Cinema

[Festival d’Autrans] »La bergère des glaces », l’émotion du festival

[Festival d’Autrans] »La bergère des glaces », l’émotion du festival

04 décembre 2016 | PAR Olivia Leboyer

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Comme chaque hiver, TLC retrouve Autrans. Cette année, un documentaire a fait sensation, suscitant une empathie forte chez les spectateurs et le jury, recueillant 3 Prix (Prix du Public, Prix de la meilleure réalisation, Prix Nature et Environnement) : La bergère des glaces, portrait d’une femme menant seule ses 300 chèvres sur les hauts plateaux du Ladakh, impressionne vivement.

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Ce documentaire suit une ligne très pure, qui captive d’emblée. Nous suivons une femme, encore jeune et belle, le visage tout buriné, qui mène patiemment ses 300 chèvres sur de hauts plateaux arides, au fil des saisons. Un choix de vie singulier, qui implique le renoncement à la vie de famille et une solitude apprivoisée.

Si le film nous emporte avec autant de force, c’est que les réalisateurs ne se contentent pas de filmer leur sujet de l’extérieur. Ils donnent la parole à la bergère, qui la prend avec un aplomb et une liberté extraordinaires. Elle se livre, avec simplicité, sans fard. Etre filmée ? Cela ne la dérange pas : « Peut-être qu’ils n’ont pas de bêtes, chez eux. Vous les filmez pour leur montrer. », lance-t-elle avec humour. Ce « ils », c’est nous, spectateurs d’un autre monde, hommes plus civilisés en apparence. « Je suis timide, je ne parle pratiquement à personne. », confie la bergère, qui ne manque pourtant ni d’à propos ni de jugeotte. Elle aime cette existence qu’elle s’est choisie, éprouvante et solitaire. « Je ne pense jamais à moi. Je pense toujours à nous, les bêtes et moi. On est 300 animaux. » Sa seule amie, c’est cette radio à moitié cassée, qui fait entendre des voix humaines et aide, à l’occasion, à éloigner les léopards. Elle aurait pu, comme sa belle-sœur, fonder un foyer, avec des enfants, mais ce n’est pas là que ses pas l’ont portée.

Si l’homme se sent légèrement supérieur, il est, aux yeux de la bergère, un animal comme les autres, qui vit à la même échelle, au milieu de l’immensité désertique, pour un temps compté. Dieu ? Ni ses chèvres ni elle n’y croient : « Les soigner et leur montrer la voie, c’est ma religion. » Il y a du Saint Thomas dans cette femme au visage pur, parfois rieur, qui fait preuve d’un courage et d’un humour hors du commun.

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Pour la première fois, la bergère a quitté ses plateaux pour venir en France, à la rencontre d’autres bergères. L’idée est de lui permettre d’apprendre le tissage de la laine, afin de ne plus être exploitée par les industries textiles de pays voisins. Sur la scène du Festival d’Autrans, elle se tenait bien campée, sans peur aucune. Si elle peut dompter 300 chèvres, ce ne sont pas quelques cent cinquante spectateurs en doudoune qui vont l’intimider. Sans défi non plus, c’est avec un léger amusement, une curiosité bienveillante, qu’elle nous observe. Et pour nous remercier de tous ses prix, la bergère a pris le micro pour nous chanter, d’une belle voix vibrante, une chanson de ses terres. L’émotion était palpable. Un grand merci.

La bergère des glaces, de Christiane Moredelet et Stanzin Dorjai Dya, documentaire, France, 2016, 74 minutes. Festival d’Autrans 2016.

visuels: affiche officielle du festival; photo officielle du film, photo ©Olivia Leboyer

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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