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[Festival d’Autrans] »Petites coupures », Pascal Bonitzer dans les méandres d’Autrans

[Festival d’Autrans] »Petites coupures », Pascal Bonitzer dans les méandres d’Autrans

05 décembre 2016 | PAR Olivia Leboyer

Le Festival d’Autrans et Fabrice Lardreau, de la Revue La Montagne & Alpinisme, ont eu l’excellente idée d’inviter Pascal Bonitzer à présenter l’un de ses premiers films (le 3e), Petites coupures, tourné dans la région d’Autrans. Un retour sur soi, des plus intéressants.

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Dans Petites coupures, l’esprit et le corps entrent en désaccord. Bruno (Daniel Auteuil), journaliste politique, doute un peu de tout : ses convictions politiques, communistes, vacillent, tout comme sa relation avec la belle Gaëlle (Emmanuelle Devos), qui ne le retient pas suffisamment. Eparpillé, il entame une liaison avec une jeune fille décidée et entière (Ludivine Sagnier). Sa tête semble toujours ailleurs. De quiproquo en malentendus, son comportement amoureux se fait de plus en plus maladroit, fuyant. Comme par réaction, le corps prend des coups. Petites entailles, coupures plus profondes, panne de voiture, branches dans la figure, les petits accidents se multiplient, témoignant d’un malaise latent, qui se propage comme une maladie.

Décor inquiétant, sombre, la montagne surplombe les atermoiements de Bruno, marionnette prise dans des fils tordus. De discussions absurdes, sentimentales ou politiques, en fuites diverses, Bruno se perd dans un labyrinthe qui n’est pas sans évoquer la Divine Comédie de Dante lorsqu’une Béatrice complexe et torturée apparaît soudain (Kristin Scott Thomas). Est-ce bien l’amour, ou n’est-ce qu’un reflet cruel ? Bruno se précipite dans cette promesse d’histoire, au risque de ne plus rien y comprendre. Les méandres mènent à une issue, tragi-comique, sans grand espoir.

Les désillusions, les chausse-trappes surprennent et charment. Le couple étrange formé par Jean Yanne et Catherine Mouchet possède un pouvoir de suggestion fort. De ce film étonnant, les images restent, petites énigmes amères. Après la projection, Pascal Bonitzer raconte la genèse du film et doit répondre à une question insolite sur la place de la montagne dans ce film : le lieu impose un climat, une étrangeté, bien naturelle pour un Parisien pure souche, que la neige angoisse plus qu’autre chose.

Ce qui cloche, ce qui dissonne, convient bien à Pascal Bonitzer, avec qui nous avons eu le grand plaisir de partager une raclette.

Petites coupures, de Pascal Bonitzer, 2002, 95 minutes, avec Daniel Auteuil, Kristin Scott Thomas, Emmanuelle Devos, Ludivine Sagnier, Jean Yanne, Pascale Bussière, Catherine Mouchet. Projection-débat au cinéma Le Clos à Autrans le 2 décembre 2016.

visuels: affiche et photo officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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