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Entretien avec Prune Engler à propos de l’édition 2015 du Festival International du Film de La Rochelle

Entretien avec Prune Engler à propos de l’édition 2015 du Festival International du Film de La Rochelle

17 juin 2015 | PAR Yaël Hirsch

Alors que la 43ème édition du Festival International du Film de La Rochelle s’ouvre le 26 juin et bat son plein jusqu’au 5 juillet, la programmatrice de ce grand événement du 7ème art, Prune Engler nous a parlé de la très riche programmation de cette édition 2015.

Dans la note d’intention du festival, vous révélez comme devise secrète « Mieux vaut un bon film raté qu’un mauvais film réussi ? » Comment voit-on qu’un film raté était parti pour être bon ?
C’était un mot d’humour. Avec un fond de vérité : parfois les films ratés disent des choses que les films réussis n’ont jamais dites. Un film réussi n’est pas forcément très réussi : il peut avoir un début un milieu et une fin être bien structuré mais laisser de marbre le spectateur. Alors qu’un film raté peut avoir des scènes marquantes. C’est un peu ça que je voulais dire mais de manière exagérée.

Du coup quels « bons films ratés » programmez vous en croisant les doigts pour que le public sache les apprécier à leur juste valeur ?
A ca je ne vais surement pas vous le dire puisque nous nous ne montrons que des films réussis ! (rires). En fait cela se situe plus au niveau des premiers films réalisés par de jeunes cinéastes qui n’ont pas forcément encore toutes les clés pour faire un film. Souvent, on voit tout de suite si un jeune réalisateur fait un film parce qu’il a envie de faire du cinéma ou s’il a quelque chose d’urgent à dire. Et quand il y a les deux, c’est formidable !

Et puis la perception sur un film raté ou réussi change avec le temps. Un film comme Rambo, par exemple a été perçu comme purement commercial à sa sortie. Mais aujourd’hui on réaliste que c’est en fait un film de cinéma qui pose de nombreuses questions esthétiques. C’est la même chose pour le cinéma de John Carpenter, certes un peu mieux considéré en France qu’aux Etats-Unis, mais qui a été trop vite classé dans la catégorie à l’époque péjorative de « film de genre ». Les films de genre sont entrain d’être vus différemment.

Comment va se passer la Nuit John Carpenter ? Proposer au public de passer une nuit devant l’écran, cela donne-t-il une ambiance et un rythme particulier au festival ?
Cette année, pour la première fois et fautes de moyens financiers, nous ne pouvons plus proposer toute une nuit blanche qui se finissait par un petit déjeuner offert sur le port. Nous allons finir cette nuit plutôt noire d’ailleurs vers les 2 heures du matin, après trois films de Carpenter. C’est un événement à part qui permet de toucher un public plus jeune avec une ambiance très différente, peut-être mois « sérieuse ». Dans la nuit, les spectateurs peuvent rire et donner libre cours à leurs émotions….

Côté classiques, quand vous programmez des rééditions, mettez-vous en avant le travail de restauration, notamment autour de Marco Bellochio, de Luchino Visconti et de Louis Feuillade ?
On spécifie toujours sur le programme quand les films sont restaurés. Ce sera le cas cette année encore, avec en particulier les projections des films de Louis Feuillade puisqu’elles correspondent aux 120 ans des films Gaumont, qui ont restauré pour cette occasion les Fantômas. On va donc pouvoir retrouver toute la poésie intemporelle des ces films des des années 1910 (!) avec de très beaux noirset blancs et des images tournées à Paris en hiver. On verra aussi un Louis Feuillade extraordinaire : Vendémiaire, qui est un long-métrage de fiction sur la Première Guerre tournée en 1918. Il est sorti trois mois avant la fin de la guerre et c’est un document exceptionnel à tout point de vue : cinématographique, ethnographique et historique. Jérôme Seydoux, le patron de Gaumont viendra lui-même présenter le film et ils era accompagné au piano par notre pianiste pour une performance de plus de deux heures.

Pouvez-vous nous parler du lien particulier qu’ Alain Cavalier entretient avec le Festival du film de la Rochelle ?
C’est en effet un lien fort. Cette année, il montre son nouveau film, Le Caravage en avant-première à La Rochelle et il ne voulait le projeter nulle part ailleurs avants a sortie en salle. Tout a commencé par un premier hommage où l’on passait tous ces films. Comme il tourne beaucoup il avait fallu programmer la suite quelques années après. Et depuis, à chaque fois qu’il tourne un nouveau film il est montré en premier à La Rochelle.

Les hommages et rétrospectives permettent de visiter Taïwan, la Géorgie et l’Iran. Voit-on aussi un peu les Amériques dans cette édition du Festival ?
Pas cette année. On montre beaucoup de films mais on ne peut pas faire le tour du monde à chaque fois. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas montré de film asiatique à La Rochelle et c’est pour cela qu’on a choisi Hou Hsiao-hsien

« Ici et ailleurs » et le festival en général permettent au public de voir de nombreux film de Cannes (compétition officielle à commencer par le Moretti en ouverture, sections Un Certain regard, Quinzaine des réalisateurs et Semaine de la critique). Est-ce ceux qui vous ont marqué le plus à Cannes ?

Il s’agit effectivement de nos choix personnels à Cannes mais cela peut aussi entrer dans la stratégie d’un distributeur qui souhaite présenter son film soit à la Rochelle. C’est une manière pour lui de le présenter devant un public « normal » c’est-à-dire payant. La réaction va lui permettre d’orienter la stratégie de sortie du film. C’est aussi un moyen de le montrer aux nombreux exploitants qui viennent au festival et dont le métier est de programmer ces films dans leurs salles d’art et essai. Il s’agit donc d’une deuxième exposition professionnelle après Cannes

Pouvez-vous nous toucher un mot du festival à l’année et de l’impact de l’’évènement pour les habitants de La Rochelle?
On prend en effet de plus en plus de temps pour travailler toute l’année à la Rochelle. Anne-Chalotte Giroult y vit et développe le festival tout au long de l’année. Cette année nous en avons produit 5 film, un de résidence, sur commande de la DRAC Poitou-Charentes et réalisé par Jose Luis Guerin autour de l’histoire de la cathédrale Saint Louis à la Rochelle. Et puis 4 films d’atelier, réalisés par des cinéastes, mais en collaboration avec des habitants d’un quartier, des lycéens ou les détenus de Saint- Martin de Ré. On produit un film tous les ans avec les prisonniers de l’ile. Cette année ils ‘agit d’un un documentaire sur les correspondances, sur le thème des relations entre les prisonniers et l’extérieur. Il y aussi un Vidéo-clip réalisé avec deux très jeunes musiciens de La Rochelle et deux films documentaires tournés à Villeneuve Les Salines et à Mireuil avec les habitants des quartiers.

Quel est le moment où vous retenez le plus votre souffle au cours du festival ?
C’est un peu l’ouverture parce que c’est le premier jour du festival : On n’est pas encore sur les rails et c’est là où tout se met en place. Une fois que l’ouverture passée, on se e dit c’est bon ca y est c’est parti !

visuels : Musidora / affiche du festival

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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