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[Entrevues 2015, jour 7] Dernier jour de compétition et touchante cérémonie de remise des prix à Belfort

[Entrevues 2015, jour 7] Dernier jour de compétition et touchante cérémonie de remise des prix à Belfort

06 décembre 2015 | PAR Yaël Hirsch

C’est avec un joli soleil sculptant la ville en fête de Noël que nous avons commencé la journée. Si la fresque viticole du cinéaste géorgien Otar Iosseliani, La chute des feuilles (1966) a eu peine à nous embarquer, notamment à cause de problèmes de sous-titres, nous en avons profité pour faire un tout du petit marché de Noël de Belfort et voir le fameux Lion de plus près.

Nous avons failli chausser des patins pour s’élancer sur la patinoire construite en plein centre-ville mais avons finalement opté pour l’option gastronomique : un sandwich local chaud et délicieux  dans un châlet – foodtruck improvisé sur un des ponts de la ville « Le Différent » et puis par un plat traditionnel alsacien, le Baeckhoff, délicieusement chaud dans une de nos adresse préférée en ville : La Cigogne, place de la Grande Fontaine.

Dans l’après-midi nous avons commencé par un court-métrage de compétition absolument pétillant : La révolution n’est pas un dîner de Gala, jolie histoire de transhumance, d’amour et de rêve, parfaitement construite et filmée par Youri Tchao-Debats et magistralement interprétée par Coralie Russier et Vincente Perez.

Puis, comme nous avions déjà vu la version restaurée du documentaire Les yeux brûlés de Laurent Roth avec Mireille Perrier à Cannes (lire notre article)  et à Lyon (idem) nous avons eu envie de voir le nouveau volet de leur travail commun avec la version filmée de la pièce La Joie, écrite par Roth comme deuxième volet d’un triptyque après La Chose et lue au Théâtre du Rond-Point, par l’héroïne de Boys meet girls et Mathieu Amalric. Le film s’appelle donc Après la joie et comme son titre ne l’indique pas, il parle d’un cauchemar existentiel : un fils prend l’avion pour enterrer son père juif et rescapé de Monowitz en terre d’Israël. Mais l’oiseau de fer empli de religieux et d’arabes et d’hôtesses désirables et du corps du père et du requiem de Mozart semble faiblir. Le héros va-t-il enterrer son père dans les nuages. Du théâtre filmé prenant, avec une pièce un peu écourté, un duo d’acteurs forcément bouleversants même s’ils lisent « juste » le texte et des images d’Israël mêlées au noir éponge de la scène. Laurent Roth et la magnifique Mireille Perrier, diserte, sylphide et pleine de vie sont revenus ensemble sur leurs films, leur rencontre et l’on a eu l’impression de les voir organiser ensemble un travail encore et toujours nouveau.

Nous avons pu voir un dernier binôme de films en compétition : Côté court, Antonio, lindo Antonio de Ana Maria Gomes qui enquête sur la disparition de son oncle dans le petit village portugais où vivent ses grands parents. Une enquête  policière et personnelle sur un monde en train de disparaître et qui a séduit aussi bien le public que le jury d’Entrevue. Côté long, l’enquête était aussi familiale, mais cette fois-ci au Liban avec Trêve de Myriam El Haji qui interroge son oncle artilleur à Beyrouth sur sa guerre et sur ce qu’il a vu de Sabra et Chattila. Un film à nouveau intime, qui a le courage de réveiller les fantômes du passé, mais qui ne parvient par à donner du rythme à ses plans fixes et qui se termine finalement par un échec : l’oncle ne parle pas, le doute terrible plane sur les crimes qu’il a pus commettre et l’on ne comprend pas tout à fait où la réalisatrice nous mène.

Le temps de boire un verre  au bar sympathique du Théâtre Le granit et de nous changer pour la soirée de clôture, nous étions de retour pour 20h30 au Pathé pour suivre un palmarès qui nous a semblé juste et émouvant. Dans cette cérémonie quasi-familiale et parfaitement orchestrée, tout sonnait juste : des remerciements des lauréats ( voir notre articles) à celui de l’équipe du festival qui est monté sur scène en final entièrement réunie devant un générique de fin qui nous a beaucoup émus. Enfin, le film de clôture était un à la fois une rareté, un petit bijou et une leçon de cinéma.

Entrevues nous a permis de voir le film d’1h que Chris Marker a dédié à l’actrice Simone Signoret après sa mort en 1985, Mémoire pour Simone. Humour passant par l’enfance et le minitel, rythme enlevé, mixte génial d’archives familiales, de l’INA et de classiques du répertoire de la française oscarisée ainsi que jeu malin entre voix off narrative et documents présentés offrent à voir un portrait saisissant, humain, bouleversant qui n’enlève rien à la magie de la comédienne en éclairant ses faiblesses de femme. Par ce très grand film, tout se passe comme si Chris Marker pointait du doigt vers ce qui a pu nous manquer parfois aux projections des films de la compétition : au-delà du sujet traité, de la forme utilisée, il démontre la force de faire une proposition d’entrée dans son sujet. Même si un personnage comme Signoret est complexe et que son interprétation peut raviver l’émoi d’une France qui s’est demandée notamment à travers le couple Montand/Signoret s’il fallait être compagnons de toutes du PCF ou au contraire de défier de Staline et de l’idéal communiste, même si la thèse soutenue sur la volonté enfantine de l’actrice que tous partagent une mémoire unifiée et commune est grosse, débattable, peut-être exagérée, le courage de la proposition ainsi que la réflexion profonde et personnelle qu’il y a derrière et qu’on retrouve dans l’écriture du film permettent simplement de nous emporter dans un univers. Un grand moment de cinéma et de partage qu’on a emmené avec soi jusqu’à la salle des fêtes où un cocktail et une danse endiablée avec vidéoprojecteurs nous attendaient. Des Demoiselles de Rochefort aux Diamonds de Rihanna dans Bande de filles on a continué à flirter avec le 7e art tout en rythmant la nuit jusque très tard, à Belfort.

Ce dimanche 6 décembre, l’on peut rattraper les films primés de la compétition de la 30e édition d’Entrevues. Ces lauréats seront également projetés à la Cinémathèque Française pour les spectateurs parisiens.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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