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Christian Boltanski : le DVD pour préparer Monumenta

08 janvier 2010 | PAR Yaël Hirsch

En 2010 le plasticien Christian Boltanski est à l’honneur. Après Kiefer et Serra, la nef du Grand Palais lui est réservée du 13 janvier au 21 février dans « Monumenta ». L’installation prévue pour l’évènement s’intitule comme Ulysse face au cyclope « Personnes ». Et l’artiste y a composé un « hommage à la mémoire des personnes devenues anonymes, aux disparus sans nom, aux vivants non identifiés ». A cette occasion, Arte a pensé à un petit documentaire pour vous préparer au choc esthétique. « Les vies possibles de Christian Boltanski » passera sur la chaîne le 18 janvier. Le Dvd sera disponible le 6 février.

Pluralisant le titre de la série d’entretiens biographiques de Christian Boltanski avec Catherine Grenier,(Seuil),le réalisateur allemand Heinz Peter Schwerfel a intitulé son documentaire d’une heure sur le plasticien français « Les vies possibles de Christian Boltanski ». Rythmé par la voix implacable d’une horloge parlante, le film prend la forme d’un long travelling suivant la promenade de l’imposante silhouette de l’artiste à travers toute son œuvre.

A l’origine, il y a l’Histoire, celle du père juif caché dans la cave de la maison familiale, la mère étant catholique. Ce n’est que pour déclarer la naissance du frère cadet, le 6 février 1944 que le père juif sort de l’ombre. (Le frère aîné, qui n’est autre que le sociologue du « Nouvel esprit du capitalisme, Luc Boltanski est né en 1940). C’est sur ces fondements modianesques que Christian Boltanski a bâti son œuvre. Se désignant comme un « minimaliste expressionniste », le compagnon d’Annette Messager se définit surtout comme un créateur solitaire ; creusant son mythe non pas dans l’Histoire (pas de juif imaginaire ou de Mitteleuropa rêvé), mais dans un présent qui se définit  à partir de l’Histoire. Jouant toujours sur le lien entre l’individu et le nombre, Boltanski tente par ses accumulations, ses additions, et ses collections d’archives d’ériger un mausolée à toute vie, surtout la plus banale.

Caméléon de l’auto-fiction plastique, il rédige sa biographie illustrée à partir des photos d’enfance… d’un camarade chrétien au nom très français. Et quand il illumine de lampion des photos de classe  assez vieilles pour que tous les élèves soient morts, il le fait à la manière du mémorial des enfants de Yad Vachem; mais il choisit ses sujets de nationalité suisse. Selon lui, il y a une part d’humour dans cette démarche : « Choisir des suisses morts a un effet comique, dérisoire parce-que les Suisses n’ont aucun motif historique de mourir ».

Mais qu’il s’agisse des vêtements entassés au sous-sol du Musée d’art moderne de Paris, des boîtes d’archives du conservatoire ou des casiers remémorant les députés allemands depuis 1930 dans le Reichstag rénové, l’idée que chaque être humain ne peut être qu’une « pièce » (ein Stuck disait-on dans les camps, redistribuant les numéros des Häftlinge gazés) plane comme une ombre sur toute l’œuvre d’une vie impossible. Ombre que l’on retrouve dans les théâtres fantomatiques qu’il avait mis en scène au musée d’Orsay, il y a quelques années.

Et puis, il y a aussi le sérieux, le travail arachnéen d’archivage, de stockage, et de tri des données : qu’il s’agisse des annuaires du monde entier ou du bruit des battements de cœur du monde entier, l’exhaustivité de Boltanski étouffe. Pour mieux nous faire réfléchir? La voix, la démarche, les assertions philosophiques de l’artiste donnent une impression désagréable de pédanterie. Oui, Boltanski se prend au sérieux. Mais il a toutes les excuses. Non pas celle du génie – trop facile!- mais celle d’une quête harassante et impossible qui s’apparente, à sa manière métaphorique et mythique- aux travaux historiques titanesques d’un Raul Hillberg ou d’un Serge Klarsfeld. Quand Boltanski assène « Je crois que ce qui est important c’est la vie exemplaire ; un artiste doit être vertueux » , il est mortellement sérieux. Mais chez lui, le péremptoire a la grandeur de l’opiniâtreté. Petite lueur à l’horizon lourd de la vie possible de Christian Boltanski : il semble avoir cessé de tenter de nous remémorer des êtres morts pour honorer les vivants. Une percée à suivre à Monumenta.

« Les vies possibles de Christian Boltanski », de Heinz Peter Schwerfel, documentaire Arte Vidéo, 52 min, diffusion le 18 janvier sur Arte, disponible le 6 février en DVD.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

5 thoughts on “Christian Boltanski : le DVD pour préparer Monumenta”

Commentaire(s)

  • Lucile

    Si je peux me permettre, l’exposition de Boltanski au Grand Palais n’est pas intitulé « Personne », mais « Personnes », ce qui change tout puisque ce titre a justement été choisi par l’artiste pour sa dualité !

    janvier 8, 2010 at 11 h 53 min
  • Yaël Hirsch
    yael

    Oups, merci beaucoup Lucile, dans l’enthousiasme, le S avait sauté, c’est rectifié

    janvier 8, 2010 at 11 h 59 min

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