Cinema

Le grand Assayas

26 avril 2010 | PAR Yaël Hirsch

En attendant Cannes et les sulfureux trois épisodes de « Carlos » réalisé par Assayas pour Canal +, on peut depuis le mois de Mars se procurer des classiques du réalisateur. Mk2 a en effet réassorti sa collection Assayas de 5 dvds indispensables parmi lesquels les deux premiers longs métrages d’Olivier Assayas : « Désordre » (1986), et « L’Enfant de l’hiver » (1987). Vous pourrez également retrouver « L’Eau froide » (1994), Irma Vep (1996), et « Fin Août, début septembre » (1998). Une traversée à travers le monde trouble du passage à l’âge adulte,  servie par les plus grands acteurs français (Virginie Ledoyen, Mathieu Amalric, François Cluzet, Jeanne Balibar, Alex Descas, Clotilde de Bayser, ean-Pierre Darroussin et Nathalie Richard).

Après avoir filmé en noir les crimes de l’adolescence dans »Désordre« , Assayas popose avec « L’enfant de l’hiver » (1987) une fable sombre sur le passage à l’âge adulte. Le film commence auprès d’une femme enceinte (Marie Matheron), seule avec sa peur, parce que son compagnon, Stéphane, (Michel Feller) a déserté. Il quitte la mère de son enfant pour une décoratrice de théâtre extrêmement talentueuse, Sabine, (Clotilde de Bayser, extrêmement touchante). Or, cette dernière est passionnément amoureuse d’un comédien. Au point de dire qu’elle lui « appartient »…
Assayas dépeint sans moralisme ni marivaudage, mais avec une fine psychologie et une extrême gravité ces chassés croisés amoureux dans des couleurs caravagiennes ou proches de « Rendez-vous » (1985) de Téchiné (au scénario duquel il avait participé). Un film dans lequel les trentenaires des années 2000, tout aussi paumés que leurs aînés se reconnaîtront sans aucune difficulté.

C’est dans l’âge difficile de l’adolescence et dans les années 1970, que nous plonge « L’eau froide » (1994), révélant une Virginie Ledoyen d’une sensualité 100 % naturelle et tirant un peu du côté du spleen. Fille de parents divorcés, son personnage, Christine doit aller vivre avec son père qu’elle déteste et qui veut la mettre dans un hôpital psychiatrique. Avec l’aide de son ami, Gilles (Cyprien Fouquet), qui lui-même vient d’une familel hongroise aimante (on ne manquera pas le superbe dialogue du père, interprété par Laszlo Szabo avec le jeune Gilles, une leçon d’amour et d’éducation) elle tente de s’en sortir.

L’ensemble du film semble plonger le spectateur en apnée dans cette eau froide et trouble des années d’adolescence si elles sont vraiment livrées à elles-mêmes. Bien avant la fameuse scène de fête des « Amants réguliers » de Philippe Garrel, les vingt minutes cultes de sur-boum adolescente glauques et sublimes dans les bois méritent bien leur statut de mythe.

Quatre ans plus tard, avec « Fin Août, début septembre » (1998), Assayas retrouve Virginie Ledoyen devenue femme et qui irradie dans le rôle de la sensuelle Anne. Anne aime Gabriel (M. Amalric). Or seul problème de Gabriel n’est pas une ex-femme encore folle de lui (Jeanne Balibar). Allergique à l’engagement d’une manière générale, Gabriel est surtout fasciné par son ami écrivain Adrien (François Cluzet). Si celui-ci n’écoule pas des milliers de copies, il détient un talent et une intransigence quant à ses choix professionnels qui touchent Gabriel et lui font sentir ses propres limites. Au point de ne pas voir à quel point Adrien est egoïste…
Plus léger et plus quotidien que les deux autres opus, « Fin Août, début septembre » a un côté plus Desplechins que Téchiné et traite plus d’adultes éternellement en mini-crise que des gouffres de périodes de transition. Le film repose également sur les dialogues et le jeu de tous ses excellents comédiens.


fin août, début septembre – le train pour mulhouse
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Ces Assayas poétique et réflexifs sur un « moment » d’une existence ondoyante sont des films qui ne veillissent pas, et qu’on aime voir ou revoir avec le sentiment doux-amer du temps qui passe. C’est avec ce type de travail que le réalisateur a renoué en proposant avec « L’heure d’été » (2008). et la problématique de gestion de l’héritage d’une maison familiale pour trois enfants aux aspirations et aux vies éparses.  Par ailleurs, cet aspect de l’oeuvre ne doit pas non plus faire oublier le côté « barré » d’Assayas. Celui-ci s’est en effet essayé avec succès au genre du film sur le film, avec  « Irma Vep » (1996), en poussant Maggie Cheung à endosser son rôle dans un remake  des « Vampires » de Louis Feuillade (avec Jean-Pierre Léaud dans la peau du réalisateur). Il a abordé  la question de la drogue, du rock’n’ roll et de l’addiction, toujours avec la superstar de Hong-Kong, avec  l’unanimement acclamé « Clean » (2004). Et Assayas s’est montré féru de technologie et de luxure, en version « hard » dans « Demonlover » (2002), et en version plus sensuelle et aérienne en filmant la jolie Asia Argento dans « Boarding Gate » (2007). Et n’oublions pas non plus l’adaptation littéraire et le film historique, avec les  « Destinées sentimentales », d’après Jacques Chardonne (2000), ainsi que le documentaire (« Eldorado« , » HHH« ).

 

Collection Assayas chez Mk2, nouvelles sorties de mars 2010:

Désordre » (1986), « L’Enfant de l’hiver » (1987),  « L’Eau froide » (1994), Irma Vep (1996), et « Fin Août, début septembre » (1998),19.99 euros chaque Dvd.

Un coffret de 8 films existe chez MK2 au prix de 79.99 euros et comprenant :

« L’Heure d’été »
– « Clean »
– « Désordre »
– « L’Enfant de l’hiver »
– « L’Eau froide »
– « Irma Vep »
– « Fin août, début septembre »
– « Demonlover »

Sortie ciné : Teza
Morphine au théâtre du Lucernaire
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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