Cinema

Un doigt d’honneur punk au culte du chef et au monde managérial- Bruiser

Un doigt d’honneur punk au culte du chef et au monde managérial- Bruiser

03 janvier 2018 | PAR Pierre Descamps

La rétrospective Georges Romero continue à la Cinémathèque sur un des films maudits de son réalisateur : Bruiser. Un échec à la fois critique et commercial pour un film qui ne manque pourtant pas de rythme ni d’idées malgré d’évidentes maladresses. Un bon film qui mérite le droit d’être défendu et d’être réhabilité comme il se doit.

Bruiser est un symbole du cinéma anarchiste que représente l’oeuvre de Georges Romero. Mais ici, nul besoin de métaphores ou de représentations zombifiques pour porter le propos, la folie et la violence sont à l’intérieur des êtres humains eux mêmes, ils portent la monstruosité en eux. Tous les personnages du film sont d’ailleurs détestables à souhait car ils sont tous impulsifs dans leurs attitudes et dans leurs êtres.
Effectivement, cela rend difficile l’identification aux personnages et leur outrance fait que leur violence n’est pas caché mais montré au grand jour et parfois cela frise à la caricature. Cela explique le rejet parfois manifeste des critiques de cinéma qui ont détesté le film.

Questionnement de la propriété 

Cependant lorsqu’on creuse à la surface, toutes les interrogations existentielles de Romero refont surface. Georges Romero questionne notre rapport face à la problématique de la propriété et notre désir matériel d’avoir un emploi et de l’amour auprès de nous même si les deux n’existent pourtant pas dans le film, ils existent en tant que représentation sociale mais sont inexistants en terme de plaisir ou de réalité brute. Comme la plupart des films qui portent comme objet thématique le masque, c’est l’identité du héros et ses troubles qui sont au coeur du film. Le personnage se rend compte qu’il ne vit pas réellement mais simplement qu’il survit et que sa vie n’est qu’un reflet, il reflète le vide d’une époque et n’est qu’un « sans visage » parmi d’autres qui errent dans la société et qui sont sujets et dominés par d’autres individus.

Revanche des sans-visages sur la société 

Le film représente donc la revanche des sans-visages par le biais du personnage principal qui décide de se révolter et qui cherchent à reconquérir son visage et son identité. Dans ce film à la lisière des genres mélangeant fantastique et enquête, le personnage remet en question ses fausses illusions sur l’amitié, l’argent, l’amour et la condition sociale. Il est à la quête de ce qu’il ne pouvait pas avoir maintenant car il laissait tout passer et n’osait pas s’affirmer en tant qu’individu.

Dans un film toujours autant d’actualité aujourd’hui, Romero fait un grand doigt d’honneur cinématographique à tous les prédateurs qui abuse de leurs positions pour harceler sexuellement et/ou dominer par les ordres les sans-visages.Le voyeurisme des médias est aussi exacerbé avec cette station de radio Suicide FM, qui offre du contenu sanguinaire et glauque à tous ces clients avide de ses sensations fortes.
Un film punk, un peu fou et maladroit qui sans occuper une place centrale dans la filmographie de l’auteur mérite le coup d’œil.

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Pierre Descamps

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