Cinema

[Entrevues] Belfort, jour 7: Lumières méditerranéennes en compétition, Coppola à l’honneur

[Entrevues] Belfort, jour 7: Lumières méditerranéennes en compétition, Coppola à l’honneur

29 novembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Deuxième journée à Belfort pour l’équipe de Toute la Culture et premier jour où nous avons pu nous plonger de plein pied dans une compétition de haut vol. Live-report d’un festival riche en contrastes.

La première séance de la journée adjoignait, comme c’est la coutume à Belfort, un court et un long en compétition. Le court était signé Daphné Hérétakis, mettait en scène le journal d’une Athénienne en 2014 et avait pour titre Archipels, granite dénudé. O que vai ao lume? en portugais dans le titre mais filmé par le Français Stefan Libiot était un film qui se déroule dans un Porto pétri de soleil et qui met le deuil en scène avec fulgurance et sensualité. Le réalisateur mêle scènes ou images de vie locale et quête du fantôme de Pedro, son compagnon qui a sauté d’une falaise. Pour tenter de comprendre, il interroge les proches mais aussi des philosophes, sur place et par skype. Cadrages magnifiques, paysages oniriques et autoportrait en pointillés révèlent un grand cinéaste qui en est déjà à son troisième long.

La lumière du Sud était aussi très présente dans le long métrage suivant, également en compétition : Je suis le peuple, de Anna Roussillon. Somme sur les suites du « printemps arabe » en Egypte, ces deux heures de monographie dans une famille de paysans de la région de Louxor filme « par le bas » l’implication, les espoirs et les transformations qu’ont amené dans le quotidien du « peuple » les manifestations de la place Tahrir, la chute de Moubarak, l’élection de Morsi et son renversement par l’armée à l’été 2013. Un film majestueux, aux images gorgées de vie et où l’intimité entre celle qui tient la caméra et la famille qu’elle suit ne souligne que mieux les enjeux politiques soulevés. Je suis le peuple était précédé de la projection de Sol Branco de Cristele Alves Meira (Portugal), l’histoire de la fuite de deux jeunes cousines.

En milieu d’après-midi, il fallait choisir son Francis Ford Coppola au Pathé qui abrite les projections d’entrevues : à 16h30, conformément au programme des lycées, on pouvait choisir de voir ou de revoir Conversation secrète (1974). Ou alors si l’on était occupé auparavant avec la révolution égyptienne, c’est à 17h00 que lon pouvait (re)découvrir l’excellent (et émouvant) Peggy Sue s’est mariée (1986) dans le cadre du cycle du voyage dans le temps. Avec Kathleen Turner dans le rôle principal, ce film explore avec douceur, et un sens inné des décors, l’avant/après de la révolution sexuelle, à travers le parcours d’une femme de 45 ans mariée et mère à 18 et qui, en plein divorce, traverse le temps pour revenir à ses 18 ans et voir si avec sa connaissance de femme mure, elle ferait d’autres choix. Fin, touchant et magistralement joué, avec Nicolas Cage dans le rôle du seul homme de la vie de Peggy Sue…

Enfin, dans la soirée nous avons  découvert le travail du maître de l’animation japonaise, Satoshi Kon, avec probablement son chef d’oeuvre : Paprika. Avec un dessin très proche des mangas qu’on pouvait voir si l’on était enfant en Europe dans les années 1980, ce film met en scène avec finesse l’inconscient nippon. L’histoire est celle d’une équipe de chercheurs voyant leur dernière invention leur échapper : il s’agit d’un casque qui permet d’entrer dans les rêves d’autrui. Heureusement la courageuse et sexy Paprika (aux cheveux auburn) est là pour sauver le monde de sombrer dans la folie des rêves. A grand renforts de poupées, cirques, fanfares et autres jouets terrifiants (et qui rentrent volontiers comme des balles sous la peau), Satoshi Kon crée un univers fascinant et happant.Alors que les dialogues absolument brillants font des parallèles costauds entre cinéma et rêve, l’on retrouve aussi bien du Gilliam (un de ses inspirateurs) que du Nolan (qui le copie parfois) dans ce film d’animation absolument hallucinant.

La fin de la soirée s’est déroulée entre la salle des fêtes pour un dîner animé et la poudrière où le thème de ce premier soir de week-end suivait Tony Gatlif dans du Balka Beatbox, du Klezmer et autres fanfares centrales européennes aux rythmes absolument irrésistibles.

visuels : photos officielles des longs métrages en compétition ce vendredi 28 novembre + yael hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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