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La Forêt Électrique, le cinéma éphémère de Toulouse

La Forêt Électrique, le cinéma éphémère de Toulouse

13 avril 2018 | PAR Aurore Garot

Agnès Salson, Johan Borg et Mikaël Arnal, trois trentenaires Toulousains ont créé le premier cinéma éphémère de l’Hexagone dans les gigantesques halles vides de la Cartoucherie, vestiges du passé industriel de la Ville Rose. Les spectateurs pourront découvrir une programmation déjantée qui met en avant toutes les formes du cinéma dans un lieu atypique… Interview avec Agnès Salson, co-créatrice de la Forêt Électrique.

Comment vous est venue l’idée d’un cinéma éphémère ?

Agnès Salson : On est parti d’une question: comment attirer à nouveau les spectateurs en salle grâce à une autre expérience du cinéma ? Avec Mikaël Arnal, nous avons entrepris à partir de 2014, un tour de France et d’Europe des cinémas afin de découvrir et de nous inspirer des tendances émergentes, des projets innovants proposés par des salles indépendantes qui cherchent à renouveler l’exploitation cinématographique, pour notre propre salle que nous souhaitions monter en rentrant. Nous en avons visité plus de 200 dans une vingtaine de pays et nous avons découvert des cinémas qui investissaient de nouveaux lieux, de nouveaux espaces et proposer des programmations hybrides. En Angleterre, nous sommes allés dans des cinémas éphémères (les pop-up cinemas) installés dans le métro, sur des toits et terrasses, etc. Nous en avons même trouvé un en Bulgarie (le Up Outdoor Cinema) sur la côte de la mer noire, dans une station balnéaire ! Nous voulions comprendre à quoi ressemblerait la salle de cinéma de demain et développer un lieu où nous-même nous aimerions aller, à la fois atypique et agréable.

La salle de cinéma est-elle un lieu en évolution ?

A.S : C’est le constat que nous avons fait après avoir voyagé. La salle évolue, la relation au public est plus étroite et les contenus sont plus hybrides. C’est une cinéphilie nouvelle qui se développe. C’est à partir de ces constats que nous voulons repenser l’expérience en salle pour offrir quelque chose d’inédit. La Forêt Électrique est un cinéma expérimental et itinérant qui investit pour quelques mois un espace atypique et propose une scénographie et une programmation singulières.

Vous avez choisi d’installer votre cinéma dans les Halles de la Cartoucherie de Toulouse, votre ville d’origine…

A.S : Toulouse est une ville très cinéphile et les Halles de la Cartoucherie sont en cours de réhabilitation pour devenir un espace où se mêlent des restaurants, un mur d’escalade, un espace de co-working, une salle de spectacle, une auberge de jeunesse… Un « lieu alternatif » qui regroupe plusieurs pôles d’activités. Les nouveaux investisseurs ont adoré notre idée parce qu’elle répondait exactement à ce qu’il cherchait et à leurs valeurs, qui s’avèrent être les mêmes que les nôtres. Il a donc été décidé que la Forêt Electrique inaugurerai le projet des Halles, avant son ouverture officielle. Une sorte de préfiguration, d’avant-goût de ce qu’on pourrait trouver par la suite. Tout était à faire, y compris la scénographie mais tout répondait à notre projet : notre envie de faire de A à Z une salle dans un lieu atypique, et de développer un nouveau type de cinéma en continuant à expérimenter, à inventer plein de choses.

Qu’en est-il de la scénographie du coup ?

A.S : Nous montrons que le cinéma n’est pas qu’un lieu de passage où les gens se croisent mais aussi un lieu de vie, de rencontres et de partage. Nous avons donc construit un bar-café avec un espace pour se poser sur de bons vieux fauteuils recyclés dans lesquels les spectateurs peuvent débattre d’un film après la séance qui a lieu dans la salle de projection juste à côté. Il y a aussi une boutique qui vend des affiches sérigraphiées, des goodies, des dvds en lien avec le programme, des livres,..

 

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Comment financez-vous notre projet ?

A.S : Nous avons lancé une campagne de crowdfunding sur KissKissBankBank pendant quarante jours et nous avons récolté plus que ce que l’on espérait ! À côté, nous avons reçu des subventions et des aides de la part de mécènes. Bien sûr notre modèle économique avec le café, la boutique et la vente de tickets fait parti de nos revenus.

Votre programmation est loin de ce que l’on retrouve habituellement dans les salles de cinéma…

A.S : Elle est hybride. C’est une forme de « cinéphilie décomplexée » avec des contenus très diversifiés, des longs-métrages aux clips vidéos, en passant par des courts-métrages et des jeux vidéos. Bref, c’est toutes les formes de création qui peuvent participer à la cinéphilie. Nous avons orienté la programmation autour de plusieurs axes : nous proposons des événements par exemple autour du cinéma de genre, ou des arts & sciences ; un programme thématique qui s’inspire de notre territoire, par exemple le festival Map expose des photographies, donc nous projetterons des films comme Elephant, qui arborent le thème de la photographie; une programmation hors-temporalité et hors label avec des films divers cultes ou pas ; enfin nous inviterons des créateurs pour orienter le public vers le processus de création, de A à Z. Ce dernier point est très important car nous voulons que le cinéma soit un lieu de rencontre et de partage, y compris avec les créateurs avec qui les spectateurs aiment discuter.

Pour combien de temps allez-vous investir les Halles de la Cartoucherie ?

A.S : Le cinéma ouvre ses portes pour une saison de trois mois du mois de mai à la fin du mois de juillet et nous organisons un « week-end Électrique » pour l’inauguration du cinéma du jeudi 24 au dimanche 27 mai.

Infos pratiques : La Forêt Electrique aux Halles de la Cartoucherie, Rue des Munitionnettes, 31300 Toulouse. Ouverture prévue en mai.

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