Cinema

Hadewijch de Bruno Dumont

07 décembre 2009 | PAR Coline Crance

 Sortie le 25 Novembre, Bruno Dumont nous livre un film étrange et pénétrant qui révèle toute son aisance de cinéaste.
interpréation : Julie Sokolowski, Yassine Salim, Karl Sarifidis, David Dewaele

La foi, cette recherche de spiritualité ou de mysticisme, s’est toujours exprimée par le visage chez les plus grands cinéastes, en témoigne les nombreux films de Bergman ou la Jeanne d’Arc de Bresson. Dumont dès les premières images,  filme au plus près le visage de son héroïne, jeune fille en adoration et priante dans un couvent qui attend de prononcer ses vœux. Visage pâle, juvénile, la jeune fille, rebaptisée Hadewijch par les religieuses, semble hors du monde, mystérieuse et impalpable. Jugée trop hystérique, portée par un amour trop passionnel de Dieu qui effraye les religieuses, elle est contrainte de retourner vivre à Paris dans son étrange cocon familiale, sorte de maison luxueuse où tout semble tourner à vide tout comme la foi d’Hadewijch s’enferme dans une spirale dangereuse de laquelle elle ne pourra plus sortir … Etouffée par cet amour dévorant de Dieu mais aussi par son refus de l’immanence de Dieu, elle se coupe peu à peu du monde extérieur et du spectateur. Plus le film avance plus la personnalité de l’héroïne nous échappe, assistant impuissant à son inéluctable fuite hors du monde, promesse pour elle d’une résolution mystique. Le film est d’autant plus fort que Dumont opère un glissement de la barrière mystique à la barrière physique. En effet, plus sa quête mystique devient désespérée plus la souffrance de l’absence du Christ se mue en une souffrance spirituelle et physique qui transparaît par l’érotisation de l’héroïne : corps nu, frôlements… Tentations vaincues certes mais qui ne laissent alors place qu’à un terrible vide existentiel.

Hadewijch de Bruno Dumont

Le film fait ainsi un saut périlleux et audacieux. Seule à Paris, Hadewijch rencontre Yassine de confession musulmane. Une tendre amitié s’engage entre eux. Confronté et apeuré par la foi extatique d’Hadewich, Yassine lui présente son frère, jeune homme à la foi fervente et passionnée qui l’entraîne  sur les voies de l’islam.. Le film alors brouille nos repères et ceux de ses héros, dont la foi ne trouve plus aucun support, et opère de façon étonnante un facile va et vient entre le christianisme et l’islamisme… Et face a cet abîme, ce n’est plus la religion qui est en question, mais bien l’humain et cette recherche constante et difficile de l’humanité qui est mise en interrogation .. Mais confrontés à un telle désespérance, leur quête ultime de l’humanité ne peut que voler en éclats…

Le film alors déroute mais Bruno Dumont a réussi son pari, faire un film emprunt de religion pour amener le spectateur à se questionner sur l’humanité et son humanité dans ce qu’elle a de plus simple et de plus pure. Et malgré la complexité du sujet abordé , il nous livre un film clair et serein qui se confirme dans le dernier plan où Dumont se jette à l’eau et nous livre une dernière scène d’une rare beauté.

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Coline Crance

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