Cinema
[Festival Biarritz Amérique latine] »Poesia sin fin » Jodorowsky enchante Biarritz

[Festival Biarritz Amérique latine] »Poesia sin fin » Jodorowsky enchante Biarritz

30 septembre 2016 | PAR Olivia Leboyer

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Trois ans après La danza de la realidad, Alejandro Jodorowsky reprend le fil de ses souvenirs-fantasmes à l’embarcadère où nous l’avions laissé. « Une vierge nue viendra illuminer son chemin avec un papillon ardent », et Alejandro deviendra pleinement Poète.

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Nous avions découvert Poesia sin fin à la Quinzaine 2016 cannoise. Ci-dessous notre réaction d’après séance, à Hugo Saadi et moi (cliquez ici) :

Jodorowsky était le grand nom de cette sélection. Et, précisément, Poesia sin fin retrace, très librement, l’itinéraire qui a conduit le tout jeune homme, fils de petit boutiquier obtus, à la Poésie. Se faire un nom, pas pour l’argent ou la gloire, mais pour vivre avec intensité sa passion. Car la Poésie, c’est la célébration de la vie, triste et joyeuse, folle et insensée.

A plusieurs reprises, dans le film, des personnages désespérés songent sérieusement à la mort. Une naine délaissée par son amant et « seigneur », en particulier, désire la mort. Alejandro lui montre, très concrètement, qu’on ne peut pas vouloir mourir. La vie est belle, malgré tout. L’air que l’on respire suffit à nous enivrer. Si la vie n’a aucun sens, on peut toujours foncer en ligne droite à travers la triste réalité, pour écrire autre chose. Liberté et folie se conjuguent pour contrer le temps qui passe, la mort qui rôde, la politique et son cortège d’horreurs. Les poètes et les clowns sont là pour sauver ce qu’ils peuvent, dans un acte poétique salutaire.

Alejandro Jodorowsky fait revivre sa jeunesse avec des images fortes des couleurs vives qui manquaient au cinéma noir et blanc de son époque (femme rouge ou chaussures vertes). Peu à peu, les désirs pantagruéliques cèdent à un détachement, et le vieux jeune homme (incarné par son petit-fils) peut devenir un vrai papillon, être de pure lumière.

S’il n’a pas été primé à la Quinzaine (où Divines et L’Effet papillon ont été distingués), nul doute que Poesia sin fin touchera Alfredo Arias, qui préside le jury de Biarritz. Amoureux des travestissements, de l’exubérance et de la folie, Arias et son jury devraient primer Jodorowsky.

Poesia sin fin, d’Alejandro Jodorowsky, Chili, 130 min, avec Adan Jodorowsky, Brontis Jodorowsky, Leandro Taub, Pamela Flores.

visuels: affiche et photo officielles; vidéo TLC/EICAR.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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