Cinema

Holy Motors, le retour fracassant de Leos Carax

Holy Motors, le retour fracassant de Leos Carax

24 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

Il n’avait pas produit de long métrage depuis « Pola X » (1999), faute de financements. Après le capotage de plusieurs projets internationaux, Leos Carax a décidé de se faire commanditaire de lui-même et de poursuivre dans la veine qu’il avait ouverte « Tokyo ! », en 2008) pour mettre en images une série de dix aventures féeriques et humoristiques. Un budget modeste pour un effet maousse, avec dans tous les rôles d’hommes (sauf 1) un Denis Lavant ébouriffant. Un immense moment de cinéma, probablement disqualifié de tout prix par son absence de scenario.

Monsieur Oscar quitte sa superbe villa de la banlieue Parisienne dès potron-minet pour une journée de travail chargée. Il n’a pas moins de neuf rendez-vous, selon la secrétaire-chauffeur (formidable et longiligne Edith Scob) qui l’accueille dans une longue limousine blanche, dossier de la première rencontre préparée à ses cotes. Et après une première clope, Monsieur Oscar s’apprête au sens propre… Dans un jeu de transformisme irrésistible il devient … une mendiante roumaine qui se perche – non pas sur le Pont Neuf- sur le Pont de l’Alma. Puis comme pour tout bon acteur shakespearien, les rôles s’enchaînent avec maquillages, langues, connaissances des arts martiaux ou des règles de la pègre.

Dans ce défilé carnavalesque qui va de la pièce de Tchekhov à celle de la belle et la bête (scène inoubliable de Monsieur merdre au père Lachaise aux cotes d’Eva Mendes), en commençant par un prologue où le cinéaste se met en scène sous les traits de Michel Piccoli et en finissant par une scène de comédie musicale chantée par Kylie Minogue dans une Samaritaine fantôme, Leos Carax s’amuse et nous offre du caviar. Malgré le petit budget annonce du film, ce « Holy Motors » est une suite de sketches de luxe, souvent habités par la religion et son pastiche, l’érotisme et son pastiche, la mort et son pastiche. Bref, il n’y a que le cinéma qui soit vrai. Message sympathique mais malheureusement trop léger pour totalement convaincre. « Holy motors » permet surtout de vérifier que notre David Lynch à nous a conservé sa main de magicien et qu’il a certainement encore plein de beaux films prêts pour nous éblouir… le jour où il aura à nouveau envie de raconter des histoires.

« Holy Motors », de Leos Carax, avec Denis Lavant, Eva Mendes, Kylie Minogue, Edith Scob, Cordelia Piccoli 115 min. En competition.

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Destinataires non communiqués de Grégoire Kocjan et Fabien Doulut
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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