Cinema

Festival du film de La Rochelle : l’avant-première de Miel manque de saveur

05 juillet 2010 | PAR Margot Boutges

Le festival international du film de La Rochelle se poursuit pour notre plus grand plaisir. Il nous permet, entre autres, de découvrir toutes les facettes du cinéma d’Elia Kazan et les facéties du magicien Pierre Etaix invisibles à l’écran et réprimées pendant vingt ans à cause d’un imbroglio juridique. Une excellente programmation que l’on découvre dans une ambiance détendue et cinéphile. Quelques avant-premières distillées entre les rétrospectives et les cycles viennent scander cette semaine de délectation.

Semih Kaplanoglu a réalisé Miel (Bal) en 2008. Ce long-métrage, qui a remporté l’ours d’or de Berlin en 2010 vient clore la trilogie entamée par Oeuf (Yumurta) et Lait (Sût). Il sera sur nos écrans le 22 septembre. Malgré le titre, Miel est un film qui laisse sur sa faim.

Yusuf, six ans, vit avec son père apiculteur et sa mère près d’un petit village isolé dans les collines de l’Anatolie. L’enfant est solitaire et silencieux. Il bégaie en classe et ne parvient pas à lire correctement ses fables. De la fenêtre de l’école, il observe sans y participer les jeux de ses camarades, s’excluant lui même plus qu’il n’est rejeté. Il n’a visiblement aucune envie de communiquer avec sa mère à laquelle il n’accorde ni mot ni regard. Son mutisme se craquelle quand il est en présence de son père pour qui il nourrit un amour et une admiration sans borne. Il l’aide à recueillir le miel et lui confie à mi-voix ses petits secrets. Mais les abeilles se font de plus en plus rares aux abords de la maison familiale et le père de Yusuf doit aller les débusquer plus loin. Il part quelques jours en laissant femme et fils derrière lui.  Mais son absence s’éternise et laisse l’enfant en proie au désœuvrement, enfermé dans son silence…

La première scène du film est à couper le souffle. Un homme se lance à l’assaut du tronc d’un arbre immense pour poser une ruche sur la cime. La branche à laquelle il a accroché sa corde se fendille lentement dans un craquement sinistre. Le moindre mouvement et c’est la chute libre. L’homme reste en suspension dans les airs, en attente d’une fin qui viendra ou ne viendra pas. Cet homme accroché dans le ciel nous accroche dans notre fauteuil de spectateur dès les premières minutes. Malheureusement, le reste du film déçoit. Trop lent, trop répétitif, il lasse assez vite. On regrette le peu d’évolution chez les personnages. Le mutisme de l’enfant finit par agacer et apporte une lourde pesanteur sur des images pourtant aériennes et magnifiques.  Incontestablement, la photographie est splendide est vient sublimer un paysage fourmillant de richesses. On assiste à une exploration sensible de la nature à travers des plans qui sont autant de caresses de la part d’une caméra attentive à débusquer les moindres détails des pâtures et des sous-bois. On se délecte du bruit de la pluie et du grondement de l’orage au loin. A échelle humaine, quelques instants d’émotion filtrent à travers des plans filmés à hauteur d’enfant. Au sein de la petite bicoque sont captés les pauvres regards entre Yusuf et sa mère délaissée et aimante. La souffrance de l’enfant qui ne peut déchiffrer le texte qu’il a sous les yeux nous serre le cœur et les rares sourires qui illuminent totalement son visage et qui ne s’adressent qu’à son père sont bouleversants d’intensité. Mais ces petites conquêtes se noient dans la lenteur de l’ensemble. Le père s’en va et avec lui la perspective pour l’enfant de communiquer et de s’ouvrir aux autres. Il laisse l’enfant dans un monde coupé du réel dont il n’arrive pas seul, à prendre la mesure.

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Margot Boutges

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