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[Festival de Deauville 2021] « Pleasure » de Ninja Thyberg : Une virtuose tragédie dans l’industrie porno américaine

[Festival de Deauville 2021] « Pleasure » de Ninja Thyberg : Une virtuose tragédie dans l’industrie porno américaine

05 septembre 2021 | PAR quentin didier

La réalisatrice suédoise tire Pleasure de son propre court-métrage du même nom, prix de la semaine de la critique à Cannes en 2013. Le récit suit une jeune femme dont l’ambition est de devenir une star des films pour adultes. Une épopée cruelle et brillamment réalisée, présentée en compétition au Festival du cinéma américain de Deauville.

Bella arrive fraichement à Los Angeles après avoir passé les 19 première années de sa vie en Suède. Après un premier essai convaincant dans un film X, elle s’installe en colocation avec des collègues de l’agence où elle est embauchée. Notre jeune protagoniste commence à courir les castings et découvre ce monde fait de flashs et de latex, où les anges sont toujours à un cheveu de la déchéance.

Une héroïne affirmée

Dans le monde du porno tous les vices sont de sortie, que les caméras soient allumées ou éteintes. Concurrence et jalousie sont reines chez les femmes, là où la cupidité et la vanité flirtent avec le sadisme du côté des hommes. Mais Bella porte en elle une puissante ambition, l’ombre de la candeur dans ses yeux n’y demeure jamais plus que quelques secondes. Pour elle le porno est un fantasme, la réussite dans son industrie, une transcendance. La comédienne Sofia Kappel porte ce personnage avec brio dans une performance qu’on ne peut que saluer. Ninja Thyberg propose un premier rôle féminin fort, capable de jouer des coudes en des lieux où les normes cherchent à la soumettre. Cependant les coups que prend l’héroïne rappellent toute la cruauté de ce monde parallèle.

Tout est domination

Bien évidemment, la cinéaste présente sans détours cette machine infernale régie par des rapports de domination. Bella affiche peut-être une certaine férocité, mais pour certains elle reste une proie. En témoigne le piège de la bienveillance affichée lors des castings et des tournages, une énième superficialité dans le monde du porno. La jeune femme s’y heurte malheureusement lors de séquences superbement réalisées où le récit prend la dimension d’une tragédie classique. La jeune actrice est abusée, impuissante malgré elle. Ninja Thyberg y fait preuve de style et d’ingéniosité avec une mise en scène aussi brutale que sublime, rendant l’aversion encore plus déstabilisante.

Mais plus que savoir encaisser, Bella apprend qu’il faut faire encaisser. Et c’est en cela que le propos de la réalisatrice est pertinent. L’industrie du film X est ici assimilée à une véritable jungle où le plaisir est dépendant de notre place dans la chaîne alimentaire. Avec pour parallèle le cinéma porno, Pleasure offre une vision pragmatique et glaciale de notre société que l’une des répliques du film résume à elle seule : « Sorry for what ? ».

 

Pleasure de Ninja Thyberg, au cinéma le 20 octobre

 

Visuel : Affiche du film

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quentin didier

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