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Dossier: Intouchables raciste? Les critiques américaines divisées au moment de la sortie aux USA

Dossier: Intouchables raciste? Les critiques américaines divisées au moment de la sortie aux USA

26 mai 2012 | PAR Gilles Herail

La polémique concernant Les Intouchables (The Intouchables) aux Etats-Unis ne date pas d’hier. Plus précisément de décembre 2011 où la référence Variety avait qualifié le film d’ouvertement raciste. Malgré une presse globalement favorable, la sortie d’Intouchables dans quelques villes américaines s’est accompagnée de quelques critiques acides. Reprenant souvent les mêmes éléments qui n’avaient jamais été abordés par la presse française ou européenne. Tentative d’explication.

Un point de contexte d’abord. Le succès d’Intouchables à l’étranger n’a pas d’équivalent, devenant le film non tourné en anglais ayant rapporté le plus d’argent au box-office mondial (340 millions de dollars de recettes, bientôt 40 millions d’entrées en comptant les spectateurs français). La presse a souvent soutenu le film, notamment en Allemagne, avec parfois plus de réserves sur le côté trop « grand public » du film. La majorité des critiques américaines sont ainsi plutôt positives mais trouvent le film trop prévisible, trop consensuel, presque trop américain (les milieux arty new-yorkais sont en effet plutôt habitués à chroniquer du Christophe Honoré ou du Jacques Audiard, une autre école…). Au delà des avis  les qualités cinématographiques du film, les attaques sur son racisme inhérent ont pu choquer en France, notamment chez les premiers incriminés, Eric Toledano et Olivier Nakache qui ont multiplié les interviews pour déminer le terrain. Même si l’on peut penser que Weinstein a profité de la polémique, espérant créer un buzz, quelques critiques américaines très virulentes soulèvent des questions intéressantes, notamment sur les différences entre la France et les États-Unis. Que reproche-t-on donc à notre blockbuster national plein de bons sentiments? D’être condescendant, d’opposer l’homme blanc et l’homme noir à travers un miroir entre civilisation et sauvagerie. De reprendre la figure de l’oncle Tom et du « magic negro », ce noir bien gentil qui va sauver le blanc malade ou handicapé (voir le personnage très caricatural de La Ligne verte avec Tom Hanks). Le film est embarrassant, repose sur les clichés les plus éculés, la danse et la musique, la situation sociale, le sourire et le rire permanent d’Omar Sy qui n’en ferait qu’une marionnette divertissante. Tous ces qualificatifs sont issus du New Yorker, de Variety, The Atlantic, New York Times et de blogs culturels.

L’Europe entière, de l’est et de l’ouest, la Corée, la Russie et Israël seraient donc passés à côté du vrai message du film, rétrograde et abondant les stéréotypes raciaux? On se retrouve surtout en pleine incompréhension culturelle. L’histoire de la ségrégation aux Etats-Unis, y compris dans le cinéma a laissé des traces. Le récent film The Help, immense succès local avait essuyé les mêmes critiques. Certains mouvements afro américains dont Spike Lee a voulu se faire le porte parole restent ainsi sur leurs gardes, essayant de démystifier la figure du noir dans la culture populaire américaine et de promouvoir une autre représentation. Le cinéma américain a connu les Minstrel Show et les Black Faces, des sortes de sitcoms satiriques où des acteurs blancs déguisés en noirs (avec un maquillage grossier et ridicule) jouaient des rôles de bouffons et mettaient en scène les clichés les plus insultants sur les noirs américains. Les noirs ont aussi tenu régulièrement les rôles de sidekick, de coéquipier servant de faire valoir au vrai héros blanc. Toute une imagerie fondée sur des images racistes a irrigué pendant longtemps l’industrie d’Hollywood (à voir sur ce sujet, le magnifique Bamboozled de Spike Lee qui explique à lui tout seul la polémique sur Intouchables). Certains vont même à considérer les rôles phares d’Eddie Murphy comme l’exemple de préjugés racistes intégrés par les noirs américains eux mêmes (Le flic de Beverly Hills).

