Cinema
Festival des 3 Continents : « Eyimofe », portraits lumineux et terribles de deux nigérians par Arie et Chuko Esiri

Festival des 3 Continents : « Eyimofe », portraits lumineux et terribles de deux nigérians par Arie et Chuko Esiri

23 novembre 2020 | PAR Yaël Hirsch

Alors que le Festival des 3 Continents se déroule en ligne du 20 au 29 novembre, le public est invité à découvrir dans la section « La Maison et le monde : l’échappée des 3 Continents » Eyimofe (This is my desire), une fresque saisissante réalisée par les jumeaux nigérians, Arie et Chuko Esiri. Un film passé par le Forum de la Berlinale, à découvrir par tous samedi 28 novembre sur Festivalscope, et qui est également retenu par la compétition de Entrevues.

Mofe est électricien dans une imprimerie. Sanglé dans son uniforme rouge, il est très professionnel et apprécié. Il vit avec sa soeur et les deux enfants de celle-ci à Lagos. Tous rêvent de partir et sont prêts à payer cher pour un passeport et un visa. Mais un accident de générateur tue sa soeur et ses neveux… Dans la même ville, Rosa est belle, convoitée, et vit elle aussi avec sa soeur adolescente et enceinte. Le double emploi de Rosa (coiffeuse et serveuse) ne suffit pas à payer le loyer, elle est entretenue par monsieur Vince et sa soeur a promis de donner son enfant à une femme qui en échange, s’occupe de leur trouver des papiers pour quitter le Nigeria. 

Avec une image lumineuse, un mélange de pudeur et de brutalité saisissantes, Eyimofe juxtapose avec délicatesse deux portraits  de personnages forts qui grandissent dans l’œil et le cœur des spectateurs, au fur et à mesure que la musique lancinante d’un Lagos hyper-individualiste s’insinue dans nos têtes. Il y a une maîtrise absolue des travellings (qui sont intimes !), des floutés et des veloutés, une utilisation parfaite et parcimonieuse de la musique dans ce film qui montre la machine infernale en petites touches. Les acteurs principaux de ce diptyque, Jude Akuwudike et Temi Ami-Williams, sont simplement sublimes et sublimés. Ils incarnent avec simplicité deux personnages en lutte contre la déchéance, en mode survie, avec l’élégance de ne jamais quitter le désir de partir ou d’accomplir leurs vies. Un film éblouissant. 

Eyimofe, de Arie et Chuko Esiri, avec Jude Akuwudike, Temi Ami-Williams, Tomiwa Edun, Jacob Alexander, Cynthia Ebijie, Nigeria, 117 minutes. À voir pour tous au Festival des 3 Continents, samedi 28 novembre entre 20h et minuit (ouverture des réservations 24h avant la séance). 

visuel : affiche du film lors de la Berlinale

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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