Cinema
Deux films d’Avi Nesher en ouverture du 22e Festival du Film Israélien de Paris

Deux films d’Avi Nesher en ouverture du 22e Festival du Film Israélien de Paris

23 mars 2022 | PAR Yaël Hirsch

C’est au  Majestic Passy qu’a eu lieu, ce lundi 21 mars, l’ouverture du Festival du Film israélien de Paris, avec deux films du cinéaste Avi Nesher : un court (art) contemporain And now shut your eyes et un long historique qui nous a plongés dans les origines de l’État d’Israël : Image of victory...  

Présentée par sa Présidente, Hélène Schoumann, le 22e Festival a été inauguré par Alexandre Arcady, son parrain, qui fut lyrique et enthousiaste sur Israël, ce pays où il adore filmer. Les deux jurys (court-métrage et documentaire) nous ont été présentés puis Vered Benbassa – Heller, l’attachée culturelle de l’ambassade d’Israël à Paris, est intervenue. Avi Nesher était lui-même présent pour parler de ses deux films et surtout pour nous dire combien il était toujours stressé par l’accueil du public. Celui qui a tourné à Hollywood avec Drew Barrymore, avant même que les séries israéliennes, fassent le tour du monde s’est donc montré très humble…  

And now shut your eyes parodie le monde de l’art contemporain

Porté par la charismatique Inbar Marco, And now shut your eyes met en scène une jeune plasticienne qui débarque, hésitante et intimidée, à un vernissage d’art contemporain. Grâce à un audioguide qui se transforme en best friend forever sous acide, la débutante se libère pour livrer une performance qui fait même applaudir le critique chevelu et la curatrice peau de vache. Un petit film réjouissant, avec une image très « pub » et très maîtrisée et une musique digne de l’Eurovision. Efficace, drôle, entraînant et jamais prétentieux. 

L’histoire avec de grand(e)s « H » : Image of Victory

Le Caire, 1979. Lors du Traité de paix entre l’Égypte et Israël, un grand journaliste égyptien tombe en dépression. Il revit la guerre d’indépendance de 1948 et notamment la manière dont il a été envoyé, en 1947, en tant que réalisateur de films, chercher des images dans un village où les Palestiniens et des soldats volontaires égyptiens faisaient face au Kibboutz frontalier de Kibbutz Nitzanim. C’est du point de vue de ce bel égyptien qui se prend pour Capra dans Why We Fight que nous voyons comment vivent les Israéliens (juifs de toutes nationalités, avec pas mal de rescapés), venus avec l’idéal de se placer à la frontière du Yishouv. Les Israéliens… mais aussi les Israéliennes et leurs enfants. Parmi les femmes : une grande guerrière, Mira (Nesher retrouve Nelly Tagar de Past life) qui tient la radio du kibboutz, veut quitter son mari et entend vivre de manière forte, libre et entière. Hypnotisé par Mira, le documentariste égyptien peine à réunir quelques images viriles (et aussi romantiques, il pense, tout seul qu’une romance dans la guerre est « vendeuse ») de son camp pour nous présenter la vie incroyable d’un kibboutz qui deviendra martyre lorsque l’armée égyptienne, mise en déroute par Tsahal à Tel-Aviv, vient faire un exemple de ce village – et des images de gloire pour le roi Farouk…

Film très « en costumes », qui revisite le passé comme la plupart des films de Nesher (Au bout du monde à gauche, The matchmaker), Image of victory part certainement d’archives éprouvées avec un grand travail de recherche. Le scénario est plutôt bon, avec toute la puissance de montrer la vie vibrante dans un Kibboutz menacé et même sacrifié. Si certains personnages sont touchants, la plupart sont néanmoins assez clichés (le pianiste allemand qui a survécu aux camps, la mère héroïque qui se sépare de son enfant pour se battre jusqu’à la mort, le bon gros Goliath fort et bête amoureux de sa falbala locale, la « bonne » épouse du journaliste qui le sort de sa dépression à coup de sentences patientes sous son chignon très crêpé…) et cette épaisseur est encore renforcée par les dialogues et la structure en flash-back du film. Surtout, si l’idée de mobiliser le point de vue d’un jeune reporter égyptien est intelligente, le fait qu’on ne sache presque rien du village arabe pour se pencher exclusivement sur l’organisation des irrésistibles juifs est assez dérangeant. Récompensé pour ses costumes et son maquillage aux Ophirs, Image of victory ne parvient pas à susciter la réflexion sur le rôle du cinéma (la caméra comme une arme) qu’il propose et devient, au premier degré, un film des années qu’il dépeint.

Le Festival se poursuit jusqu’au 28 mars avec 28 séances à découvrir.

Visuel (c) YH

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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