Cinema

Interview de Leon Dai, réalisateur de Je ne peux pas vivre sans toi, message de vitalité et d’espoir

23 octobre 2010 | PAR Olivia Leboyer

Toutelaculture.com  a rencontré le cinéaste taïwanais Leon Dai, pour parler de son beau film, Je ne peux pas vivre sans toi, qui sort la semaine prochaine. Le film raconte la lutte d’un homme marginalisé, au bout du rouleau, pour obtenir la garde de sa fille de 7 ans. Quand il parle de son amour du cinéma et de la vie, Leon Dai (qui est très beau) est passionnant. Le film sort le 27 octobre et vaut le détour à plus d’un titre. Emouvant, humain, il jette un coup de projecteur salutaire sur la société taïwanaise.

Votre film est très âpre, très dur, mais il recèle également une grande douceur. Cela forme un contraste singulier. Vous avez tenu à préserver une note d’espoir, d’optimisme ?

Oui, je voulais montrer la manière dont cet homme, très démuni, se bat malgré tout pour ce qui lui tient le plus à cœur, sa fille. Je n’aime pas le désespoir total, et je n’aime pas filmer des personnages totalement désespérés. Ce que je voulais, c’est montrer que la vie continue. Que, en dépit de tous les obstacles et difficultés, il ne faut pas abandonner. Ce que je souhaite dire aux gens, c’est que rien n’est jamais définitivement perdu d’avance. On peut toujours trouver des portes de sortie.

Le film s’ouvre par une scène très dramatique, spectaculaire (le père, sa fille accrochée à ses épaules, menace, sous les caméras, de se jeter d’un pont). Sans dévoiler le scénario, j’ai vraiment aimé la manière dont le film se termine.

La scène du pont, si j’avais suivi l’ordre chronologique, aurait dû être située vers le milieu du film. Mais le film est inspiré d’un fait divers. C’est cette image du pont qui m’a inspiré le scénario. Curieusement, en effet, c’est seulement au montage que j’ai eu l’idée de placer la scène du pont en ouverture. Pour montrer qu’a priori, devant un événement comme ça, on croit comprendre ce que ressent cet homme, mais qu’on ne sait rien. Il faut vraiment prêter attention aux autres pour les comprendre mieux.

L’histoire est centrée sur le lien d’amour entre le père et sa fille. Mais j’ai aussi beaucoup aimé le personnage de l’unique ami du père, qui le rattache un petit peu, de manière bancale, à la société. Un petit lien fragile, mais qui existe. Comment avez-vous construit ce personnage ?

Je l’ai inventé, et j’y ai même beaucoup réfléchi. Je voulais qu’il fasse le lien entre le père et la société, mais aussi entre le spectateur et le film. Je l’ai imaginé un peu à la manière de ces personnages de la dramaturgie antique, qui s’adressent aux spectateurs, qui sont des médiateurs, des passeurs. En fait, je suis très sensible à votre question et au fait que vous ayez aimé ce personnage. On m’en parle rarement.

L’eau a une place essentielle dans le film, et lui donne une vraie dimension poétique. Vous connaissez L’eau et les rêves de Gaston Bachelard ?

Non, je ne connais pas, je lirai. Oui, le motif de l’eau est primordial et, en effet, cela fonctionne bien sur un mode onirique. L’eau peut être tiède et confortable (symbole de l’amour que se portent le père et sa fille), ou bien froide et mortifère (symbole de la détresse du père). Elle peut également être miroitante, changeante, comme les rapports que le père entretient avec l’administration !

A Taïwan, le film est un phénomène. A-t-il entraîné une réelle prise de conscience, des débats publics ?

Oui, le film a créé un choc à Taïwan. Il y a eu de nombreux débats. Le Président de la République en personne a demandé aux fonctionnaires d’aller voir le film et d’organiser des débats ensuite. Je pense et j’espère qu’un film peut faire bouger les choses.

Quels films, quels cinéastes aimez-vous en particulier ?

Cela peut vous paraître bizarre, car la critique ne le tient pas pour un très grand cinéaste, mais j’adore les premiers films de Luc Besson. Le Grand Bleu, c’est le film que j’ai le plus vu dans ma vie (Leon Dai décoche un sourire irrésistible). Besson sait décrire les belles choses de la vie. La vie peut être belle si on la fait belle.
Sinon, deux films m’ont marqué et m’ont constitué une source d’inspiration pour Je ne peux pas vivre sans toi : La Cité des Anges de Brad Silberling et La Haine de Matthieu Kassovitz. Deux films forts et qui se préoccupent de l’être humain. J’aime les films qui témoignent d’une vraie vitalité.

Un grand merci au traducteur français-chinois !

Je ne peux pas vivre sans toi, de Leon Dai (Taïwan, 2009), avec CHEN Wen-Pin, CHAO Yo-Hsuan, LIN Chih-Ju. Sortie le 27 octobre.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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