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Dans la brume, Sergei Loznitsa offre une plongée magistrale dans l’honneur hivernal d’un résistant bielorusse

Dans la brume, Sergei Loznitsa offre une plongée magistrale dans l’honneur hivernal d’un résistant bielorusse

24 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

Déjà en compétition officielle à Cannes en 2010 avec « My Joy », l’ancien ingénieur ukrainien Sergei Loznitsa livre avec « Dans la brume », la narration la plus resserrée du festival. Cavale de résistants bielorusses en fuite et en colère face à l’envahisseur allemand, l’histoire se concentre autour du personnage de celui que tous considèrent, à tort, comme un traître. Une plongée dans l’honneur soviétique, en plans fixes inoubliables.

Seconde Guerre mondiale, les allemands envahissent la Biélorussie et demandent la collaboration de la population. Pour avoir fait dérailler un train, Souchénia et trois camarades sont faits prisonniers et torturés, mais seul Souchénia ressort vivant de la Kommandantur, puisque ses camarades sont pendus. Il a pourtant refusé de collaborer avec l’ennemi. Deux semaines plus tard, deux camarades résistants dont l’un le connaît depuis l’enfance viennent le chercher pour l’exécuter, certains qu’il doit sa vie à la trahison. Mais Souchénia n’était qu’un appât, et son camarade Bourov (Vlad Abashin) prend une balle allemande alors qu’il s’apprête à tirer sur Souchénia… Au lieu de fuir, ce dernier porte son ami, collègue et bourreau blessé et tente de le convaincre que son honneur est sauf…

Dans un univers sylvestre et par une image bleutée qui ne peut pas ne pas rappeler l’ « Enfance d’Ivan » d’Andrei Tarkovski, Sergei Loznitsa tisse une intrigue forte dont la narration rejoint un peu celle de « La chasse » de Thomas Vinterberg : on accuse un homme du pire, à tort. Sauf que dans la Russie des années 1940, la vie même d’un homme ne vaut pas grand-chose. « Dans la Brume » fait preuve d’une économie d’effets bouleversante : peu de personnages secondaires ou de scènes d’intérieurs (sauf la mère, grandiose, interprétée par Nadejda Markina récemment vue dans le proche « Elena » de Andreï Zviaguintsev) quelques plans fixes, quelques travellings focalisés sur la nuque des personnages errant dans la forêt et un flash-back qui correspond simplement au récit de Souchénia, le réalisateur suggère à la fois l’honneur, le goût de la vie malgré l’habitude de la mort. Avec le final le plus réussi de la compétition, nous espérons fortement que Sergei Loznitsa repartira du 65ème festival de Cannes couronné.

« Dans la brume » de Sergei Loznitsa, avec Valdimir Svirski, Vlad Abashin, Sergeï Kolesov, Nadejda Markina, Bielorussie, 2012, 127 minutes.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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