Cinema

Everyone else, un film solaire et troublant sur le couple

02 octobre 2010 | PAR Olivia Leboyer

Doublement primé à Berlin, Everyone else est un film sur le couple qui va rester dans les esprits ! L’interprétation est superbe, le ton extrêmement juste, le propos universel… Ne passez pas à côté ! Sortie en salles le 8 décembre (voir notre interview de la réalisatrice, Maren Ade).

Chris et Gitti, la trentaine, s’aiment pour de vrai. Restés assez enfants, ils inventent de petits jeux, un langage à eux, s’amusent de tout et de rien. En vacances en Sardaigne, dans la maison des parents de Chris, atrocement décorée, ils ont plus l’air d’invités que de propriétaires ! Rien de bourgeois chez eux, juste une envie d’être bien ensemble, à leur rythme. Mais, sous ce tableau idyllique, Chris s’interroge, se ronge, dans l’attente du résultat d’un concours d’architecte. Est-il un raté ? Progressivement, le regard plein d’amour, de confiance et d’admiration de Gitti se met à le blesser. Il ne se sent pas digne d’elle, n’ose pas lui confier ses problèmes et se réfugie dans des instants de bonheur fugitifs (une jolie scène de danse, où Chris ressemble soudain à une libellule égarée). Car Gitti est une fille peu ordinaire, qui ne ressemble pas aux autres ! Belle, effrontée, se moquant totalement du jugement des autres, elle fascine Chris par sa liberté et sa joie de vivre (Birgit Minichmayr est épatante).
Seulement, un jour où ils ont un peu de vague à l’âme, dans un supermarché, Chris et Gitti tombent par hasard sur Hans, architecte lui aussi, et sa femme Sana. Cet autre couple produit immédiatement sur Chris et Gitti une impression très forte. Le contraste est violent. Hans et Sana sont en pleine réussite professionnelle (lui est un architecte très en vue ; elle est créatrice de mode, connue également), et ils attendent un enfant. D’un seul coup, Chris et Gitti se sentent légèrement humiliés, décalés, trop vieux soudain pour leurs petits jeux insouciants… Comment on parle, d’ailleurs, à de vrais adultes ? Presque par jeu, tout d’abord, puis plus sérieusement, Gitti accepte de dîner avec Hans et Sana, de se plier aux conventions sociales obligées. Ce n’est pas si difficile : il suffit, en fait, se s’acheter, un jour, une robe un peu plus classe, de s’exprimer plus posément… Chris, qui a toujours conçu son métier sur un mode romantique et idéaliste (ne pas faire de concessions), est tenté de rentrer dans le rang, d’imaginer des projets rentables comme le fait Hans.
Mais, dans les regards qu’ils échangent, Chris et Gitti ne sont pas dupes. Ils n’envient pas réellement Hans et Sana, qu’ils jugent assez ridicules et ennuyeux. Dans le fond, ils auraient très peur de devenir comme eux. Oui, mais leur existence cool d’avant ne convenait pas non plus, ils le voient bien.
Les dialogues sonnent avec un naturel saisissant. Ce couple nous est tout de suite proche, presque familier. Il n’est pas évident de faire pénétrer le spectateur dans l’intimité d’un couple et Mare Aden y parvient merveilleusement. Un jeu de lumière, un regard, quelques phrases, et l’on sent l’amour et le trouble des deux jeunes gens.
Un film superbe sur le fragile équilibre du couple. Comment rester avec quelqu’un si l’on ne sait pas du tout où l’on va ? Mais pourquoi quitterait-on quelqu’un juste parce que l’on ne sait pas où l’on va ?


Everyone Else – Bande annonce Vost FR
envoyé par _Caprice_. – Court métrage, documentaire et bande annonce.

« Everyone else« , de Maren Ade (Alle anderen, Allemagne, 1h59, Grand Prix du Jury et meilleure actrice au Festival de Berlin 2009), avec Birgit Minichmayr et Lars Eidinger. Sortie le 8 décembre 2009.

Infos pratiques

Oh les beaux jours, la rencontre des monuments
Interview de Maren Ade, réalisatrice de Everyone else (Grand Prix du Jury et meilleure actrice au Festival de Berlin 2009)
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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