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[Interview] Christophe Ali, « La Volante »

[Interview] Christophe Ali, « La Volante »

26 août 2015 | PAR Matthias Turcaud

Avec Nicolas Bonilauri, Christophe Ali a réalisé Camping sauvage en 2005, avec Denis Lavant et Isild Le Besco et, dix ans plus tard, La Volante, dont vous pouvez lire notre critique ici. Travaillant dans un cinéma du 95, titulaires d’une maîtrise en cinéma à Paris 8, les deux compères sont totalement passionnés par le septième art et se nourrissent de leur cinéphilie pour pondre un cinéma très référencé, et très inscrit dans des genres bien codifiés – ici le film de vengeance. Rencontre avec Christophe Ali, un des deux moteurs du tandem.

Vous êtes d’abord projectionniste et après vous êtes passé à la réalisation…

Christophe Ali : Nicolas (ndlr Bonilauri) est plus projectionniste que moi. J’ai le diplôme, mais je n’ai jamais vraiment pratiqué. Je fais plutôt de la communication dans le petit cinéma dans lequel on travaille à Gennevilliers (ndlr Jean Vigo). On est fonctionnaires, comme le protagoniste du film, on travaille dans la fonction territoriale. Ce qui nous a pas mal intéressés, ce sont les rapports entre les collègues de travail de manière générale. Ce sont des gens qu’on côtoie presque plus que notre propre famille, parfois ça peut devenir vraiment compliqué. C’est parti vraiment du fantasme de faire un film dans l’administration, et puis des rencontres de secrétaires, et des petits incidents qu’on a pu avoir dans notre propre service.

Comment ça se passe de réaliser à deux ? Des tâches précises sont-elles déléguées à l’un et à l’autre ?

C.A. : Quand on travaille à deux, c’est important qu’il n’y en ait pas un qui se sente désinvesti, floué, victime d’une injustice, alors on a trouvé une petite solution, c’est qu’on alterne sans arrêt. A chaque plan, il y en a un qui est sur le plateau et l’autre derrière le moniteur, et le plan suivant on inverse. Ca permet d’ajuster des choses, d’avoir une relation juste – ce qui est très important- et à côté de ça, ça fait vingt ans qu’on travaille ensemble donc on se connaît par coeur.

Ca permet d’avoir un regard extérieur en plus … 

C.A. : En plus. Ce sont vraiment deux façons de réaliser des films. Il y a des réalisateurs – notamment les Américains – qui ne sont quasiment jamais sur le plateau, ils sont tout le temps derrière le moniteur, mais le rapport charnel avec les comédiens n’est pas vraiment là.

Pouvez-vous nous parler de votre relation avec votre producteur ? 

C.A. : On a une relation très fraternelle avec lui, c’est un peu l’arbitre entre nous. On est vraiment un trouple.

Pratiquement dix ans se sont écoulés entre votre premier film Camping sauvage et celui-là. Comment cela se fait-il ? 

C.A. : On a mis pas mal de temps à écrire La Volante, et à côté de ça, on a mené aussi des projets personnels qui sont en cours de production. Pour le prochain, ça devrait aller plus vite. Pour La Volante, on a eu de la chance, car on a réussi à trouver un financement, ce qui n’est pas évident aujourd’hui.

Comment vous est venue l’idée de cette mère vengeresse ?

C.A. : A partir du moment où on a eu l’idée de thriller dans l’administration, le personnage s’est dessiné au fur et à mesure. C’est elle qui a vraiment tout généré, et c’est vrai qu’on avait une secrétaire qu’on a rencontré et qui a été la terre qu’on a modelé.

C’est intéressant comment vous explorez la folie féminine. Avez-vous des références précises en la matière ?

C.A. : Oui, ce sont les personnages de femmes fatales qu’on peut retrouver notamment dans les films noirs américains, ou des personnages un peu inquiétants comme Glenn Close dans Les Liaisons Fatales ou Kathy Bates dans Misery, des femmes très fortes dans le contrôle et la maîtrise. Finalement, la secrétaire qui est la subalterne de Thomas, le responsable de service, va réussir à le contrôler complètement.

Qu’est-ce qui vous a poussé à confier le rôle principal à Nathalie Baye ?

C.A. : Nathalie Baye est l’actrice qu’on a envisagé dès le départ pour le personnage, et c’est à elle qu’on a envoyé le scénario en premier, on n’a pas cherché à contacter d’autres comédiennes, et on a eu la chance d’avoir une réponse très rapide, et une rencontre, dans un petit café, comme ça. Nicolas et moi on n’avait jamais travaillé avec une comédienne de cette envergure et c’était un moment sympathique. On était très angoissés, si bien qu’on s’est trompés de station de métro. On était hyper en avance, et on est arrivés en retard en sueur… Finalement, ça s’est très bien passé. Elle avait aimé notre premier film et elle a beaucoup aimé le script. Elle a été assez exigeante, pointant quelques failles dans la première version du script, il fallait vraiment que ce soit impeccable pour elle, et on a retravaillé, notamment avec nos deux auteurs.

Comment avez-vous procédé pour mettre en place l’atmosphère anxiogène du film ?

C. A. : Avec le chef opérateur Nicolas Massart, on a éliminé toutes les couleurs un peu vives. On a été très stricts sur ce point avec Nicolas, un jeune chef opérateur qu’on aime beaucoup. Là, il a travaillé avec assez peu de moyens – ce n’est pas un film riche, La Volante – et il s’en est bien sorti dans un nombre de jours limité.

Combien de jours le tournage a-t-il duré ?

C. A. : Il y a eu six semaines de tournage sur trois pays. On a réussi à trouver de l’argent au Luxembourg, en Belgique et en France – à Metz, en l’occurrence, en Lorraine – et donc on a dû tourner là-bas. On imaginait tourner en région parisienne, et il a fallu reconstituer tout un univers. On est vraiment des Parisiens avec Nicolas, enfin des banlieusards, on imaginait vraiment tourner dans le 95, et là on s’est retrouvés assez déracinés, mais finalement on est assez contents, parce que ça a donné un peu d’élégance au film.

L’arrêt sur image à la fin sur la photo est un hommage à la fin de Shining

C. A. : Pas vraiment, mais un petit peu quand même, mais, en revanche, le papier peint du début dans l’appartement est le même que dans Shining. On n’a pas fait beaucoup de films mais on en a vu beaucoup, et tous ces films-là on aime leur rendre hommage.

Propos recueillis par Matthias Turcaud et Sabine Bosler, au Régent, 5 rue des Moulins, Strasbourg.

Photos : Sabine Bosler.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

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