Cinema
[Deauville 2021] Justin Chon explore la force des liens dans « Blue Bayou »

[Deauville 2021] Justin Chon explore la force des liens dans « Blue Bayou »

10 septembre 2021 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Sélectionné en compétition au Festival du film américain de Deauville cette année, Blue Bayou raconte l’histoire d’un homme d’origine coréenne adopté aux États-Unis qui se voit forcé de retourner dans son pays natal. Justin Chon est devant et derrière la caméra dans ce film bouleversant qui questionne les notions de famille et de racines. 

Antonio LeBlanc a vécu toute sa vie en Louisiane. Il y a sa famille, sa maison et ses amis. Adopté par un couple d’Américain alors qu’il n’était encore qu’un bébé, il n’a jamais connu son pays d’origine, la Corée, où sa mère biologique l’a abandonné. Arrêté après s’être battu avec un policier, il apprend des services de l’immigration qu’il va être expulsé. Saisi par l’injustice de cette décision, il va tout faire pour protéger ce qu’il a de plus cher à ses yeux, sa famille. 

Un film sur l’abandon

Antonio porte en lui le traumatisme d’être un enfant qui n’a jamais été désiré, même après son adoption. Au travers de cet homme touchant, Justin Chon explore un sentiment de solitude particulièrement destructeur et témoigne de la difficulté de grandir quand on ne peut s’attacher à aucun repères. La nouvelle de son expulsion est ainsi particulièrement douloureuse et déstabilisante, elle impose à Antonio un retour brutal à la quête de points de références et d’un cadre de confiance. 

La force principale du film est de présenter un schéma plutôt complexe et toutefois très parlant des liens qui unissent tous les personnages, un moyen de déceler immédiatement les tensions et sentiments créés par des relations sur lesquelles il est difficile de mettre des étiquettes. L’exemple le plus marquant est celui des rapports entre Antonio et Jessie, fille de sa femme d’une précédente union, qui l’appelle néanmoins « papa » et voit en lui la représentation paternelle qui lui manquait. Sans aucune prétention, et peut-être même sans vraiment en avoir conscience, il prend soin de cette fillette pour qu’elle ne vive pas la douleur du rejet qu’il a subit. Le regard de Jessie est d’autant plus intéressant qu’elle perçoit les nœuds et les non-dits de cet équilibre précaire, donnant au spectateur les indices des émotions sous-jacentes qu’elle-même prend de plein fouet. 

Trouver ses racines dans les bayous de Louisiane 

Antonio vit avec ses origines dont pourtant il ne connait pas grand chose, un sentiment que Justin Chon intensifie grâce à des plans flous, poétiques et très expressifs sur lesquels on voit sa mère sur une rivière en Corée. Ces apparitions permettent en outre de faire un joli parallèle avec les bayous de Louisiane près desquels il habite et de montrer un attachement certain au territoire américain qu’il connait depuis son enfance. La figure de Parker, une femme immigrée depuis le Vietnam, apporte également un autre point de vue sur la perte des racines. Sa rencontre offre à Antonio un éclairage plus large et lui permet de prendre conscience de l’importance des origines dans la construction d’une identité. 

Par ailleurs, le film montre ses personnages avec subtilité et profondeur. Véritablement exposés, filmés avec une grande proximité, chacun reflète une vision de l’Amérique ordinaire sans jamais tomber dans l’outrance. Alicia Vikander s’illustre sur cet aspect là dans le rôle de Kathy, à la fois fille, mère et épouse, en lui donnant une personnalité en retrait mais dont tous les fardeaux sont compris et touchent le spectateur. La sublime photographie, avec son grain et ses couleurs ternies apportent enfin une allure mélancolique à l’image et forge l’ambiance envoutante de ce film particulièrement émouvant. 

 

Blue Bayou de Justin Chon, avec Justin Chon, Alicia Vikander, Linh-Dan Pham et Mark O’Brien. 1h58. Le 15 septembre au cinéma.

47e édition du Festival du cinéma américain de Deauville du 3 au 12 septembre 2021. Plus d’informations ici.

 

Visuel © image du film

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