Cinema

Interview de Maren Ade, réalisatrice de Everyone else (Grand Prix du Jury et meilleure actrice au Festival de Berlin 2009)

02 octobre 2010 | PAR Olivia Leboyer

La Boîte à sorties a rencontré la jeune réalisatrice allemande Maren Ade (32 ans), primée au festival de Berlin pour son très beau film Everyone else (Alle anderen, Grand Prix du Jury et Prix d’interprétation féminine pour son actrice, Birgit Minichmayr). Une rencontre vraiment sympathique, avec une jeune femme bourrée de talent et très naturelle. Everyone else (présenté ici dans le cadre du Festival du film allemand) sort en salles le 8 décembre (voir notre critique).

Les deux acteurs principaux, Birgit Minichmayr (Gitti) et Lars Eidinger (Chris) sont formidables. Comment les avez-vous choisis ?

Maren Ade : Birgit Minichmayr est une actrice très connue en Allemagne. Lars Eidinger, lui, est un acteur de théâtre. Tous les deux ont fait du théâtre, en fait. Et, pendant les répétitions, cela nous a aidés. On a parfois procédé comme pour des scènes de théâtre.

L’histoire d’amour est très jolie, très naturelle, comme en équilibre. A l’image de la fin, ouverte ?

Maren Ade : Oui, je ne voulais pas faire un film sur un sujet très précis comme la rencontre ou la séparation. Je voulais, au contraire, prendre la vie de ce couple sur le vif, avec ses hauts et ses bas. Cela ne m’intéressait pas, à la limite, de savoir s’ils allaient rester ensemble ou non, à la fin. Je ne suis pas là pour porter un jugement sur ce couple, juste pour l’observer.
Je voulais surtout que les dialogues sonnent naturellement. J’ai fait lire le scénario à des amis, et aussi à Lars (qui joue Chris). C’est amusant, il m’a dit que, dans tout le scénario, il n’y a pas une seule phrase qu’il n’avait pas déjà lancée à sa copine !

Même « Ferme-la pendant que je lis ! » ?

Maren Ade : Ah, ça, c’est une citation de Godard !

Le film est vraiment très beau, parfois joyeux, enjoué, à d’autres moments beaucoup plus mélancolique. Selon les sensibilités, la réception du film est différente ?

Maren Ade : Oui, j’ai participé à plusieurs débats sur le film et je suis surprise de voir que les spectateurs peuvent avoir des réactions, des interprétations très différentes les unes des autres ! Certains trouvent l’histoire d’amour très belle, d’autres en revanche m’ont dit « Mais comment peut-il rester avec une fille comme ça ! Il aurait dû la quitter tout de suite ! ». Certains sont même choqués par l’aspect physique de Gitti, le fait qu’elle ait un côté un peu négligé, des cheveux gras… Comme si, surtout en vacances, il fallait être toujours impeccable ! Des personnes trouvent le film un peu triste, d’autres ressentent plus le côté solaire, lumineux. Ça me plaît bien, que les gens réagissent différemment.
Moi, en tout cas, j’ai déjà eu des histoires d’amour qui ressemblaient au début du film !

L’autre couple, Hans et Sana, apparaît comme une sorte de fantasme. Comment avez-vous imaginé ce quatuor ?

Maren Ade : Au début, je voulais centrer complètement le film sur Chris et Gitti. Puis, j’ai trouvé intéressant de les confronter à un autre couple, beaucoup mieux insérés socialement, en pleine réussite, et auquel ils vont nécessairement se comparer. Chris et Gitti s’aiment comme ils sont, mais la vue de ce couple, que les autres admirent, va les conduire à douter d’eux-mêmes et de leur avenir ensemble. Quels projets ont-ils ? Faut-il, pour être heureux se conformer à ce modèle social rassurant ?
Mais, encore une fois, tout cela est fragile : Gitti et Chris rencontrent Hans et Sana un jour où ils ne sont pas en forme, et cela les bouleverse. Il aurait suffi qu’ils tombent sur eux un autre jour et cela n’aurait pas produit sur eux une impression aussi forte ni eu, du coup, les mêmes conséquences…

Après ces Prix à Berlin, le succès critique, quels sont à présent vos projets ?

Maren Ade : Je suis très heureuse de faire du cinéma. J’ai commencé par des études de productrice (Maren Ade a écrit, réalisé et produit Everyone else, qui est son deuxième film), puis j’ai eu envie de passer à la réalisation. J’ai parfois l’impression que ma vie est trop bien organisée ! Mais ce qui est génial, avec le cinéma, c’est qu’il y a tant de choses différentes à faire ! Ecrire, répéter, tourner, ce sont vraiment des étapes différentes, qui me plaisent toutes.

Everyone else, un film solaire et troublant sur le couple
Entretien avec Hawksley Workman, épisode 4 : No Beginning No End
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *