Cinema

God Bless America de Bobcat Goldthwait: quand la loi du talion se fait satire

God Bless America de Bobcat Goldthwait: quand la loi du talion se fait satire

05 septembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Connue pour son humour noir, volontiers politique, Bobcat Goldthwait, le film vraiment indépendant (produit par Darko entertainment) « God Bless America »  revisite avec brio Bonnie and Clyde, version absurde. Un road movie sanglant d’un quinqua seul et d’une petite fille qui s’ennuie qui est aussi une croisade contre la médiocrité méchante dans laquelle les médias plongent l’Amérique. En compétition au festival du cinéma américain de Deauville et en salles le 10 octobre 2012.

Récemment divorcé, employé dans une petite entreprise de Syracuse, Frank (Joël Murray) est constamment agressé : par ses voisins sans gêne dont le bébé braille, par son ex-femme recasée avec un flic débile et par sa fille qui fait caprice sur caprice et refuse de le voir sous prétexte que sa maison ne déborde pas de gadgets high-tech. Seul, Frank rentre du travail le soir pour siroter des bières devant la télé. Or si une chose agresse bien Frank ce sont les médias qui nivellent par le bas et emplissent de méchanceté le quotidien de concitoyens toujours en train de commenter les dernières frasques de Lindsay Lohan ou de rire ensemble du type débile qui chante faux au casting ignoble du télécrochet national. Quand Frank se fait virer de son travail après onze ans de bons et loyaux services pour avoir osé envoyer des fleurs à la réceptionniste timide et souriante qui l’accuse quand même de harcèlement, quelque chose craque dans sa tête. Se sachant condamné par une tumeur au cerveau, il n’a plus rien a perdre et prend son flingue pour perpétuer un acte de protestation : tuer la lolita hystérique et pourrie gâtée d’un télé-crochet encore plus bas de plafond que les autres avant de se suicider. Mais il est surpris dans l’acte par une ado décalée, Roxy (Tara Lynne Barr). Cette dernière le convainc de continuer sa croisade contre la bêtise de leurs concitoyens et puisqu’elle n’a pas de famille de l’emmener avec lui. Frank découvre les joies de partager enfin conversations et vision du monde avec un être humain. Mais il faux éviter un double écueil : le syndrome déplacé de la lolita et la tentation de ne pas réfléchir assez à qui mérite de mourir. Désirer une enfant et tuer en vain ne ferait que reproduire la loghorrée amorale et vide de sens de la télé américaine…

Dans ce film vraiment décalé, Bobcat Goldwaith n’y va pas avec le dos de la cuiller. Ironisant à travers des litres d’hémoglobine et les tresses auburn de Tara Lynne Barr sur les vices d’un empire en plein déclin, il s’en prend non pas à l’Etat ou au Travail, mais aux institutions de notre époque, fascinée par la vie sans élévation de figures comme les Kardashian : les mass medias.
Ou les candidats proprets et sans talent, ou bien mauvais et dont on rit méchamment d’American idole. Porté par un texte noir et référencé à la hauteur de la réputation de l’humoriste et l’aura bizarre de Joel Murray (le frère de Bill que la plupart d’entre nous connaissent comme le Freddy Rumsen de la série Mad Men), le film tire littéralement à bout portant sur la bêtise d’un grand pays que le réalisateur voit se liquéfier.

God Bless America, de Bobcat Goldthwait avec Joël Murray et Tara Lynne Barr, Etats-Unis, 2011, 104 min, Sortie le 10 octobre 2012.

Larry Graham sublime Jazz à la Villette en autel du Funk (04/06/2012)
Décès de Michael Clarke Duncan
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

2 thoughts on “God Bless America de Bobcat Goldthwait: quand la loi du talion se fait satire”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *