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Festival des cinémas arabes : le palmarès enfin dévoilé !

Festival des cinémas arabes : le palmarès enfin dévoilé !

08 juillet 2018 | PAR Donia Ismail

Après dix jours de voyages et péripéties cinématographiques en terres arabes, les différents jurys révèlent les grands gagnants de cette première édition lors d’une cérémonie exquise à l’Institut du monde arabe.

Samedi soir à l’Institut du monde arabe, étaient réunis aficionados du 7ème Art de tous horizons, réalisateurs et acteurs en compétition et journalistes pour assister à la clôture du Festival des cinémas arabes. Après dix jours de festivité, plaçant en son coeur la pluralité et la vivacité de ce cinéma, l’heure est la révélation des grands gagnants.

La cérémonie s’ouvre sur les mots du président Jack Lang, seul sur scène car la présidente d’honneur du festival, Hiam Abbas, n’a pas pu faire le déplacement — elle est à Avignon. Il souligne le succès de l’événement par la qualité des films présentés qui transcendent ce large et vaste territoire qu’est le monde arabe, et par l’afflux des « spectateurs passionnés ». Il continue en évoquant, avec un brin de nostalgie dans sa voix, une anecdote avec l’immense Youssef Chahine, réalisateur égyptien passionné et passionnant qui marqua d’une pierre blanche le cinéma égyptien notamment avec le Destin. Celui à « l’humour très égyptien et au talent inouï » aurait exhorté Jack Lang, tout jeune ministre de la Culture, à soutenir le cinéma arabe, à le mettre en avant. On peut dire, avec certitude, que le défi est relevé et haut la main !

Cri de victoire pour le cinéma irakien

Le coeur de l’événement commence enfin. Et les grands gagnants, toutes catégories confondues, de cette première édition du Festival des cinémas arabes sont irakiens ! Cri de victoire mais surtout de résistance d’un cinéma si puissant dans sa confection et si réel dans les thèmes qu’il aborde. En fiction, on note l’ovation faite au réalisateur de Bagdad, Mohamed Jabarah Al Daradji, auteur de The Journey (qui rafle deux prix), long métrage qui retrace la folle course d’une femme kamikaze qui s’apprête à commettre un attentat-suicide au coeur de la gare de Bagdad. Un homme face à elle tente à tout prix de raisonner cette femme-machine dénuée de toute émotion. Accompagné d’un autre lauréat (pour le Grand Prix IMA – El Gouna Film Festival du long métrage documentaire) Albaqer Jafeer pour The Band, les deux hommes soulignent la vivacité du peuple irakien, qui « continue malgré tout à rêver ».

Autre grand gagnant de la soirée, Le Déjeuner de Lucien Bourjeily. Une mère de famille rassemble ses petits pour le déjeuner de Pâques. Les personnages discutent, partagent leur point de vue sur une société libanaise stagnante et diverse, quand soudain un événement vient perturber les festivités. Dans ce premier long-métrage, l’activiste libanais ausculte à travers ce huis-clos sous tension, le Liban et s’interroge alors sur les déviances qui ont mené ce pays à ce qu’il est aujourd’hui. Succès auprès du jury, présidé par Faouzi Bensaïdi, mais aussi auprès de l’audience, qui ovationne le réalisateur, qui montrait pour l’une des premières fois son film dans sa globalité (au Liban, certaines parties sont censurées).

Coups de coeur et déception

L’un des coups de coeur de la rédaction, ce portrait émouvant et lumineux de Nagy Shaker réalisé par l’Égyptien Youssef Nasser, a remporté le prix Spécial du Jury pour un moyen et court-métrage documentaire. Sculpting in time retrace le parcours prolifique de l’une des icônes égyptiennes des marionnettes, avec ce regard admiratif et parfois si naïf qui ne donne qu’une envie, c’est de se plonger avec ferveur dans les réalisations de cet homme.

Seul petit regret, notre chouchou, la comédie piquante et provocatrice Kiss Me Not de l’Egyptien Ahmed Amer n’a remporté aucun prix. On aurait aimé voir ce film audacieux, traitant d’un véritable problème au sein de la culture égyptienne, la disparition des langoureux baisers de cinéma, couronné. Ou voir l’émouvant Photocopie de Tamer Ashry rafler la mise ! Cette comédie romantique, dont les codes sont rafraîchissants, bien loin des longs-métrages mainstream qui passent en boucle à la télé outre Méditerranée et qui rassemblent deux monstres du cinéma égyptien, Mahmoud Hemeda et Sherine Reda, Ashry explore le quotidien d’un retraité, qui tombe follement amoureux de sa voisine, veuve et atteinte d’un cancer de sein avec une sincérité louable, et une simplicité novatrice.

Pour ceux qui ont raté la projection de ces films, pas de panique ! L’Institut du monde arabe vous reçoit ce dimanche, toute la journée à les voir gratuitement. Les horaires sont iciEt pour les plus curieux, voici le palmarès dans sa globalité :

Dans la catégorie documentaire:
1. Prix Spécial du Jury pour un moyen et court métrage documentaire ex aequo :
La Naissance d’une image de Firas Khoury (Palestine, 2017)
Sculpting in time de Youssef Nasser (Égypte, 2017)

2. Prix IMA du moyen et court métrage documentaire :
Train-trains 2 : une dérivation de Rania Stephan (Liban, 2017)

3. Prix Spécial du Jury – Titra Film pour un long métrage documentaire :
Des moutons et des hommes de Karim Sayad(Algérie/Qatar/France/Suisse, 2017)

4. Grand Prix IMA – El Gouna Film Festival du long métrage documentaire :
The Band de Albaqer Jafeer (Irak/Liban, 2017)

Dans la catégorie fiction:
1. Prix IMA – Titra Film du moyen et court métrage de fiction ex aequo :
Affabilité de Ahmad Nader (Égypte, 2017)
Land Of Our Fathers de Ulaa Salim (Irak, 2017)

2. Prix IMA de la meilleure interprétation féminine :
Zahraa Ghandour pour son rôle dans le film : The Journey de Mohamed Jabarah Al Daradji (Irak/Qatar/France/Pays-Bas/Royaume-Uni, 2017)

3. Prix IMA de la meilleure interprétation masculine :
Par décision exceptionnelle du Jury, ce Prix initialement prévu pour récompenser le meilleur acteur est attribué collectivement aux acteurs et actrices du film : Le Déjeuner de Lucien Bourjeily, (Liban, 2017)

4. Prix IMA – TV5MONDE pour le premier long métrage de fiction :
BENZINE de Sarra Abidi (Tunisie, 2017

5. Prix Spécial du Jury – Hyatt Paris Madeleine pour un long métrage de fiction :
 
Le Déjeuner de Lucien Bourjeily, (Liban, 2017)

6. Grand Prix IMA – BMCE Bank du long métrage de fiction :
The Journey de Mohamed Jabarah Al Daradji (Irak/Qatar/France/Pays-Bas/Royaume-Uni, 2017)

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Donia Ismail

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