Intouchables arrive donc en zone de haute tension. Le territoire de la « race » aux Etats-Unis est toujours aussi controversé et les réalisateurs français ne connaissent pas les codes du politiquement correct local. Que les films de Tyler Perry (la série des Madeas) emploient des images caricaturales des noirs est autorisé car le réalisateur emblématique est lui-même noir. Mais Intouchables n’a que l’excuse d’être français. En Europe, le film est vu comme un film sur le handicap et l’on insiste sur la présence d’un personnage en fauteuil roulant à l’écran. Et puis bien sur sur l’amitié, le duo traditionnel de comédie appuyé sur une séparation de classe. Les résumés dans les critiques américaines (y compris les positives) parlent avant tout de la rencontre entre un noir et un blanc. Si tel était le sujet du film, les critiques sur les préjugés deviennent plus compréhensibles. De même, de nombreuses critiques se sont étonnées de voir que la personne ayant inspiré le personnage de Driss était d’origine maghrébine. L’on aurait donc trahi son origine véritable. Difficile dans une société américaine habituée aux distinctions de race de comprendre ce choix des réalisateurs français. Car dans le film, Driss n’est pas défini par sa couleur, mais par son statut d’immigrant, sa classe sociale et son lieu d’habitation, en banlieue parisienne. Qu’il soit maghrébin, turc ou africain n’importe pas dans ce contexte car le personnage n’est pas défini par sa couleur mais par un autre cliché cinématographique, le « jeune de banlieue ». Les critiques américaines ont donc appliqué un schéma qu’elles connaissent bien sur un film qui évoque pourtant un contexte différent, biaisant en partie leur jugement. La dénonciation du « magic negro » et de l’oncle Tom » résiste mal à une vision attentive du film qui montre bien deux personnages à égalité, une amitié anti politiquement correcte et parfois cruelle, et surtout un concours de vannes qui va dans les deux sens (Omar Sy n’est pas le seul à faire rire dans le film).

On peut cependant comprendre les quelques réticences de la presse américaine. Car Nakache et Toledano ont finalement réalisé un film assez peu français, dans sa forme léchée, son rythme, son histoire très universelle mais surtout dans les références. Car nos deux larrons sont fans de comédies américaines. De musique américaine. Depuis leur tout premier film, Je préfère qu’on reste amis, ils introduisent des morceaux soul, funk, disco des années 70. Interprété de manière raciste outre Atlantique, ce choix va au contraire contre le cliché en France où le jeune de banlieue est supposé porter une casquette et écouter du rap. Et non de la vieille musique noire américaine! Intouchables est donc victime de sa propre fascination pour le cinéma américain (et ses grands acteurs comiques noirs) sans en comprendre bien tous les codes. Le malentendu est cependant plus du côté des critiques que du public. Les premiers retours des spectateurs sont excellents, comme partout dans le monde, il suffit de taper The Intouchables sur Twitter pour s’en convaincre. Une partie de la presse, plus conciliante sans porter aux nues le film rappelle aussi que les quelques éléments qui font débat dans le film cachent surtout la véritable question. Celle de la place des acteurs noirs dans le cinéma français. Pour ainsi dire inexistante (Omar et Lucien Jean Baptiste). Et sur ce point, la France a bien besoin de se faire remonter les bretelles. (A ce sujet, notre article sur la diversité dans le cinéma français).

Gilles Hérail

 

 

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Gilles Herail

2 thoughts on “Dossier: Intouchables raciste? Les critiques américaines divisées au moment de la sortie aux USA”

Commentaire(s)

  • c est un beau film je l ai vu plusieur fois driss est sauve de la rue l handicape avait besoin dune aide psychologique pr vivre et l amitie entre eux c est formidable.On peux inspirer baucoup de chose ds ce film et que les handicapes peuvent etre integrer ds la societe etre aider et les faire vivre la joie. On aime bien voir d autre films qui traitent des problemes reels ds la societe occidental aulieu de voir des films de violences tel que les films americains.

    mai 27, 2012 at 17 h 12 min
  • crap

    nul à chier

    mai 28, 2012 at 13 h 40 min

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