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Béjart in memoriam

Béjart in memoriam

11 avril 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Tourné une petite année après la mort du chorégraphe disparu le 22 novembre 2007, le documentaire « Après Béjart » d’Arantxa Aguirre interroge la lourde transmission portée par son héritier Gil Roman. Emotion et tension sont au rendez vous.
Le film ouvre sur une image, celle du danseur et chorégraphe Gil Roman, dans un solo infini dont Béjart avait le secret. La voix du maître disparu vient poser une parole sur ce que l’on voit : « un homme seul, mais cet homme est encore un grand romantique, encore un homme qui cherche son âme ».
Le ton est donné, celui d’un acte pour mémoire où nous suivront « Aria » la première création de celui à qui Béjart à offert l’adoubement. Il ne faut pas chercher ici à comprendre, ni à découvrir le travail du chorégraphe du Boléro. L’objectif est ici celui du témoin. Interviennent des acteurs du monde de la danse et la troupe dans son intégralité, du régisseur plateau aux artistes.
La création nous arrive par la douleur : celle des muscles et celle de la peur. L’attente sur ce spectacle est énorme. Il s’agit de savoir si Gil Roman peut à la fois continuer et transcender l’œuvre de Maurice Béjart. La question dépasse le champ des larmes, elle est aussi financière. La ville subventionne en effet la compagnie à hauteur de quatre millions et demis de Francs Suisses par année.
Le poids de l’héritage est assourdissant. Les images mêlent reportage et moments d’archives. Les témoignages se livrent les gorges étranglées par les souvenirs. « Il est vivant à travers ses ballets » dit un interprète.
On entrevoit l’apport immense que l’homme « exigeant » a apporté à la danse : plus qu’une technique, une philosophie. Les pas et les gestes deviennent un moyen d’expression. Les paroles de la troupe sont formidables, les voir répéter, sentir la tension monter à mesure que le jour de la première approche. On entrevoit, des coulisses, l’histoire des ballets. « Après Béjart » rend le spectateur membre de la troupe. On tremble avec eux face au défi énorme qu’est l’assurance de la transmission. Les mots « devoir », « responsabilité », « mémoire » sont légions.

La version DVD ici présentée offre un court métrage « un ballet pour le XXIe siècle » qui lui, vient expliquer d’avantage la révolution du mouvement imposée par Béjart. L’happy end attendu, celui de la délivrance qui vient par l’accueil triomphal du public ne fera pas défaut. Les frissons traversent le corps des artistes et des spectateurs. Il est limpide que « Après Béjart » s’adresse plutôt aux initiés car il ne permet pas une première approche de Maurice Béjart.Le film est un superbe moment d’émotion, où la douleur de la perte, présente à chaque instant est transformée en acte de création. Gil Roman a osé avec Aria, installer une douce rupture en s’aventurant vers des mouvements beaucoup plus abstraits, une danse beaucoup plus libre.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Une réflexion sur « Béjart in memoriam »

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