Cinema
Deux films documentaires sur le Chili

Deux films documentaires sur le Chili

30 septembre 2013 | PAR Olivia Leboyer

EnfantsMilleJours

Cette année, on se souvient du coup d’Etat de Pinochet, il y a juste 40 ans. Deux films documentaires, l’un de 1973 (Septembre Chilien, de Bruno Muel, Théo Robichet et Valérie Mayoux, Prix Jean Vigo 1974, et Les Enfants des Mille Jours de Claudia Soto Mansilla et Jaco Bidermann, 2013) nous instruisent sur ce petit pays, si singulier. Sortie le 2 octobre.

Avec ces deux films documentaires, il est question de mémoire, d’Histoire et de combat politique. Tourné en 1973, en 16 mm, dans les journées qui ont suivi le coup d’Etat de Pinochet, Septembre Chilien témoigne de l’urgence, de la peur, de l’incertitude. En 39 minutes seulement, nous sentons la peur palpable, le tournant décisif qui s’amorce. Certains témoignages de militants de l’Unité populaire résonnent de manière particulièrement forte. Septembre Chilien, sorti notamment grâce au soutien de Chris Marker, avait obtenu le Prix Jean Vigo en 1974. Il ressort en salles en 2013, à l’occasion des 40 ans du coup d’Etat. Et ce film de mémoire, dense et marquant, est suivi d’un film de 2013, qui lui fait écho. De 1973 à 2013 ? Pas exactement, puisque c’est à la période qui précède le coup d’Etat que s’intéressent Claudia Soto Mansilla et son compagnon Jaco Bidermann. Née au Chili, la réalisatrice a ensuite grandi en exil, à Cuba, puis en France, où elle vit toujours. Mais le Chili fait partie d’elle. L’histoire trouble de ce pays la hante, au point d’y retourner régulièrement pour interroger des habitants sur le Chili d’avant Pinochet, celui d’Allende. Durant les mille jours de son gouvernement, quelles réformes ont été accommplies, quels espoirs ont été soulevés ? Quelle trace reste-t-il aujourd’hui de cet autre Chili, mort-né, que l’on ne peut qu’imaginer ? Claudia Soto Mansilla a recueilli les témoignages de quelques compagnons de route de Salvador Allende : hommes politiques, intellectuels, le chauffeur d’Allende, et même le père de la réalisatrice, qui travaillait alors à la Corporation du Développement Urbain. Les projets, la vision d’Allende sont ainsi commentés par ceux qui ont vécu cette courte période des mille jours. Il est question de nationalisation du cuivre, de logement, mais surtout, de dignité humaine. Les protagonistes le soulignent avec force : sous Allende, ils se sentaient vraiment considérés. Les obsèques du chanteur résistant Victor Jara, extrêmement populaire, et dont le corps a enfin pu être inhumé après tant d’années, encadrent les séquences de témoignage en gros plan. Une certaine solennité, presque un rituel, baigne le documentaire-hommage à Allende. Si l’on regrette quelques longueurs et analyses un peu répétitives, le film est tout à fait intéressant. Les Enfants des Mille Jours est né en réaction au choc ressenti par la réalisatrice au moment de la campagne et de l’élection de Pineira en 2009 : la violence verbale des militants ultralibéraux contre l’époque d’Allende l’a choquée et conduite à s’interroger sur l’héritage des mille jours. Deux documentaires percutants, contre l’oubli :

www.septembrechilien.net www.millejours.net

Septembre chilien, de Bruno Muel, Théo Robichet et Valérie Mayoux, 39 minutes, 1973 ; et Les Enfants des Mille Jours, de Claudia Soto Mansilla et Jaco Bidermann, 90 minutes, 2013. Sortie le 2 octobre 2013.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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