Cinema
Dinard, Jour 3 : chefs d’œuvre au rendez-vous des films d’auteurs

Dinard, Jour 3 : chefs d’œuvre au rendez-vous des films d’auteurs

11 octobre 2014 | PAR Yaël Hirsch

C’est dans la lumière paisible d’un soleil radieux et à marée très haute que cette troisième journée du Festival du film britannique de Dinard a commencé. 5 films aujourd’hui dont 3 chefs d’œuvre absolus. On peut dire que ce fut une bien belle journée de Cinéma!

Première projection, à 9h00 au Palais des Arts, dans la plus pure veine du cinéma social anglais, mais avec un sens très original de la coupe, de l’ellipse et du rythme, The Goob de Guy Myhill (présent dès potron-minet pour parler de son film) suit un adolescent de 16 ans (Liam Walpole, révélation!) pris entre fascination et haine à l’égard d’un beau-père alphamâle, puissant, infidèle à sa mère et violent. Dans les paysages assez peu peuplés du Norfolk, le réalisateur ne mâche pas ses images pour exprimer la brutalité d’une vie faite de travail manuel, de sexe brut, de courses de voitures et parfois d’un peu d’amitié… Un joli maillon à la chaîne d’une tradition britannique, qui avait déjà fait sensation à Venise.

A 10h30, le Balnéum venait d’entendre un directeur de la photographie commenter un film de Michael Powell (Colonel Blimp, Les chaussons rouges, Le Narcisse noir), tout juste restauré et distribué par Carlotta. Le film s’intitule A matter of life and death (Une question de vie ou de mort) et met en scène un David Niven élégant en diable interprétant un aviateur de la Royal Air Force qui se sait condamné à la suite d’une mission pendant la Deuxième Guerre mondiale, mais que le brouillard anglais sauve de l’émissaire de la mort. Tombé amoureux entre-temps, il va défendre son cas pour rester avec sa belle. Fin et brillant, étincelant dans ses dialogues, époustouflant filmiquement notamment pendant la première demi-heure, ce chef d’oeuvre rappelle Heaven Can wait de Ernst Lubitsch. Sauf que là, le ciel est en noir et blanc et la terre en couleurs… Un hymne à la vie et à l’humour anglais avec lequel il a fait bon finir la matinée.

Le temps de manger quelques spécialités locales face à la mer et nous découvrions l’une des deux salles de l’Alizée pour l’excellent film The Riot club. Adaptation de la pièce à succès de Laura Wade (Posh) qui était présente en tant que scénariste pour parler du film, The Riot est dirigé par l’excellent Lone Scherfig (An Education) : Une réalisatrice qui n’a pas son pareil pour afficher un décor et des acteurs de toute beauté et très sensuels, mais révéler en même temps toutes les noirceurs et les réalités sociales qui se cachent derrière tant de grâce. L’histoire est celle d’un « Club » de jeunes hommes très huppés de Oxford qui, suivant une tradition qui remonte au 18ème siècle, s’adonnent systématiquement à tous les plaisirs au maximum. Sauf que l’hédonisme tapageur se transforme en coup de poing de classe… Porté par dix jeune gens canons (dont le fils de Jeremy Irons, Max Irons, au côté duquel Robert Pattinson peut se cacher), et faisant savamment monter la pression, The Riot Club avance vers un inexorable qui en dit long sur la manière dont la Grande-Bretagne est restée scindée en classes strictes et encore en lutte. Un excellent film, à comparer pour l’exercice à Damsels in Distress de Whit Stillman, côté américain et à la Crème de la Crème de Kim Chapiron pour inclure la France. Un film qui a toutes ses chance pour rafler l’Hitchcock.

A 20h, nous sommes partis vers l’Irlandais avec le couple qui nous avait déjà bluffés dans l’Irlandais : le réalisateur John Michael McDonagh et l’incontournable acteur Brendan Gleeson. Après le flic, avec Calvary c’est le prêtre qu’ils mettent en scène dans les grands paysages bucoliques d’Irlande battus par la mer enragée. Dans une contrée qui a perdu la foi et qui en veut à l’Eglise pour le joug qu’elle a imposé pendant des siècles, les habitants en veulent à ce prêtre d’être bon et de bien faire son travail. Le film est, un peu à l’image du Kreuzweg de Dietrich Bruggeman, vu cette année à la Berlinale. Mais ici, tout est généreux : les dialogues sont profonds, les paysages à se damner et le whisky coule à flots avec une volupté qui donne envie de croire, malgré la violence extrême des personnages à l’égard du prêtre aussi bien que vis-à-vis d’eux-mêmes. Abrupt, profond, et fascinant.

La soirée s’est terminée en Salle Bouttet avec Hyena de Gerard Johnson.  Un polar bien sale dans les milieux de la drogue londoniens où l’on suit un officier corrompu en train d’essayer de maintenir son empire sur une pègre qui n’hésite pas à massacrer comme des bêtes sauvages les ennemis ou les gêneurs. La loi de la jungle, illuminée aux néons des clubs des bas-fonds, avec une tentative de calcul par le personnage principal. Très violent et efficace.

Demain, nous allons interviewer l’équipe de Calvary (parmi eux : la belle Marie-José Croze) et espérons faire une moisson de films aussi riche qu’aujourd’hui…

visuel : Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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