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Deux courts-métrages en compétition au Cinéma du réel

Deux courts-métrages en compétition au Cinéma du réel

20 mars 2022 | PAR La Rédaction

Le cinéma du réel qui s’est tenu du 11 au 20 mars, est retourné dans les salles pour sa 44e édition après 2 versions précédentes présentées en ligne. En compétition, deux courts métrages coup de coeur : Le croissant de feu et Urban solutions.

Par Maud Tenda.

Au coeur d’un festival dédié à l’image documentaire internationale.

Comme vous avez pu le lire précédemment dans nos pages, le festival propose une sélection internationale pour la première fois présentée en France et une sélection française en première mondiale. L’une des thématique de cette 44e édition s’articule autour de l’Afrique documentaire, le festival présente dix films politiques majeurs, douze films de la nouvelle génération de cinéastes de tout le continent africain et une sélection issue d’une carte blanche données à six programmateurs africains. La sélection « Front(s) Populaire (s ) » elle, propose des films qui abordent la question de la réappropriation de l’espace par les citoyen devenant ainsi espace de lutte ; la sélection a débuté avec le film Carlo Giuliani, ragazzo de Francesca Comencini qui parle de la mort d’un jeune militant pacifiste italien de 23 ans lors des manifestation anti-G8 de Gênes en 2001.

Urban solutions, prix du meilleur court métrage

Sélectionné au festival Le cinéma du réel, Urban solutions remporte le prix du meilleur court métrage. Le film naît de la rencontre entre Arne Hector et Minze Tummescheit qui travaillent ensemble sous le nom de «Cinéma copains» depuis 2000 et Luciana Mazeto et Vinícius Lopes, cofondateurs de la société de production du sud du Brésil Pátio Vazio.

Entre gravures datant de l’époque coloniale, reconstruction en tableaux modernes figés de ces gravures, portraits de brésiliens victimes d’une société basée sur l’inégalité, plans de végétation et de caméras de surveillance, Urban solution semble être un collage coloré qui dénonce une société encore basée sur la servitude et qui rappel que l’évocation du passé éclaire le présent.

Le film débute par des plans en argentique de la flore Brésilienne accompagnée en voix off de ce qui semble être le témoignage d’un artiste allemand arrivé au Brésil durant la période coloniale : « Immédiatement après mon arrivée, je commençais des esquisses extérieures malgré la chaleur écrasante et les moustiques… ». Au milieu de cette nature luxuriante commencent à apparaître des câbles, puis la nature est filmée à travers les barreaux d’un portail électrique, les différents plans qui se succèdent donnent l’impression que la forêt brésilienne s’est retrouvée elle aussi fragmentée entre la multitude de résidences surveillées. Surveillées par tout un attirail électronique mais également par des individus, le gardien reste toute la journée dans ce qui semble être un bocal en verre à l’entrée d’ un immeuble luxueux, les yeux rivées sur l’écran de l’ordinateur. Le flux de pensées du gardien que l’on entend en voix off nous fait comprendre qu’il est profondément méprisé par la classe dirigeante qui habite dans cette résidence et qui tient consciencieusement à maintenir ces inégalités. Derrière lui une gravure représentant le travail forcé durant la période coloniale rappelle que les deux situations ne sont pas si éloignées. Urban solutions dénonce la haine des pauvres dans la société brésilienne moderne qui se traduit par la transformation du paysage urbain en lieu de surveillance et de sécurité maximale, « la sécurité et le nouvel or » nous dit le gardien de l’immeuble. Mais le chant de la révolte arrive jusqu’aux oreilles du gardien et il finit par sortir de sa cage en esquissant un pas de danse, une fin naïve qui tend cependant à montrer que ce n’est peut-être pas sans raison que les riches ont autant peur, car si la servitude se répète, la révolte aussi.

Du Brésil au quartier des Mourinoux. la mauvaise gestion de l’espace par les élites est aussi au cœur du film de Rayane Mcirdi.

Le croissant de feu, prix des détenus de la maison d’arrêt de bois-d’arcy.

Rayane Mcirdi grandit entre Asnières-sur-Seine et Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine. Les moyens et courts métrages réalisés par Rayane Mcirdi sont entre la fiction et le documentaire et font hommages aux lieux de son enfance.

À travers des discussions improvisées entre un groupe d’amis qui a suivi la restructuration progressive du quartier des Mourinoux, le film témoigne de l’exclusion progressive des habitants par des plans urbains qui ne prennent jamais en compte la vie quotidienne des premiers concernés.

Les souvenirs d’une ville perdue

Le film débute avec des images de la destruction de la barre d’immeuble d’Asnières filmées par les habitants en 2011. Sur ces images, le témoignage en voix off d’un jeune homme explique l’attachement profond des habitants pour l’immeuble, les souvenirs, la nostalgie. Autant de facteurs émotionnels qui contrastent avec la froideur des décisions du programme de rénovation urbaine. Posés sur des chaises de camping derrière une supérette, trois amis d’enfance nés dans les années 80 discutent, ils se plaignent de tourner en rond et de se retrouver toujours plus dans des lieux de replis au profit de nouveaux bâtiment destinés à une population plus aisées. : « On peut plus se poser, on est obligé de se cacher ». L’un deux évoque la destruction du Liddle après celle des Gentianes, l’on comprend que c’était un lieu central de la vie sociale, il y avait des enfants des familles, tout le monde se croisait « ça me fou la haine quand je repense à cette époque ». La mémoire et l’attachement à l’espace est central dans le film de Rayane Mcirdi, autour d’une partie de poker dans un parking souterrain, un ancien; figure du vieux sage; raconte la cohésion sociale qu’il a connu dans sa jeunesse, un discours plein d’amour où il pousse les plus jeunes à partir « oui mais toi t’es revenu » lui rappel l’un deux, en effet l’attachement est plus fort même si le quartier est devenu un lieu où on ne pourra bientôt plus rester ni revenir.

Rêver d’ailleurs

Cette génération se retrouve dans un dilemme, partir et laisser tomber les personnes qu’ils aiment ou rester dans un lieu qu’ils ne reconnaissent plus. La destruction de l’immeuble qui s’écrase en torrent de poussière fait écho aux images de la transformation de Gohan dans Dragon Ball Z que le protagoniste regarde avec passion à la télévision. Coincé entre nostalgie de l’enfance et désir d’avancer, le personnage principale à pourtant des envies d’ ailleurs, l’Islande, Londres… Il se retrouve finalement seul à vouloir quitter le quartier, et seul dans le dernier plan à regarder vers le port, toujours immobile mais rêvant d’aller de l’avant.

Après un contexte de crise sanitaire de deux ans, le Cinéma du réel met l’accent sur l’appropriation des lieux par les citoyens. Urban Solutions comme Le croissant de feu offrent un regard critique sur la gestion de l’espace publique, dans les deux cas les plus démunis voient le leur toujours plus réduit au profit des plus riches, les gardiens brésiliens enfermés dans des boîtes en verre, les habitants des Mourinoux repliés dans des parkings sous-terrains.

visuel (c) affiche du festival

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