Cinema

[Dinard Day 2] : boxing day en compet, le malaise Lanthimos

[Dinard Day 2] : boxing day en compet, le malaise Lanthimos

30 septembre 2017 | PAR Hugo Saadi

Hier marquait vraiment le lancement dans la compétition du festival avec trois films en lice et une avant première. À l’arrivée : deux films de boxe que tout oppose, une fiction semi documentaire en Tanzanie et une séance dérangeante. Récit.

La matinée ensoleillée a débuté avec Pili, premier long de Leanne Welham. Avec une toile de fond orientée documentaire (aucun acteur professionnel, ils jouent tous leur propre rôle), le film nous emmène dans le quotidien de Pilli, paysanne dans la campagne tanzanienne et abandonnée par son mari lorsqu’il a su sa séronégativité. La jeune mère de deux enfants se démène pour les élever et lorsque la possibilité de réaliser son rêve, ouvrir une échoppe, se présente, elle est prête à tous les sacrifices pour y accéder. La réalisatrice anglaise livre un film plein de pudeur alors que le pathos lui tendait les bras, elle prend de la distance et laisse le film respirer et se suffire à lui-même. Sa caméra, souvent en plan serré sur le visage de la jeune mère, s’introduit petit à petit dans le quotidien difficile et met en lumière des sujets sensibles et peu souvent traités. Une initiative au résultat émouvant.

Autre film de la compétition : Jawbone de Thomas Napper. On y suit Jim McCade, un ancien champion de boxe désormais seul avec ses démons : son passé et l’alcool. Pour relever la tête, il décide de retrouver son ancienne « maison » : le club de boxe de sa jeunesse. Il y prépare son ultime combat qui pourra lui redonner sa dignité et la force de continuer à vivre. Les films de boxe sont nombreux et Jawbone ne déroge pas à la règle classique du genre avec un schéma classique déjà vu et revu : la rédemption ou la chute se joue sur le ring. Assez bavard dans son introduction, le film se recentre lorsque la boxe est remis au premier plan. Le point d’orgue de Jawbone : le combat final bien chorégraphié où la caméra ne s’évapore pas à chaque coup de poing. Le spectateur n’en perd pas une miette et il se retrouve au cœur du combat évitant à plusieurs reprises les gants de l’adversaire. Anecdotique et rapidement oublié, le film reste malgré tout divertissant pour une après-midi punchy.

Divertissante, la séance de 17h ne l’aura pas été pour bon nombre de spectateurs venus nombreux pour la projection de l’avant première : Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos. Entendu à la sortie : «il faut être complètement timbré pour pondre un scénario pareil ». Effectivement, on retrouve bien ici le talent de Lanthimos à nous déranger. Après avoir créé la sensation il y a peu avec The Lobster, son nouveau film est du même acabit, allumé et dérangeant et c’est pour ça qu’on aime le cinéma, pour y être bousculé confortablement assis dans son fauteuil. Avec ce film, Lanthimos conte la routine d’une famille mise à mal lorsque les deux enfants du couple Steven (Colin Farrell) et Anna (Nicole Kidman) se retrouvent à l’hôpital pour des raisons inexpliquées et assez troubles. Le mystère plane longuement sur Mise à mort du cerf sacré. Le spectateur attend patiemment l’étincelle qui va tout chambouler. Doté de dialogues assez malsains, le scénario instaure tout du long une tension qui viendra exploser lors d’un final agité. On en ressort le ventre noué et l’esprit confus. La faute aussi à un casting parfait et à la révélation Barry Keoghan, lumineux qui rappelle la belle performance de Ezra Miller dans We need to talk about Kevin. A aimer ou détester à partir du 1er novembre.

Entre quelques averses, la journée s’est achevée avec Une prière avant l’aube du français Jean-Stéphane Sauvaire, autre film avec la boxe comme fil conducteur. Mais à l’inverse de Jawbone, le film est loin d’être classique et propulse le spectateur dans une prison thaïlandaise aux côtés de Billy More, incarcéré pour possession de drogue. Ce jeune boxeur anglais se retrouve piégé dans l’enfer où la violence des gangs règne et où la drogue et les suicides sont les seuls échappatoires. En apnée totale dans ce monde hostile, il trouvera un second souffle lorsqu’il intègrera l’équipe de boxe de la prison, son unique chance de survivre. Une prière avant l’aube ne fait effectivement pas dans la dentelle. Avec une reconstitution bluffante de la prison, une violence à la limite du soutenable par moments et peu de dialogue, ce Midnight Express à la thaïlandaise saisit rapidement et ne nous lâche plus jusqu’au combat final. Au risque de passer une seconde nuit agitée sur Dinard…

Photos offiicelles des films

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Hugo Saadi

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