôt une comédie romantique (rires) !

Dans votre film, derrière tout cet humour il y a un fond sérieux qui dénonce la corruption au sein de l’appareil policier, était-ce une volonté de votre part ?

On pourrait effectivement penser à cela mais ce n’était pas du tout ce que je recherchais. C’est vraiment pas volontaire et c’est venu plus naturellement afin d’avoir ce coté drôle et amusant qui se dégage de la corruption des policiers et de leur cupidité.

C’est votre second film après huit années d’absence, les investisseurs ont donc été plus prudents. Si votre film avait bénéficié d’un budget plus important aurait-il été différent ?

Non je ne pense pas que j’en aurais rajouté, mais en tout cas j’aurais rajouté des éléments plus techniques dans mes séquences, comme de la couleur ou plus d’effet. Sinon la tonalité du film aurait été la même, cette proportion entre humour et suspense serait restée la même, elle me convient très bien.

Dans A Hard Day on passe de la morgue à un champ de rizière ou d’un appartement plein centre à un vieil entrepôt, vous utilisez tous les espaces de la ville. Avez-vous eu une scène plus compliquée à tourner et inversement une que vous avez beaucoup apprécié réaliser ?

Oui je citerais une scène et notamment un lieu : la scène de l’autoroute. C’est là où il se passe la séquence de l’accident en pleine nuit et également de jour quand le personnage principal revient sur le lieu du meurtre. C’était un lieu très marquant car dans le film c’est un endroit désert et l’image rendait très bien. Mais on a eu du mal à tourner ces scènes car malgré les accords que l’on avait, on a reçu beaucoup de plaintes car on était obligé d’arrêter les voitures et de couper la circulation. C’est donc un lieu compliqué pour le tournage mais qui m’a procuré beaucoup de plaisir. Sinon la scène de l’échange du corps vers la fin du film m’a beaucoup plu également. Vous savez cela se passe en plein milieu des rizières et le lendemain le riz allait être moissonné. Il a donc fallu absolument la tourner avant car cela aurait « abimé » le décor en quelque sorte. J’ai réussi et j’en suis fier.

C’est votre première fois à Cannes, comment se sent-on avant la projection ainsi que pendant ? De surcroit, comment avez-vous réagi aux rires ou sursauts des spectateurs lors de la séance ?

Avant la projection j’étais très stressé et j’essayais de cacher cette tension, mais en voyant mes mains moites je me suis rendu compte que je ne pouvais pas cacher ces émotions, mais c’était un stress positif. Pendant la projection je voyais que le public riait et avant de venir ici, j’étais un peu inquiet car je me disais que pour que le public capte l’humour d’un film il faut qu’il connaisse l’histoire, la culture et la société. Finalement j’ai vu que le public cannois riait beaucoup voire même plus que les coréens qui avaient vu le film en projection test puisqu’il n’est pas encore sorti. Comme je voyais que les gens riaient souvent face à la corruption et à l’histoire des fonctionnaires je me suis dit que finalement les êtres humains étaient tous semblables (rires).

Pensez-vous reprendre ces ingrédients dans votre prochain projet ?

Je ne sais pas si je vais les reprendre ainsi que ce mélange entre l’action, l’humour et le thriller, mais ce qui est sûr c’est que je garderai le mélange d’ironie et de burlesque. Ce n’est pas parce que je me sens obligé, mais c’est ce que j’aime faire.

Une idée en tête ? Dans le futur, souhaiteriez-vous toujours être l’auteur des scénarios ou seriez-vous capable de délaisser cette partie pour vous concentrer uniquement sur la réalisation ?

Je n’ai pas encore choisi j’ai plusieurs scénarios à ma portée, il faut que j’en discute avec mes partenaires. Quant aux scénarios, je pense que l’on apprécie et que l’on prend autant de plaisir avec la nourriture que l’on fait qu’avec celle que l’on peut nous servir.

visuel (c) Hugo Saadi

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Hugo Saadi

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