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[Critique] « La Grâce », Birgit Minichmayr dans un drame polaire

[Critique] « La Grâce », Birgit Minichmayr dans un drame polaire

17 février 2012 | PAR Olivia Leboyer

Le troisième film de la sélection allemande, Gnade, est un drame intimiste sur fond de paysages grandioses. Avec l’excellente actrice Birgit Minichmayr.

[rating=3]

Dans les trois films allemands présentés en compétition, la nature joue un rôle essentiel : dans Barbara et dans Was bleibt, c’est la forêt, où les personnages se perdent ou se retrouvent. Ici, nous sommes à Hammerfest, tout au Nord de la Norvège. Les paysages y possèdent une beauté écrasante, aveuglante. Une famille allemande, femme, mari et jeune garçon, venue s’établir là définitivement, commence juste à prendre ses marques. Car, à Hammerfest, il fait nuit noire pendant les mois d’hiver, puis grand jour pendant les mois d’été… Un rythme difficile à adopter. Leur rythme, Maria et Niels l’ont d’ailleurs perdu depuis longtemps. Niels a pris l’habitude de tromper Maria, dès que l’occasion se présente. Infirmière, Maria s’occupe des derniers soins aux mourants. Auprès d’eux, elle se sent utile, humaine, valorisée. Mais, un jour, vers la fin de cette interminable nuit polaire, Maria heurte quelque chose avec sa voiture en rentrant chez elle. Quelque chose ou quelqu’un ? Terrifiée, dans le doute, elle fuit, préférant ne pas savoir. Comme si l’étendue blanche avait le pouvoir magique de tout effacer. Mis au courant, Niels parcourt le chemin emprunté par sa femme et ne voit rien d’anormal. Pourtant, le lendemain, aux informations, une jeune fille a été découverte, morte.
Film sur la culpabilité et sur le pardon, Gnade est surtout un film sur le couple. Comment supporter le poids de la faute à deux ? Comment regarder ou aimer celle avec qui l’on vit après un tel aveu ? Totalement secouée, Maria fait en effet promettre à Niels de continuer à vivre comme avant, puisque personne n’a rien vu.
Fière de son métier d’infirmière, Maria s’est toujours sentie quelqu’un de bien, de droit. « Je ne suis pas cette personne-là, Niels », répète-t-elle à présent en boucle. Refusant de se reconnaître dans cet acte qu’elle a commis, elle persiste à vouloir gommer l’événement de sa mémoire. Cela ne correspond pas à son caractère, ça n’est pas elle. Dans les yeux de son mari, elle cherche une excuse, un pardon : mais l’accident a bien eu lieu et c’est bien elle qui conduisait…
Birgit Minichmayr (très reconnue en Allemagne : elle était récemment la partenaire de Lars Eidinger dans Everyone else de Maren Ade) est extraordinaire dans ce rôle ambigu : certaines répliques font froid dans le dos. Quant à Jürgen Vogel (un grand acteur allemand, très populaire), il campe un mari très humain, avec ses faiblesses et ses instants de courage. A noter : Birgit Minichmayr a appris le norvégien pour le film ! (en 7 semaines, avec un professeur, a-t-elle lancé joyeusement à la conférence de presse). Présents lors de la conférence de presse, les acteurs norvégiens du film ont mis l’accent sur leur joie de travailler avec des Allemands, un symbole lorsqu’on connaît l’histoire des deux pays. Les scènes de la chorale ponctuent magnifiquement l’intrigue, avec des chants en norvégien étranges et galvanisants.

Un assez beau film, à l’image de ses personnages : glaçant et terriblement humain. Des trois films allemands en compétition, notre préféré demeure néanmoins Was bleibt (Ce qu’il reste), qui va véritablement nous rester.

Gnade (Mercy), de Matthias Glasner, Allemagne, 130 minutes, avec Birgit Minichmayr, Jürgen Vogel, Henry Stange, Ane Dahl Torp. En compétition.

Photo : Birgit ???Minischmayr et Matthias Glasner a la conference de presse du 16.02.2012

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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