Cinema

Fabrice Sébille donne ses lettres de noblesse à la comédie

Fabrice Sébille donne ses lettres de noblesse à la comédie

09 avril 2013 | PAR La Rédaction

 

« Blanche Nuit », son premier film, déploie un univers déjanté sur le ton d’une comédie policière. Un film furieusement jouissif à savourer d’urgence.

Par Jean-Michel Véry

« Quand je serai grand, je serai policier ! » Tel est le vœu d’Arthur. Sans en faire véritablement une vocation. Moins pour traquer les gangsters et filous que pour retrouver son père, érigé depuis quelques décennies en « Ennemi numéro 1 », retors à toutes les polices « de France… et de Navarre », surnommé « La Malice », dont les frasques remplissent les pages de la presse, au grand dépit des uniformes.
Mais voilà. Au commissariat, c’est une autre réalité à laquelle se confronte Arthur, devenu adulte, devenu policier, dans un Paris désert et nocturne. Un commissariat hystérisé par un patron exubérant, Moulinette, pacifié par un lieutenant apathique, sinon lymphatique, Gégé, les pieds dans une bassine, le saucisson à portée de main, un central agité, malmené par une population bigarrée ragaillardie par la nuit. Un tombeur de dames, éleveur de la gent féminine, adroit au lasso, autrement dit « un gigolo » ; un faux prêtre éprouvé par une déception amoureuse, tenté par le suicide ; un derviche tourneur qui ne demande qu’à bien tourner. Tandis que le commissaire Moulinette mesure le temps de ses sprints autour du poste. Ailleurs, se vante précieusement un artiste peintre au râteau, versifie un poète de la langue. La coupe est pleine ? Pas encore, ni vraiment. Quand un certain collectif « Poing Noir » se met à défier les autorités, ce n’est plus une émeute, c’est une révolution. Surtout quand ce collectif d’artistes s’amuse à fourrer du laxatif dans les bocaux de pop corn d’une entreprise. Contraint d’obéir aux ordres, Arhur est chargé d’infiltrer ces petits révolutionnaires iconoclastes, quitte à se faire passer pour comédien auprès de leur égérie, Blanche Rippolin, chanteuse en cabaret, noir vêtue (ça ne s’invente pas). Pour Arthur, c’est le moment de lire l’ouvrage capital : Devenir comédien pour les pas bons. Une autre histoire commence alors. Pas tout à fait la même, ni tout à fait inverse.
Au scénario abracadabrantesque, mais délicieusement construit, farfelu et extravagant, sans jamais tomber dans la débandade, Blanche Nuit est nourri de marques populaires, de références implicites ou explicites à Gaston Lagaffe, Spirou, aux Pieds nickelés de Louis Forton, à Pierre Dac et son « Os à moelle », empruntant ici aux ambiances de café-théâtre, à la troupe des Deschiens (Philippe Duquesne endossant le rôle du lieutenant Gégé), là aux frères Zucker et à Peter Sellers, là encore au non sens des Monthy Python’s Flying Circus (à regarder de près les interpellés échouant au poste).
Pour son premier film, superbement réalisé avec un appareil photo, Fabrice Sébille se joue donc de tout, et de tout le monde, sans gags, ni un mot de trop, ni blagues potaches, s’amusant encore du Cri de Munch, de Gustave Klimt, de Johny Hallida (kidnappé) et de la Joconde (enlevée, elle aussi). Et dans cette histoire non pas réelle mais racontée comme une hallucination du réel, encore fallait-il que les comédiens soient à la hauteur. Sans cette exagération où tout fout le camp. C’est le cas, de Moulinette (Pascal Demolon), démoniaque, tumescent, au père la Malice (François Berléand) et son rejeton (Fabrice Abraham) ou Blanche Rippolin (Delphine Rollin), brunette craquante. Tous embarqués dans ce premier film paré des exigences d’auteur, tout en restant dans le registre de la comédie. Voilà qui n’est pas banal.

Blanche Nuit, de Fabrice Sébille, avec Fabrice Abraham, Delphine Rollin, Philippe Duquesne, Pascale Demolon, Arnaud Maillard, les Chiche Capon. 1 h 27. Sortie le 10 avril.

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La Rédaction

2 thoughts on “Fabrice Sébille donne ses lettres de noblesse à la comédie”

Commentaire(s)

  • Léo

    Voilà un article aguicheur pour un super film ! Je vous le recommande !!

    avril 10, 2013 at 20 h 17 min
  • Necili

    Merci pour cet article qui donne envie d’aller découvrir ce film loufoque et déjanté !! Il tombe à pic, on en a bien besoin..

    avril 11, 2013 at 10 h 30 min

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