Cinema
Deux futurs pour Chris Marker

Deux futurs pour Chris Marker

09 mai 2013 | PAR La Rédaction

C’est officiel, les archives de Chris Marker seront confiées à la Cinémathèque Française. Les sept héritiers de l’artiste cinéaste, vidéaste, photographe, bricoleur, auteur et poète à sa façon, ont signé un accord avec Costa-Gavras, l’actuel président de l’institution. Une excellente nouvelle pour le futur public mais qui est loin de résoudre tous les mystères d’une succession mouvementée.

En effet, Chris Marker est décédé le jour de son 91ème anniversaire le 29 juillet dernier, et il aura fallu près de neuf mois pour trouver une solution au problème de son héritage. Sans enfants ni parents proches mais entouré d’une tribu d’amis fidèles, le réalisateur n’a pas facilité la tâche de celui qui aurait voulu y voir clair. L’intervention de David Kessler, conseiller médias et culture de François Hollande à l’Elysée a même été nécessaire.

La valeur financière des œuvres de Marker n’est pas considérable mais différentes parties se sont opposées pour leur valeur artistique. Outre les amis, l’institut mémoires de l’édition contemporaine (Imec) avec lequel Marker aurait pris contact avant sa mort ainsi que la Cinémathèque Française se sont montrés intéressés. Fred Savioz un ami de l’artiste témoigne : «Il y avait des choses évidentes pour lui, comme sa caméra 16 mm, qu’il avait décidé de nous donner. Il m’avait aussi montré des cartons qu’il destinait à la Cinémathèque, d’autres à Florence Braunberger [productrice et amie du cinéaste, ndlr] et d’autres à Michèle Ray-Gavras. Mais il a très bien pu dire d’autres choses à d’autres personnes.» A l’époque Thoma Vuille, un autre proche, enrageait : « On assiste à un vrai pillage, des gens apparaissent de nulle part et réclament tel ou tel souvenir. Il aurait détesté ça, lui qui a toujours lutté contre la possession. »

C’était une des caractéristiques de Chris Marker, il ne voulait rien figer, montait et remontait ses films sans fin. Il n’avait pas de considération pour ses travaux passés parce qu’ils étaient anciens. S’ils étaient bons tant mieux sinon il les faisait disparaitre. Par exemple, lors d’une rétrospective de son œuvre à la Cinémathèque Française en 1998, il a radicalement refusé de montrer Lettres de Sibérie un documentaire réalisé en 57, pourtant admiré par de nombreux connaisseurs.
C’est surement en accord avec cette conviction, avec cette croyance dans le mouvement que Chris Marker n’a rien laissé derrière lui comme indication sur ses éventuelles volontés. Si ses sept héritiers officiels, anonymes pour l’instant, ont décidé de confier ses archives à la Cinémathèque, des dizaines d’autres perpétuent son œuvre, sur le web en continuant à faire vivre son avatar sur Poptronics ou sur Secondlife, par des hommages sur le tumblr à son nom chrismarker.tumblr.com ou encore en adaptant ses œuvres au théâtre.

L’engouement Marker ne faiblit pas à l’heure où Cannes Classics programme « Le Joli mai ».  A l’annonce de sa mort des dizaines de « RIP Chris Marker » avaient envahi les rues de la capitale, une preuve s’il en fallait que la street culture le reconnait comme un de ses pères.Cet héritage riche et varié (films mais aussi matériel et même des revues de presse) vivra désormais doublement, à la fois sur la toile et à la cinémathèque Française, où il devrait permettre au grand public de mieux découvrir l’œuvre de Chris Marker, un génie prolifique et pourtant souvent méconnu.

Mathilde Fabbro.

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